Sm». VI, XXVI, n
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
ressuscité un mort, c'ost-à-dirc lorsqu'il a justifié un impie par Jesus-Christ médiateur, et qu'il l'a conduit à la parfaite santé, c'est-à-dire à la parfaite justice, il ne quitte pas l'homme que l'homme ne le quitte , atîn qu'il continue à vivre dans la piété et dans la justice. Parce que, poursuit ce saint docteur, comme l'œil le plus sain ne peut voir, s'il n'est aidé par la lumière, ainsi rhommc le plus parfaitement justifié, s'il n'est aidé divinement de la lumière éternelle de la justice , ne peut pas bien vivre'. » 11 paraît donc clairement que ce secours dont il parle est le secours actuel, sans lequel on ne peut continuer à bien vivre, et qui fait dire dans la suite au même saint que, « Dieu ne commande point des choses impossibles , mais qu'en commandant il avertit et de faire ce qu'on peut et de demander ce qu'on ne peut pas- : » qui sont encore, comme on a vu, les propres paroles répétées par le concile de Trente. D'où saint Augustin passant outre , il demande par où l'on peut et par où l'on ne peut pas accomplir les commandements de Dieu ; et conclut qu'on peut par la « médecine (par le secours médicinal de Jésus- Christ) ce que notre vice nous rendait impossible. » Ce qui montre qu'il s'agit toujours du secours actuel de Dieu, et que, par conséquent, c'est celui qu'il faut comprendre que Dieu ne retire qu'à ceux qui auparavant se sont retirés de lui : qui est précisément la même intention du concile de Trente.
Saint Augustin avait dit auparavant dans le même esprit, que « le prévaricateur de la loi était justement privé de la lumière de la vérité ^ » Ce qui montrait que la lumière ne se retirait que de ceux qui ont mérité cette soustraction, par laquelle ils tombent ensuite dans les péchés qui ont fait dire à saint Paul que « Dieu les a livrés à leurs mauvais désirs; » où il se fait cette objection : « On me répondra peut-être que Dieu ne contraint personne à de tels crimes, mais qu'il n'abandonne que ceux qui en sont dignes? Celui qui parle ainsi dit la vérité*. » D'où il résulte que Dieu ne peut jamais abandonner ceux qu'il a justifiés de leurs péchés, si par de nouveaux péchés ils ne se rendent dignes de cet abandon. Et il faut ici se souvenir que saint Augustin a établi en une infinité d'endroits, que la rémission des péchés ne va pas seulement comme les pélagiens lui reprochaient de le dire, à les raser superficiellement à la manière des cheveux, en sorte que la racine en demeure dans la chair : <( Qui , dit-il, enseigne ceci , si ce n'est un infidèle? Car nous disons que Dieu donne la rémission des péchés; qu'il ne rase pas les pé*chés, mais qu'il les ôte, et que c'est une calomnie de nous imputer le contraire^ : » c'est la doctrine constante de ce Père en cent endroits. Quand donc il dit que Dieu n'abandonne que ceux qui sont dignes de cet abandon , les péchés qui les en rendent dignes ne pouvant pas être ceux qui leur ont été remis, il faut dire nécessairement que c'en sont d'autres qu'ils auront commis dejjuis.
Conformément au même principe, le même saint Augustin , dans le livre De la correction et de la grâce, en parlant de ceux dont saint Jean écrit
'r/.''''"' o' ""' " «rai.. cAf,. XX v(, n. 21). — 2. Idem, cap. xun, " ,:!?• "" ^- "'"'• "l'XTii, n. iT,. — -V. Lit., f fid flon., cap. XIII.
que « s'ds eussent été des nôtres, ils seraient demeurés parmi nous', » prononce ainsi : « Bien certainement il voulait qu'ils demeurassent dans le bien , in bono illos volebat procul dubio permanere^. Comment est-ce qu'il le voulait, sinon parce qu'il voulait ne les abandonner pas, et que ce sont eux qui l'ont abandonné les premiers? » qui est le même sens que nous avons vu dans ces paroles de saint Prosper : « C'est la volonté de Dieu qu'on demeure dans la bonne volonté, puisqu'il ne quitte personne qui ne l'ait quitté auparavant, Dei ergo volimtas est ut in bona volimtate maneatur, qui priusquam deseratur neminem deserit^. » Ce qu'il confirme ailleurs en cette sorte : « Ils n'ont pas été délaissés de Dieu, afin qu'ils le délaissassent; mais ils l'ont laissé, et ils ont été laissés, et ils ont été changés de bien en mal par leur propre volonté*. » Vérité si incontestable et si nécessaire qu'il l'inculque encore par ces paroles : « Il ne quitte point celui qui doit se retirer, s'il n'en est quitté auparavant, recessunim non deserit anteqnani deseratf. » Par où il demeure démontré que saint Augustin et ses disciples ont pris un soin particulier de laisser pour établi que Dieu, qui n'a pas quitté de lui-même les justes lorsqu'ils tombaient, voulait qu'ils demeurassent avec lui, s'ils n'avaient voulu auparavant le quitter. Que si l'on dit qu'il le voulait à cause seulement qu'il le commande, et non par une véritable volonté, on peut voir cette réponse réfutée assez clairement ci-dessus, et d'ailleurs il est évident que Dieu de lui-même ne voulant quitter personne le premier, comme il paraît , il ne se peut qu'il ne veuille que ceux qui le quittent demeurent.
C'est là la doctrine perpétuelle de saint Augustin jusqu'à la fin de sa vie : « Il ne vous ôtera pas les biens spirituels qu'il vous a donnés, si vous ne les quittez, » dit-il sur le psaume xxvi^ Et cette vérité était si constante entre saint Augustin et ses adversaires , que ceux-ci lui objectent comme incontestable cette maxime : « Ceux qui quittent Dieu le font par leur volonté , et par là (et non autrement) ils méritent que Dieu les quittée » Ce qui est dire en d'autres paroles qu'il ne quitte que ceux qui le quittent les premiers. Cette maxime parut si indubitable à saint Augustin, qu'il n'a rien à répondre autre chose que ceci : « Qui pourrait le mdT'lQuis hoc negaverit? » Qu'y a-t-il de plus hors de doute que cette maxime? Dans le livre De la correction et de la grâce , il dit, en parlant du premier homme, que « s'il n'avait pas abandonné le secours de Dieu il serait toujours demeuré bon. Mais il a quitté, continue-t-il , et il a été quitté, defseruit, et desertus est^ : » son délaissement commence, et il est suivi de Dieu. Où, sans aucun doute, il faut entendre que le premier homme a manqué au secours actuel de Dieu qui ne cessait de le lui donner : mais pour montrer qu'il agit de même envers ceux qu'il justifie dans l'état où nous sommes, le môme saint Augustin, en parlant de ceux d'entre eux qui ne persévèrent pas : « Ils ne sont, dit-il, que pour un temps, temporales sunt,
1. De corr. el yrnt., cap. ix, ii. 2. — 2. Hesp. ad objec.l. Vincent., Olijcct. 7. — 3. Hesp. ad ohjecl. (Ml., Objcct. .'). — ^. Ilesp. ad ohjecl. Vincent., Olijcct. H.— 5. Idern, cap. xxii, n. 24. -- (>. I. Psal. xxvf , cl Enctiir., cap. n. — 7. De djmo persev., cap. vi, 42. — 8. De corr. et oral., cap. xi, n. Hi .