‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 846 sur 851 · Epiil.ad V((a · texte numérisé non relu

Epiil.ad V((a

ne dirai pas saint Augustin, mais l'Eglise, la tradition, la vérité, doivent avec moi chercher le bon sens qui doit être nécessairement dans ces paroles de saint Augustin.

Mais cela en vérité n'est pas difficile, si l'on considère la doctrine des adversaires que saint Augustin avait à combattre. Qui ne sait que les pélagiens amusaient le monde, en appelant grâce la nature et le libre arbitre que tous reçoivent en naissant. 11 était donc de l'esprit de cette hérésie de prêcher une grâce donnée à tous, et il était de l'esprit du christianisme d'en'prêcher une autre. Les pélagiens prêchaient la grâce par laquelle nous sommes hommes, qui était un don général ; saint Augustin , les Pères d'Afrique , le Saint-Siège toute l'Eglise prêchaient la grâce par laquelle nous sommes chrétiens, gratiam qua christiani sumus, qui est un don spécial , parce que c'est le don de la foi, conformément à cette parole de saint Paul : « La foi n'est pas de tous ' , » encore , dit saint Augustin , qu'il soit de tous de pouvoir avoir la foi et que cela soit, en un certain sens que nous avons vu, du fond même de la nature. Mais sans examiner en combien de sens le pouvoir peut être de tous, l'avoir constamment n'est pas de tous : et cet avoir , comme dit saint Augustin : « C'est la grâce chrétienne , qui n'est conférée qu'au chrétien et non pas (comme la grâce de la création) à tous les hommes , même aux infidèles , et non-seulement tous les hommes, mais encore à tous les animaux jusqu'aux plus petits^. Ce n'est donc pas là ce qu'on appelle « la grâce des chrétiens, » c'est une grâce qui leur est particulière ; et ils ne seraient pas chrétiens , s'ils ne croyaient et ne connaissaient qu'elle n'est pas de tous, afin de pouvoir en rendre à Dieu par Jésus-Christ de particulières actions de grâces.

Quand nous ne ferions qu'arrêter nos yeux sur les enfants baptisés , le baptême par lequel ils sont chrétiens n'est pas de tous : ils y sont conduits par un soin particulier et purement gratuit de la divine Providence ; et sans ce soin, cette grâce particulière , il est de la foi que tous sans exception demeureraient éternellement dans la masse où est perdu tout le genre humain; mais la grâce qui les en tire, et dans son principe qui est la volonté de Dieu qui la donne , et dans son effet qui est l'infusion de la justice chrétienne , n'est pas de tous. C'est une vérité de foi qui seule serait suffisante pour faire dire à saint Augustin : Nous tous qui , par la grâce de Dieu sommes chrétiens et catholiques, nous savons et nous croyons avec une ferme foi que cette grâce du baptême, par laquelle nous avons été faits chrétiens, n'est pas donnée à tous.

Que le baptême en un certain sens très-véritable soit offert à tous ; que tous soient en quelque façon compris dans le pacte du baptême sous certaines conditions, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs , le ferme fondement de Dieu demeure toujours, que ceux à qui Dieu destine le baptême actuellement et par une volonté absolue, le reçoivent par une pure grâce; par une prédilection, par une préférence gratuite ; et puisqu'aucun chrétien ne nie quf, cela ne soit ainsi , tous avec saint Augustin croient et confessent comme un ar-

i. //. Tliesi., iii, 2. — 2. Op. imp., m , 50.

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