‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 776 sur 851 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Hymne de saint Clément d'Alexandrie , et sa doctrine conforme en tout à celle de saint Augustin.

Salxt Clément d'Alexandrie est celui qui a donné à Synèse, au commencement du troisième siècle, le modèle des hymnes sacrées, dans celle qu'il a composée pour Jésus-Christ à la fin de son Pédagogue. Il la commence par cette prière qui conclut ce livre : « Prions, dit-il*, le Verbe en cette manière : » Regardez vos enfants d'un œil propice, divin » Pédagogue (conducteur des âmes simples et enfan- » lines.) Fils et Père, qui n'êtes qu'un Seigneur, » donnez à ceux qui vous obéissent, d'èlre remplis » de la ressemblance de votre image , et de vous » trouver, selon leur pouvoir, un Dieu bénin et un » juge favorable : faites que tous tant que nous » sommes, qui vivons dans votre paix, étant trans- » férés à voire cité immortelle , après avoir tra- » versé les flots que met le péché entre elle cl nous » (en attendant) nous nous assemblions en iran- » quillitô par voire Esprit-Saint, pour vous louer el

1. Hymn., n. 318; m. 320, 329. — 2. Idem, v. 342. — 3. Ibid., III. 334. — 4. Ibid., iv. 340. —5. Pedwj., m, p. 195.

» vous rendre grâces nuit el jour jusqu'à la fin de » notre vie; » après quoi il parle ainsi : « Et parce » que c'est le Verbe noire conducteur qui nous a » menés à son Eglise, el nous a unis à lui (comme » ses membres, ainsi qu'il venait de dire), nous fe- » rons bien, pendant que nous sommes ici assemblés » dans un même lieu, de lui en rendre grâces, et » de lui oflrir des louanges convenables à ses ins- » tructions et à sa conduite. » Son hymne suit ces paroles , et il l'entonne en celle sorte : « Frein des » âmes dociles , aile des oiseaux qui u'errenl point, » vrai gouvernail des enfants remplis de simplicité, » assemblez-les pour louer d'une bouche sainte et » sincère Jésus-Christ, le conducteur des âmes sim- » pies et enfantines. » On voit trois vérités dans tout , ce discours de saint Clément d'Alexandrie : la première, que comme les autres, il demande à Dieu l'effet : la seconde, qu'il rend grâces de l'avoir reçu : la troisième , que cet effet qu'il demande et dont il rend grâces , est premièrement la bonne vie qui nous rend semblables à Dieu, el secondement, les saintes prières, les louanges, les actions de grâces; puisqu'il veut que Dieu et son Saint-Esprit mettent dans le cœur des fidèles la volonté de s'assembler pour les faire. Car c'est ainsi qu'il les assemble, el par ce mouvement qu'il leur imprime, il commence à former en eux la prière; puisque chacun prie déjà en particulier, aussitôt qu'il se sent ébranlé pour aller prier en conmiun.

Et puisque nous sommes tombés sur cette belle prière, pour en mieux prendre l'esprit, nous rapporterons un passage de son auteur sur la prière el la grâce. C'est dans son livre vu des Tapisseries, où il dit que l'homme spirituel, dont il y fait la peinture yvtoçtxwç (c'est toujours ainsi qu'il appelle le parfait chrétien) demande à Dieu les trais biens, c'est-à-dire, les biens de l'dmeK \'oilà ce qu'il dit en général , et qui comprend tout, el aulant le commencement conmie la fin. Pour s'expliquer plus en particulier, il ajoute que l'action de grâces et la demande qu'on fait à Dieu de la conversion dti prochain, est le propre exercice du spirituel-. On demande donc la conversion du prochain , c'esl-à-dire , comme le démontre saint Augustin , l'actuel commencement de la bonne vie, comme un don venu de Dieu. On demande, dit encore saint Clément d'Alexandrie', que ceux qui nous haïssent soient amènes à la pénitence. C'est par où saint Augu.^tin prouvait encore que Dieu prévenait les hommes dans le péché, pour leur inspirer le désir d'en sortir*. C'est par où la pénitence commence. Nous verrons bientôt comment on demande la suite; mais pour monlrcr l'efficace de la grâce de la conversion , saint Clémenl ajoute, que comme Dieu peut tout, le spirituel obtient tout ce qu'il veut. Par conséquent, la conversion est regardée en ce lieu comme l'ouvrage d'une grâce loule-puissanle : le fidèle qui la demande pour un pécheur croit l'avoir reçue pour lui-même, et ne croit pas être converti par une autre grâce que par celle qu'il demande pour les autres. Pour venir à la persévérance, saint (lléraenl ajoute*, que l'homme spirituel demande la stabilité des biens qu'il possède avec une bonne disposition pour obtenir ce qui lui manque, et la perpétuité de ce

1. Strom., lib. vu, p. 518. — 8. IJ«m, p. 519.— 3. Ibid., p. 534. — 4. EncMrid., c. xxxii; Dâdon. persev., c. xix. —5. P. 5Î0.

Gï^O

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAIiNTS PERES.

qu'il a encore ù rececoir ; à niioi il ajoute ces paroles, qui compronueul loul' : Il demande que les vrais biens , qui sont ceux de l'âme, soient en lui et y demeurent, ce qui enreriue le commenceincnl cl la lin: el un peu après : Celui qtii se convertit de la genlilité {par la gr;\ce qu'on vient de voir) dematide la foi : celui qui s'élève, qui s'avance à la spiritualité, demande la perfection de la charité, et celui qui est parvenu au degré suprême, demande l'accroissement et la persévérance dans la contemplation, comme les hommes vulgaires demandent la perpétuité de la santé. Que demande cet homme vulgaire, sinon qu'en elTel il se porte toujours bien? Le spirituel demande de même l'clTet d'une perpétuelle santé, ce que ce Père exprime par ces paroles- ; Il demande (le vrai chrétien) de ne jamais déchoir de la vertu; et il ajoute que les deux extrêmes (le commencement et la fin) la foi et la charité ne s'enseignent pas, non qu'en etïet on ne les enseigne, puisqu'il les enseigne lui-même dans tout cet endroit; mais parce que, selon sa doctrine précédente, il les faut plutôt encore demander à Dieu que les enseigner aux hommes, à qui elles sont inspirées d'en-haul, comme il a dit.

Voici encore sur ce sujet, en un autre endroit, quelque chose de bien distinct^. Le spirituel demande, premièrement, la rémission de ses péchés, ensuite de ne pécher plus, et enfin, de pouvoir bien faire; c'est-à-dire, de le vouloir avec tant de force, qu'il en vienne enfin à l'efi'el de ne pécher pas, et de persévérer dans la vertu, comme il l'explique dans toute la suite des passages qu'on vient d'entendre.

Il est certain que saint Augustin ne prétend rien davantage. Qui donne tout à la prière , avec saint Clément Alexandrin, c'est-à-dire, qui lui donne le commencement, le progrès, l'accomplissement actuel, selon saint Augustin, donne tout à la grâce; mais qui donne tout à la grâce, donne tout à la prédestination; puisque pour l'admettre, comme ce saint la voulait, il ne faut ajouter à la prédication de la grice, qui donne tous ces bons clTels, que la prescience d'un si grand don, et la volonté éternelle de le préparer, ce que personne ne niait.

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