‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 790 sur 851 · LIVRE XII. — SAINT AUGUSTIN ET LA PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — SAINT AUGUSTIN ET LA PRÉDESTINATION

donc comment on est digne, voilà comment on mérite, d'une dignité et d'un mérite qui sont euxmêmes donnés par celui qui donne tout.

Conformément à cette doctrine, l'Eglise dans ses prières , où nous avons vu que sa foi nous est déclarée, n'hésite pas à reconnaître que nous sommes dignes de la grâce de Dieu, mais c'est en disant que lui-même nous en rend dignes. Nous vous prions. Seigneur, que cette hostie salutaire nous fasse dignes de votre protection : tua nos protec- TiONE DiGiS'os EFFiciAT. Ailleurs : Faites-nous dignes de votre grâce, des dons célestes, de la participation de vos saints mystères, etc. Rendez-nous propres à en recevoir V effet, etc. Voilà ce qu'on trouve en cent endroits dans les prières de l'Eglise latine. L'Eglise grecque répond à ce sentiment : Faitesnous dignes, dit-elle S de chanter l'hymne des séraphins, d'approcher de votre autel : faites-nous-y propres; et dans la messe de saint Jacques-, Faitesnous dignes du sacerdoce, faites-nous dignes de dire : Notre Père, qui êtes dans les deux, etc. Dans celle de saint Marc, dans celle de saint Basile ^ la même chose de mot à mot ; et encore : Rendez-nous propres au sacerdoce : rendez-moi propre à me présenter à votre autel. Dans celle de saint Chrysostome*, les mêmes paroles; et encore : Faites-nous dignes de vous offrir ce sacrifice : faites-nous propres à vous invoquer en tout temps et en tout lieu ; par où l'on demande en termes formels la grâce de prier; et enfin^ : Nous vous rendons grâces de nous acoir faits dignes d'approcher de votre autel. Nous sommes donc dignes; mais c'est Dieu qui nous le fait. Je dis plus : 7ious nous faisons dignes; mais c'est Dieu qui nous accorde la grâce de nous faire dignes ; ce que la messe de saint Basile explique en cette sorte ® : 0 Dieu qui nous avez remplis des délices (de votre table), accordez-nous que nous nous en rendions dignes. Il ne faut donc plus opposer l'Eglise grecque à la latine , les Pères grecs à saint Augustin et aux Latins : les deux Eglises sont comme deux chœurs parfaitement accordants, où, en différent langage, mais avec un même esprit, on célèbre également la prévention et l'efficace de la grâce.

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