‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 817 sur 851 · LIVRE XIII. SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE

a ceux que vous commettez par vous, en méprisant la grâce qui vous est offerte pour vous guérir des maux dont vous vous plaignez. Et pour montrer que ces grâces sont universelles, il conclut ainsi : « Ce sont donc là, dit-il , vos propres péchés : car on n'a ôté à personne, continue-t-il, de savoir qu'on peut chercher utilement ce qu'il n'est pas utile d'ignorer, et qu'il faut humblement confesser sa faiblesse pour obtenir le secours de celui^qui ne se trompe pas en nous aidant et à qui il ne coûte rien de nous secourir. »

Voilà donc manifestement dans saint Augustin, un Dieu qui veut guérir ceux qui se perdent , volentem sanare contemnis; un Dieu que pour cet effet ce Père appelle toujours présent, ubiqiie prœsens; un Dieu qui se sert en mille manières de ses créatures , non-seulement pour aider, pour consoler, pour guérir ceux qui s'efforcent, mais encore pour appeler ceux qui sont le plus éloignés, aversum vocet; à qui par là on songe à donner non-seulernent des moyens particuhers, tel que serait l'Evangile qui n'est ni de tous les temps ni de tous les lieux , mais encore , pour contenter une volonté générale de sauver les hommes, un moyen universel, de les appeler, c'est-à-dire les créatures qui ne cessent de se présenter â leurs yeux pour cet effet. A cela on ajoute encore un autre moyen, qui est la reconnaissance de sa faiblesse pour en obtenir le remède ; moyen si universel qu'il n'est ôté à personne, nulli homini ablatum est; moyen de grâce pourtant, puisqu'il est représenté comme venu de Dieu qui nous aide, selon la doctrine constante de saint Augustin , qui attribue toujours à la grâce cette humble reconnaissance de notre faiblesse, humlliter confilendam esse imbecillitatem.

Et tout cela est montré en Dieu, non pas durant l'innocence mais après le péché du premier homme, depuis que l'ignorance et la cupidité se sont emparées de notre nature. Tout cela, par conséquent, est montré à l'homme perdu, par conséquent comme un effet de la grâce du Rédempteur, qui en ce sens est universelle.

Et après avoir rapporté ce beau passage du livre Du libre arbitre dans celui De la nature et de la grâce , saint Augustin en conclut , non-seulement « qu'il a exhorté autant qu'il a pu les hommes à la vertu, mais encore qu'il a pris soin de ne pas anéantir la grâce de Dieu'. » Concluons donc que sa doctrine sur la grâce s'accorde parfaitement avec la volonté générale de sauver ceux qui périssent, volentem sanare; concluons que les secours distingués qu'il établit en particulier pour les élus, ne l'empêchent pas do reconnaître que Dieu est présent à tous pour les aider; concluons enfin que saint Prosper qui, à son exemple et par les mêmes i moyens, a établi cette volonté qui veut sauver tous ' les hommes et même ceux qui se perdent, n'a fait . que suivre les pas d'un si excellent maître, et a eu raison de traiter de calomniateurs tous ceux qui lui imputaient une autre doctrine.

H est vrai que saint Augustin, dans le môme livre De la nature et de la grâce, a dit dès l'entrée que si l'on admet que « les hommes, en croyant en Dieu qui a fait le ciel et la terre et dont on sent naturellement qu'on est l'ouvrage , peuvent acconi-

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