‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 87 sur 851 · Saint Chrynostome tronqué par le traducteur · texte numérisé non relu

Saint Chrynostome tronqué par le traducteur

— La note de notre traducteur s'apimie de saint Chrysosiome, et de quelques autres commentateurs qui ont afxoulumé de le suivre. Mais il ne sait pas p<.'8cr les paroles qu'il allègue : la parole oiseuse, dit saint Chrj-fioslome , eut celle qui est proférée hors deprnpo». le menurmrje et la calomnie. Il commence par détinir la parole oiseuse, selon sa propre notion, el la soumet au jugement à ce seul litre ; et parce

I. Rtff.brfV. iitt «3-2. Voliog.,comm. in Mallh. hic; Orol. in fumtt loe.

que les vains discoureurs tombent naturellement dans le mensonge, dans la médisance, dans la calomnie; il marque ces mauvaises suites de celte inutile parlerie (qu'on me permette ce mot). Est-ce là réduire la parole oiseuse au mensonge et à la calomnie ? Me veut-on obliger à rapporter toutes les paroles du Sage, qui montrent l'alTmilé de ce babil inutile avec l'humeur querelleuse? En sommes-nous encore réduits à examiner les raisons qui ont obligé le Sage à nous prescrire de parler peu'? Mais faudra-t-il ramener ces femmelettes de saint PauP, « oiseuses, fainéantes, causeuses, curieuses, qui » courent de maison en maison , pour ne rien dire » de ce qu'elles doivent? « Pourquoi ne veut-on pas que Jésus-Christ ait repris cette intempérance de langue en elle-même si mauvaise, et dont les suites sont si dangereuses?

1 3. Objection de l'auteur et de Volzogue. — Mais, dit la note de l'auteur, la suite du discours détermine à la calomnie, Mallh., xn, 36. C'est sans doute ce que voulait dire Volzogue*, que les Pharisiens dont Jésus -Christ reprend en ce lieu la malignité , ne proféraient pas « seulement des pa- » rôles inutiles conlre Jésus-Christ, mais encore » des mensonges et des blasphèmes : » ignorants qui n'entendent pas comment le discours passe naturellement d'un sujet à l'autre. S'ils aimaient mieux consulter la Tradition que de montrer leur esprit par des conjectures , Bède leur aurait appris après saint Jérôme, à concilier tout, et à entendre Jésus-Christ ''; « comme s'il disait : si les discours y> inutiles sont portés au jugement de Dieu, com- » bien plus vos blasphèmes calomnieux : » Ac si dixisset, si superflues locutionis est ratio reddenda, quanta magis criminosa blasphemiœ vestra œternam damnatio7iem generabunt ?

14. On dit un mot sur Théophylacte , et on produit saint Jérôme. — Je ne parle point de Théophylacte, ni d'Euthymius, qu'il faut réduire au sens de leur maître saint Chrysoslome. Il est vrai que Théophylacte fait aller les paroles oiseuses avec le mensonge et la calomnie : mais il ne fallait pas omettre qu'il y ajoute les discours sans ordre et sans raison, àxolxTouç, avec ceux qui sont ridicules, dits pour faire rire : ce qui suppose la vraie idée de ce qu'on appelle parole oiseuse ou inutile, laquelle n'a point d'autre but que de discourir sans nécessité , sans raison , et pour divertir seulement.

Au surplus, quand le ridicule est poussé jusqu'à la bouffonnerie, scurrilia , ou jusqu'à un éclat de rire emporté et immodeste, cachinnis ora dissolvit ; ou, ce qui est encore pis, à quelque chose de sale et de malhonnête , aliquid turpitudinis ; saint Jérôme nous apprend^ que ce n'est pas là une parole oiseuse , mais criminelle : Hic non otiosi verbi , sed criminosi tenebitur reus.

Le même Père nous donne, à sa manière nette et précise, une exacte définition de la parole oiseuse, en disant : que c'est celle qui se profère sans l'utilité de celui qui parle, et de celui qui écoute : Otiosum r.erbum est quod sine utilitate et loquentis dicitur et audientis; comme jîar exemple, si en laissant les choses sérieuses : omissis seriis; nous nous entretenons de choses fricoles et racontons de vieux

1. Eccl., V. 1. — 2. I. rm.,v. 13.— 3./n eumd. loc— 4.IbiJ. — r>. Hier., in M'itlli., hic.

PREMIERE INSTRUCTION

contes : Si de rébus frivolis loquamur, aut et fabulas narremus antiquas. Telle est l'idée de saint Jérôme, qu'il est aisé, comme l'on voit, de concilier avec celles de saint Chrysostome et de ses disciples.

15. Remarque sur le génie des faux critiques. — Il y a longtemps qu'on a remarqué que les faux critiques, qui sont ordinairement des grammairiens outrés, mettent toute la délicatesse de leur esprit à examiner les paroles, peu sensibles à l'exactitude des mœurs. Ils ne songent qu'à raffiner : le texte grec de saint Matthieu ne leur suffît pas, quoiqu'iltienne lieu de l'original du Saint-Esprit : pour en éluder la force , ils vont deviner le mot hébreu dont ils veulent que Jésus-Christ se soit servi : c'est ce qu'a fait Grotius sur ce passage de saint Matthieu , et il préfère une conjecture à la pureté du texte.

16. Grotius justifie l'usure : à son imitation le traducteur élude le passage de saint Luc , vi, 35. — Il y a d'autres endroits plus essentiels où ils méprisent l'austérilé de la justice chrétienne. On sait que Grotius a employé toute son étude et tout son esprit à justifier l'usure : il n'a rien omis pour éluder le texte exprès de saint Luc, vi, 35, que toute la tradition a consacré à la condamnation de ce vice ; et notre auteur l'a suivi dans le même endroit.

17. Pélagianisme manifeste dans une note tirée de Crellius et de Grotius. — Qu'il me soit permis d'ajouter ici une note sur le t. 10 du chapitre vm aux Hébreux : « Je leur donnerai des lois qu'ils re- » tiendront et qu'ils observeront, les comprenant » facilement. »

C'est tout ce qu'on dit sur ces paroles de Jérémie , citées par saint Paul : « J'imprimerai mes lois dans » leur esprit, et je les graverai dans leur cœur. » Ces vives expressions du Saint-Esprit ne voudront dire autre chose, sinon que ces lois seront aisées à retenir et à observer, parce qu'elles sont aisées à comprendre. On ne parle point de l'esprit intérieur de la grâce qui agit dans les cœurs ; il n'y a qu'à bien retenir et à bien comprendre; il ne faut rien au dedans qui incline le cœur à aimer ; ni l'apôtre , ni le prophète n'ont songé à la grâce dans un passage qui a été fait pour l'exprimer, et que toute l'Eglise catholique y a entendu; l'on ne pouvait imaginer dans notre auteur un pélagianisme plus parfait.

C'est en effet que Crellius ne lui en avait pas appris davantage' : « J'écrirai et je graverai mes » lois dans leurs esprits et dans leurs cœurs, en » leur donnant une raison très-sufflsante : causam » sufficientissimam : pour en conserver un souvenir » perpétuel, et pour les mettre en pratique. » C'est ainsi que ce socinien paraphrase l'apôtre et le prophète; et après lui Grotius. « Le sens est, » dit-iP, « je ferai qu'ils sauront tous ma loi par cœur : me- » moriter ; » c'est-à-dire, au premier sens, « par » la multitude des synagogues qu'on a bâties en ce » temps où l'on enseignait la loi trois fois la se- » maine. » C'est à quoi s'arrête notre traducteur, et laisse là ce que son auteur lui aurait fourni sur un autre sens plus spirituel et plus sublime.

C'est ainsi que son livre s'est débité : depuis quelques jours on y ajoute un carton où sont ces paroles : « Je leur donnerai des lois et la grâce nécessaire , » afin qu'ils les retiennent et les observent : » le traducteur n'avait oublié que la grâce dans un lieu

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