CHAPITRE XII
Explication par ces principes de cette parole de saint Paul : « Si c'est par grâce, ce n'est donc point par les œuvres. »
C'est donc ainsi qu'il faut entendre ce que dit saint Paul , que la grâce n'est point donnée par les œutres , autrement la grâce ne serait plus grâce^; ce qui est la même chose, en d'autres termes que ce qui a été défini et répété tant de fois contre les pélagiens et les semi-pélagicns^ : que la grâce n'est point donnée selon les mérites. Car les mérites sont les œuvres, et si la grâce était donnée selon les œuvres, elle serait donnée selon les mérites. Il ne faut pas entendre pour cela qu'une certaine suite de la grâce, comme celle qui nous obtient, non-seulement la gloire future, mais encore dans cette vie, l'accroissement de la grâce même, ne puisse pas être un fruit de nos bonnes œuvres; c'est-à-dire, de nos ])ons mérites; cl quand la grâce nous est donnée, non pas selon nos œuvres, mais selon la foi, comme il arrive dans la justification, saint Augustin demeure d'accord (ju'ellc est donnée selon les mérites; puisque la foi, dit ce Père, n'est pas sans mérite , neque emm xillim est meritum FiDEi. Comment donc a-t-on défini si cerlainemenl ([ue la grâce n'est pas donnée selon les mérites, si
1. De ilono pers., c. vu. — 2. /«/.ni, c. xvi. — 3. Rom., n. ù. — \. Coiic. Valent.
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
ce n'est à cause que de grâce en grâce, de m6rilc on mérite, il on laut venir au moment où la grâce de bien commencer actuellement nous est donnée sans mérite, pour être continuée avec la môme miséricorde, par celui qui a l'ait en nous le commencement, conformément à celle parole de saint Paul* : Celui qui a commencé en vous la bonne leuvre (de votre salut) la perfectionnera jusqu'au jour (qu'il faudra paraître devant le tribunal) de Jésus-Christ; c'est-à-dire, vous donnera la persévérance.
On ne peut donc pas s'empêcher de reconnaître , avec saint Augustin un enchaînement de grâces si bien préparées, que tous ceux qui les ont font bien ; donc tous ceux qui ne font pas bien ne les ont pas; et les autres, c'est-à-dire, ceux qui font bien , leur sont préférés par une prédilection dont ils lui doivent de continuelles actions de grâces.