CH.\PITRE XL
C'est de saint Augustin que le concile de Trente a pris ce principe que « Dieu n'abandonne pas ceux qu'une fois il a justifiés » par sa grâce, s'il n'en est pas le premier abandonné. »
Saint Augustin a reconnu en Dieu et en Jésus- Christ de ces volontés générales et conditionnelles, qui manquent d'avoir leur effet par le défaut de notre libre arbitre. La suite de ce principe l'oblige pareillement à reconnaître des grâces qui soient inutiles par notre faute; aussi les trouve-t-on dans ce Père autant ou plus qu'en aucun autre. Ce qu'il y a de plus démonstratif pour établir de telles grâces, c'est celte maxime canonisée par le concile de Trente : « Dieu n'abandonne pas ceux qu'il a une fois justifiés par sa grâce, s'il n'en est le premier abandonné'. » Car ce beau principe, si digne de la bonté et de la fidélité de Dieu, fait voir qu'il donne toujours les moyens absolument nécessaires pour conserver la grâce une fois reçue ; en sorte que nul des justes ne périt que par sa faute et pour s'être volontairement retiré de l'observance des commandements, qu'il pourrait garder s'il voulait. Aussi est-ce là précisément le dogme que le saint concile veut établir par ce principe , lorsqu'il dit : « Que personne n'ose avancer cette proposition téméraire et défendue par les Pères sous peine d'anathème, que les commandements de Dieu sont impossibles à l'homme justifié : car Dieu ne commande pas des choses impossibles , mais il avertit en commandant de faire ce que l'on peut et de demander ce que l'on ne peut pas, et il aide afin qu'on le puisse^ » Ce qui présuppose des secours actuels qui nous donnent un vrai pouvoir suffisant, nonseulement de conserver la justice, mais encore d'y profiter, comme parle ce saint concile, quo proficere possint. Et il prouve enfin cette vérité par le principe qu'on vient de voir : « Dieu ne quitte les justifiés que lorsqu'ils le quittent eux-mêmes les premiers, nisi ab ipsis prius deseratur. » Or il est certain non-seulement que c'est de saint Augustin et de ses disciples que le saint concile a pris do mol à mot ce principe, mais encore qu'ils s'en sont servis dans le même sens et pour le même dessein. C'est ce qui paraît dans ces paroles du livre De la nature et de la grâce : « Le céleste médecin, dit-il, ne guérit pas seulement nos maux afin qu'ils ne soient plus , mais afin que dans la suite nous puissions marcher droit , ce que nous no pouvons faire , même dans la santé, que par son secours ^ » Par là donc il est manifeste qu'il parle du secours actuel, puisqu'il parle non de celui par lequel nous avons la santé, c'est-à-dire la gràoo habituelle et sanctifiante, mais de celui par lequel nous pouvons dans la suite marcher droit dans la voie dos commandements. Ce qui est confirmé par les paroles suivantes : en poussant la comparaison du médecin, il parle ainsi : « Les médecins mortels, après avoir guéri leur malade, lui laissent recouvrer ses forces par h'S aliments corporels et le remettent entre les mains de Dieu qui les leur fournit, comme il a fourni les remèdes dont on s'est servi pour le guérir; mais Dieu, lorsqu'il a guéri un malade ou
cap. II. — 2. Jdem. — 3. Lib. Pe ual. et i/rat , cap.