‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 775 sur 851 · LIVRE XII. — SAINT AUGUSTIN ET LA PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — SAINT AUGUSTIN ET LA PRÉDESTINATION

saints d'Orienl ne sont pas moins attachés à ces demandes, que ceux d'Occident. Synèse, évèque de Cyrène, a composé au quatrième siècle des liymnes sacrées, dans lesquelles on trouve, avec le tendre d'Anacréon, la sublimité d'Alcée et de Pindare. Mais sans nous arrêter là, il s'agit d'entendre dire à ce poète céleste : « Découvrez-moi la lumière de la » sagesse : donnez-moi la grâce d'une vie tranquille : » ôlez de mes membres les maladies et l'emporte- » ment désordonné de mes passions : chassez ces » chiens dévorants de mon âme, de mes prières, de » mes actions : donnez à votre suppliant une vie » innocente, une vie intellectuelle : gardez mon » corps sain et mon esprit pur : donnez-moi les » fruits des bonnes œuvres : donnez-moi des pa- » rôles véritables, et tout ce qui nourrit l'espé- » rance : accordez, Père céleste, à mon âme d'être » unie à la lumière primitive, et qu'y étant une fois » unie , elle ne se replonge jamais dans ces ordures » terrestres'; » c'est-à-dire, en d'autres termes, donnez-moi le commencement, donnez-moi la lin : « Afin, dit-il 2, que je sois uni à la source de l'àme, » donnez, mon Dieu, une telle vie, une vie irré- » préhensible à votre poète. »

Mais de peur qu'on ne nous réponde qu'en demandant le commencement il avait déjà commencé, puisqu'il priait, il reconnaît la prière même comme un don de Dieu : « Accordez, dit-iP, à mon àme, » que soigneusement gardée (comme sous la clé) » par votre main paternelle, elle vous offre sainte- » ment des hymnes intellectuelles avec la sainte » assemblée qui règne avec nous; » et encore'' : « Donnez-moi pour compagnie un de vos saints » anges , bénin dispensateur des prières conçues » dans mon âme par une lumière divine. » C'est le secret de la grâce de savoir connaître que lorsque Dieu veut nous exaucer, il inspire premièrement les prières qu'il veut entendre; et ensuite, quand on lui demande, comme fait ce philosophe chrétien, qu'il nous délivre des vices, et qu'il nous inspire la vertu, on impute tout à sa grâce jusqu'au premier commencement.

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