‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 847 sur 851 · LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE

ticle de foi que cette grâce n'est pas de tous et qu'il la grâce n'est pas donnée selon les mérites et au en faut faire a Dieu de particuliers remercîments : mntrairM nn'oiu ... ,i.„^a . ' ^^..

particuliers remercîments .

Grntiam Dei non omnibus hominihus dari.

S'il en faut venir aux adultes, quand on aura supposé avec les docteurs que tous , de loin ou de près, médiatement ou immédiatement, sont appelés à la foi et ont reçu pour v parvenir des grâces préparatoires , dont s'ils usaient bien de l'une à l'autre , ils pourraient venir à la foi ; en sorte que c'est par leur faute et par le défaut de leur volonté qu'ils demeurent infidèles et dans le péché : quand cela, dis-je , sera supposé, il restera toutefois par le commun consentement de tous les docteurs et de toute l'Eglise catholique , qu'il y en a à qui l'Evangile, par un juste jugement de Dieu , n'est jamais prêché : que de ceux à qui il est prêché , nul ne croit que celui dont Dieu a particulièrement touché le cœur ; et que parmi ceux qui croient et sont justifiés par la foi, quoique tous avec la grâce de Dieu, en travaillant fidèlement, puissent persévérer dans la justice , tous ceux qui y demeurent actuellement jusqu'à la fin sont menés à cette fin bienheureuse par une grâc'e et une conduite d'une pure et particulière miséricorde. Tout cela ne suffit-il pas pour faire dire avec saint Augustin à tant que nous sommes de chrétiens : Nous savons que la grâce de Dieu par laquelle nous sommes actuellement chrétiens , actuellement justifiés , ac-

contraire qu'elle est donnée par une pure miséricorde, il est clair que Dieu ne la doit à personne ; et que ceux à qui elle n'est pas donnée n ont pas sujet de se plaindre, « puisque même, dit saint Augustin, s'il ne donnait à personne ce qu'il ne doit à personne, et qu'ainsi personne ne fût délivré de la perdition commune , il n'y aurait aucune injustice à lui imputer'. » C'est aussi ce qui donne lieu à saint Augustin de joindre cet article aux deux précédents : « Nous savons que ceux à qui la grâce n'est pas donnée, c'est par un juste jugement qu'elle ne l'est pas : » qui est le Sixième des douze que saint Augustin propose à tous les fidèles comme autant d'articles de foi.

Il y a deux choses à remarquer dans cet article de saint Augustin ; l'une que la grâce n'est pas donnée à tous, ainsi qu'il l'avait déjà dit dans l'art. IV, la seconde qui est particulière à celui-ci, que lorsque la grâce n'est pas donnée, c'est toujours par un juste jugement, ce qui emporte la punition de quelque péché.

Sur cet article il est bon d'entendre ces paroles de ce Père : « Pourquoi de deux enfants égafernent coupables du péché originel, l'un est pris et l'autre est laissé ; et pourquoi de deux adultes infidèles, l'un est appelé de manière qu'il suit celui qui l'appelle, pendant que l'autre ou n'est point

tuellement persévérants et finalement sauvés , n'est j du tout appelé , ou ne l'est point de cette sorte :

pas donnée à tous les hommes ?

Concluons donc que la grâce du Dieu créateur qui est donnée, non-seulement à tous les hommes, mais encore aux animaux comme aux hommes mêmes , dont le Psalmiste a chanté : « 0 Seigneur , vous sauverez les hommes et les animaux^, » est différente de la grâce du Dieu rédempteur, dont i

ce sont d'impénétrables jugements de Dieu. Mais pourquoi de deux fidèles pieux , l'un reçoit la persévérance jusqu'à la fin , et l'autre ne la reçoit pas : ce sont des jugements de Dieu encore plus impénétrables ^ » Il rapporte donc ces dilTérenccs à des jugements cachés qui présupposent nécessairement quelque péché, et il nous fait remarquer que

est écrit : « 0 Dieu, vous sauverez votre peuple, dans ces divers jugements de Dieu par lesquels il les brebis de votre troupeau^ « Dieules sauve par ! punit les hommes, le plus impénétrable est celui Jésus-Christ d'une façon et avec des grâces parti- par lequel il ne donne pas la persévérance au ficulières, dont saint Augustin a raison de dire que 1 dèle à qui il a donné la justice, ceux à qui elles sont données ont ce don par une I Et la merveille de ce jugement, c'est que lui gratuite miséricorde : qui est le second article des 1 ayant donné, comme on a vu, « le pouvoir de pertrois que nous avons considérés , et le cinqième des sévérer s'il avait voulu, » comme ce saint Père l'a douze que saint Augustin a proposés dans la Lettre dit expressément^ il ne lui en a pas donné l'acte : à Vital. pourquoi? « Si on me le demande, dit-il, je ré- Ce qu'il dit ici , qu'on reçoit ces grâces par une ponds que je n'en sais rien : me iguorare respon-

miséricorde gratuite , est la même chose qu'il venait de dire dans la première proposition : « Nous savons que la grâce de Dieu n'est donnée ni aux petits ni aux grands, selon leurs mérites^ » Et dans la troisième , « nous savons que ceux à qui la grâce est donnée, non-seulement elle ne leur est

deo. Car j'écoule ce que dit l'ApiMro, que l<*sjugements de Dieu sont impénétrables. Autant donc qu'il a daigné nous les découvrir, rendons-lui grâces et ne murmurons pas de ce qu'il n'a pas voulu nous en découvrir, mais reconnaissons que cela même nous est très-salutaire*. » Croyons donc que

pas donnée selon les mérites de leurs œuvres , mais c'est par un secret jugement et pour des péchés enmême selon les mérites de leur bonne volonté, ce ' ' ■ • • ' •' '-'• qui paraît principalement dans les petits enfants. » C'est là ce grand principe de la doctrine de la grâce dont on a exigé la reconnaissance de la bouche de Pelage dans le concile de Palestine et dès le commencement de celte dispute ; et c'est le même principe que saint Augustin donne partout comme le fondement le plus essentiel de la foi catholique en cette matière, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs si amplement, qu'il n'est plus nécessaire d'y revenir de nouveau.

Mais si c'est un des fondements de la foi , que

1. Psal., xxxv, 1. — 2. VsaL, xxvii, t). — J. E\ni\.. ad Vi7., arl. I. B. — T. II.

cnes, principalement pour son orgueil, que Dieu refuse à plusieurs ce don de sa grâce sur ce principe de saint Augustin , que << la cause pourquoi les hommes ne sont pas aidés osl en eux et non pas en Dieu*. » Ce qui, bien loin d'affaiblir la volonlégénérale de les sauver tous, l'élablil [)lulnl rn ce que ce n'est pas à Dieu , mais à soi-même qu'on doit imputer si l'on n'a pas la grâce : je dis même celle qui donne l'effet <( en découvrant ce qui éliiil caché cl en rendant agréable ce qui di-plaisail aupaçavaul, •«

1. /)<• donc jierifv., f»\>. «. n. 10. — 2. Idem. tt\\. 9, n. ii. — 3. /)« corr. et grat.. cap. 7 , n. 11. — *. Ulnn , cap. 8, u. 11. — 5. P< ptcral. merit. et remits., lib. 2, cap. 1", u. iti.

comme le dit saint Augustin dans le même lieu. Concluons donc qu'il est de la foi que la grâce chrétienne, la grâce du Dieu Rédempteur n'est pas donnée à tous les hommes à la manière de la grâce du Dieu Créateur, qui était celle que reconnaissaient les pélagiens : ce qui même serait certain, quand il serait vrai que Dieu touche tous les cœurs des hommes , pour les appeler de loin ou de près à sa connaissance, parce qu'il demeurerait toujours pour indubitable que cette grâce n'est pas commune , uniforme , perpétuelle comme la nature , puisqu'on la reçoit, qu'on la perd, qu'on la re-

couvre , que Dieu la répand à certains moments et la retire dans d'autres par de secrets jugements. Tout au contraire de la nature, qu'il donne sans ciioixà tous les hommes et qu'il conserve même à ceux qu'il abandonne, selon quelques-uns de tous les secoiirs, et, selon d'autres, du moins des grands secours de la grâce , ne cessant de leur inspirer, comme dit saint Paul', dans leur plus grand abandonnement le mouvement et la vie, et de faire subsister en eux le fond même de la raison et du libre arbitre.

Page 1