‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 816 sur 851 · I. i(«d.. Delocit · texte numérisé non relu

I. i(«d.. Delocit

Dieu, qui peut tout sur le libre arbitre, se contente d'attirer les uns à la vérité par des inductions qu'ils rejettent, pendant qu'il pousse les autres jusqu'à une entière et effective persuasion? Sur celte difficulté saint Augustin fait trois choses : la première, c'est qu'il la propose en des termes clairs : Ciim iUi ita suadeatur ut persuadeatur, aller i vet'o non lia : « Pourquoi l'un est simplement induit à croire (par ces grâces extérieures et intérieures qu'il a établies), et l'autre actuellement persuadé? » La seconde est qu'il avoue le fait, où il présuppose les grâces accordées par la volonté générale à ceux qui périssent. La troisième est que cette difficulté étant celle que saint Augustin a toujours crue impénétrable avec saint Paul , il n'y répond aussi qu'en disant avec le même saint Paul, qu'il ne faut pas sonder cet abîme. De sorte qu'en établissant invinciblement la volonté générale et les grâces qui s'en ensuivent même dans ceux dont Dieu permet la chute , il établit en même temps celles qui sont particulières à ceux qu'il sauve : qui sont les deux vérités que nous avions à concilier selon ses principes.

Il y a pour la volonté générale un autre passage de saint Augustin , dans le troisième livre Du libre arbitre \ qui a une force particulière, à cause que ce grand homme non-seulement n'y trouve rien à reprendre dans ses Piétraclations , où il repasse soigneusement tout ce livre et même les endroits voisins de celui-ci, mais encore à cause qu'il rapporte et approuve expressément celui-ci même^ depuis la querelle des pélagiens, dans le livre De la nature et de la grâce^, qui est écrit contre ces hérétiques. Dans ce passage important, saint Augustin fait deux choses : premièrement, il rapporte une objection qu'on faisait en cette manière : « Si Adam et Eve ont péché , qu'avons-nous fait , malheureux que nous sommes , et fallait-il que nous naquissions dans l'aveuglement et dans la faiblesse où nous sommes*. » Voilà donc la difficulté bien clairement proposée sur l'état où nous naissons après le péché, et voici ensuite la réponse : « On leur répond , dit saint Augustin , qu'ils cessent de murmurer contre Dieu : car ils auraient peut-être quelque raison de se plaindre, si aucun homme n'était vainqueur de l'erreur et de la cupidité. Mais puisque celui-là est toujours présent, qui, par toutes les créatures qui lui sont soumises et avec tant de manières différentes, appelle ceux qui s'éloignent, enseigne ceux qui croient, console ceux qui espèrent, excite ceux qui aiment, aide ceux qui s'efforcent, exauce ceux qui le prient, on ne vous impute pas à péché ce que vous ignorez malgré vous, mais on vous impute que vous négligiez de chercher ce que vous ne savez pas : on ne vous impute non plus de ne pas ramasser les forces de vos membres blessés, mais de mépriser celui qui vous veut guérira » D'où il tire cette conséquence : « Tels sont vos propres péchés , ô vous qui vous vous plaignez de votre ignorance et de la difficulté que vous trouvez à bien faire. » Comme s'il disait : Ne songez pas tant au péché d'Adam et à ses suites dont vous murmurez, que vous ne songiez

1. I,il). III De lih. arb., cap. 19, n. 53. — 2. I-il). ii lletracl., cap. 9, n. ."50. — '.i. De nul. et (irat., cap. 07. n. 81. — i Ml), m De lib. I arbilr,, cap. 19, ii. oi. — &. Idem, cap. 19.

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