LIVRE XII. — SAINT AUGUSTIN ET LA PRÉDESTINATION
ne résisteronl pas. C'est cette force que demandait Origène. C'est Dieu qui envoie du ciel les bonnes pensées dont on compose un bon livre; mais elles viennent inutilement si l'on n'en fait un bon choix, et si l'on ne choisit encore des expressions convenables. Qu'y a-t-il qu'on fasse plus par son libre arbitre, que ce choix des sentiments et des expressions? et toutefois c'est ce qu'Origène demandait h Dieu, lorsqu'il demandait la grâce de faire un bon livre, un livre utile et puissant pour convaincre l'erreur. Il demandait l'application et l'attention nécessaires pour cet ouvrage , quoiqu'il n'y ait rien qui dépende plus du libre arbitre que cela; et dans de semblables ouvrages qu'il se proposait encore, il se promettait de ne rien dire que ce que lui suggérerait le Père de la vérité * .
Il ne faut pas toujours répéter que c'est l'eflet qu'on demande, en demandant de telles grâces. Les paroles d'Origène le montrent assez ; et c'est pourquoi, en général, il prouve la grâce qui donne l'efTet par la conversion actuelle du monde , si soudainement changé par la prédication de l'Evangile , encore qu'elle ne fut soutenue ni par l'art de la rhétorique, ni par la dialectique, ni par aucun artifice de la Grèce ^. Il infère d'un si grand elTet, qu'il y avait dans la parole de Jésus-Christ et des apôtres, une puissance cachée , une divinité, une ■vertu, qui opérait dans les cœurs un si merveilleux et si soudain assujétissement à la vérité : ce qui, dit-il, est l'effet de cette promesse de Jésus- Christ : Je vous ferai des pêcheurs d'hommes ', et il n'a pu l'accomplir que par une puissance divine, à laquelle il rapporte aussi cet oracle de David : Dieu donnera la parole à ceux qui écangélisent avec beaucoup de vertu''.
Et pour montrer l'efiicace invincible de la parole et de la grâce qui l'accompagnait, il dit qu'elle est de nature à n'être pas empêchée; et c'est pourquoi , continue-t-il, elle a tout vaincu, malgré la résistance universelle des puissances , dans les villes et dans les bourgs, parce qu'elle est plus forte que tous ses adversaires.
Pour prouver la même efficace, il enseigne que Dieu a ouvert dans les hommes, non les oreilles sensibles; mais, dit-il ^, ces excellentes oreilles. Ta xpeiTTova ona, que le sage appelle des oreilles écoulantes, que Dieu donne à qui il lui plaît : Aurem AUDiENTEM DoMiNi FEciT '^ , CCS oreilles , dit Origène , où est reçue cette voix qui n'est ouïe que de ceux que Dieu veut qui l'entendent.
Cette voix, conlinue-l-il ', est si efficace, que par elle Jésus-Christ a surmonté tous les obstacles qu'on opposait à sa doctrine, ce qu'il faisait pendant sa vie, et ce qu'il fait encore à présent , parce qu'il est la puissance et la sagesse de Dieu. Et pour montrer qu'il ne faut attribuer qu'à une grâce toute-puissante ces etfets de la prédication, il compare à Jésus-Christ un Simon et un Dosithce*, qui sont demeurés sans suite , et à qui daiis toute la terre il n'est resté aucun disciple , encore qu'on ne fût pas obligé de soutenir la mort pour maintonr leur doctrine ; au lieu que les disciples de Jésus-Christ, exposés pour soutenir son Evangile aux dernières
1. Lil>. VIII, in fine. — 2. Lih. ii , p. 48, 49. — 3. Matlh., iv. 10. — 4. Ps., Lxvii. 12. — 5. Lih. n, ]i. 105. — 6. l'rov., xx. Vi. — 7. Oriff., ibid.,p. 110. — S. Lib. \t,p. 283.
extrémités , sont demeurés fermes , et sa grâce a surmonté tous les obstacles.
Il faut toujours se souvenir que ces obstacles à la doctrine de Jésus-Christ, étaient dans le libre arbitre de l'homme, dont il fallait par conséquent qu'il se rendit maître par la puissance de sa grâce, et aussi à cause qu'il a voulu que la loi cessât , ei que l'Evangile fût établi : « La loi a été ôlée enliè- » rement : les chrétiens, malgré tous les obstacles, » se sont accrus jusqu'à une si prodigieuse inulli- » lude : il leur a donné la confiance de parler sans » crainte 7rapfr,c7iav : et parce qu'il plaisait à Dieu » que les gentils profilassent delà prédication, tous » les desseins des hommes qui lui résistaient sont » demeurés inutiles, et plus les rois se sont elVorcés » à opprimer les fidèles , plus le nombre s'en est » augmenté de jour en jour. »