CHAPITRE XXX
Grande puissance de la doctrine cl de la grâce de Jésus-C.hritI, comment démontrée el expliquée par Origine.
Ce docte auteur nous fait voir encore la grande puissance de la doctrine el de la grâce de Jésus- Christ, lorscju'il enseigne que la prédication prévaudra un jour sur toute la nature raisonnable , et changera Vàmc en sa propre perfection ; dont il rond celle raison^ : Qu'il n'g a point dans les <îmes de maladies incurables , ni aucun tice que le Verbe
1. LU'. III, ;>. 116. — 2. Lib. viii, p. 424. —3. /./<-m, p. 425.
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
ne puisse guérir ; car il n'y a point de malignité ni de mauvaise disposition si pu 'séante en l'homme, ipie le Verbe ne soit encore plus puissant, en appliquant à chacun selon qu'il plaît à Dieu , le remède dont l'effet et le succès est d'ôter les vices.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce passage, c'esl qu'il y fait mention expresse du libre arbitre de l'homme; ce qui ne sert qu'à montrer que lorsqu'il est provenu de cette manière que Dieu sait, il n'empêche point l'elYet de la grâce; et comme dit saint Augustin , que lorsque Dieu veut guérir, nul libre arbitre ne lui résiste. Origène n'en a pas dit moins, et le principe d'où il infère celte conséquence, est qu'il y a dans le Verbe une vertu médicinale infinie', par laquelle il a guéri , dès qu'il a été dans le monde, non-seuletnent la lèpre vulgaire par uti attouchement sensible , mais encore une autre lèpre, c'est-à-dire, celles des vices, /jor un attouchement vraiment divin, sans doute aussi efficace et d'un secours aussi infaillible, que celui dont il guérissait la lèpre du corps.
Il a appliqué aux hommes ce divin remède par la prédication de ses apôtres, dans laquelle il y avait une « démonstration de la vérité qui leur était di- » vinement donnée, et qui les rendait dignes de » croyance par l'esprit et par la puissance qui ac- » compagnaient leur parole. C'est pourquoi elle » courait vite et rapidement , ou plutôt le Verbe de » Dieu changeait par eux plusieurs hommes, qui » étaient nés dans le péché et pleins de mauvaises » habitudes, que les hommes n'auraient pas chan- » gées par quelque supplice que ce fût; mais le » Verbe de Dieu les a changés , les formant et les » refaisant, ou les refondant selon son bon plaii> sir^. » Voilà encore une fois ce qu'enseigne sur l'efTicace de la grâce un homme que M. Simon oppose à saint Augustin, comme le défenseur du libre arbitre. Que ce soit lui qui parle ainsi, selon son propre sentiment, ou, comme quelques-uns l'aiment mieux, que ce soit l'esprit de l'Eglise et de la Tradition qui l'entraînent, pour ainsi parler, à dire des choses au-dessus de son propre esprit, la preuve de la vérité n'en est pas moins constante, et peutêtre est-elle encore plus forte dans cette dernière présupposition.