Hisl. crit. dfs comm., ch. i.iv.p. 807. — 2. Idem
raison de mettre à couvert de ce discedite de Jésus- Christ, ceux qui auront commis les plus grands crimes , sans en former l'habitude de toute la vie, vitœ studium : et Grotius leur fournit des armes contre la vérité.
6. Erreur manifeste de Grotius et du traducteur , sur la signification du terme operarius. — Mais n'est-il pas vrai , dira-t-on , que le terme operarius, ouvrier, marque une habitude? C'est ce que voudrait Grotius; mais visiblement il se trompe. L'ouvrier est digne de sa récompense, dans le même saint Luc, x. 7, IpyocTYi;, ne veut pas dire celui qui a l'habitude de travailler; mais celui qui travaille actuellement, et qui a fait sa journée. La moisson est grande mais il y a peu d'ouvriers : encore en saint Luc, x, 2, et tout de suite : priez donc le 7naître de la maison d'y envoyer des ouvriers ; partout, loyaTat, et partout pour le travail actuel. C'est pourquoi le grand Père de famille dit à celui qui avait soin de ses affaires : Appelez les ouvriers, et payez-les de leur journée , Matth., xx, 8, selon la convention qu'il avait faite avec eux dès le matin , ibid., 1, sans que l'habitude y fasse rien. Cependant si nous en croyons Grotius et les sociniens , ouvrier marque l'habitude, non actum, sec studium vitœ. Il n'y a qu'à le décider affirmativement et alléguer un hébraïsme , on fait passer par ce moyen tout ce qu'on veut : on élude même saint Matthieu, qui, dans un endroit qui revient manifestement à celui dont il s'agit, se sert du mot lpY«Coa£vot , opérantes, ce qui marque l'acte; et Grotius est bien assuré, sans en marquer aucune raison , qu'il faut expliquer saint Matthieu par saint Luc, plutôt que saint Luc par saint Matthieu, au lieu de les unir tous deux ensemble. Après cette autorité de Grotius, notre auteur n'hésite pas à déterminer souverainement, que le mot operarii signifie une habitude dans le vice : voilà comme raisonnent nos gens de bons sens. C'est ainsi que, sans égard à la Tradition et aux endroits de l'Evangile les plus exprès, ils donnent gain de cause aux sociniens.
7. Ce que c'est , selon Grotius que le Fils de l'homme , maître du sabbat. — Le Fils de l'homme esimaître même du sabbat, Matth., xii, 8. On a vu oîi fait pencher l'esprit socinien; mais voici une décision de Grotius : Ceux-là se trompent , dit-il , qui entendent Jésus-Christ en particulier. Nous verrons ailleurs que ces manières de prononcer comme si c'était un jugement souverain , lui sont ordinaires; notre auteur le suit; et sur les plus faibles de toutes les conjectures qu'il ne s'agit pas d'examiner en ce lieu , ils dérogent à cent passages de l'Evangile, où le Fils de l'homme est déterminé à Jésus-Christ , sans qu'il y ait un seul exemple du contraire.
8. Sur le sine me , en saint Jean, xv, 5. Pélagianisme de Grotius. — Nous avons trouvé étrange cette traduction de notre auteur : Sine me nihil potestis facere, Jean, xv, 5 : Vous ne pouvez rien étant séparés de 7noi. Cette traduction plait aux sociniens , parce qu'elle éloigne l'idée de la nécessité d'une grâce intérieure pour chaque acte de piété. Nous verrons ailleurs que Grotius ne l'aime pas davantage , et il s'en explique ici trop expressément : Si7ie me, dit-il, c'est-à-dire, seorsim, separatim ; « parce que, pour- » suit-il, on ne peut rien attendre de bon de celui » qui se retire des préceptes et des exemples de
INSTHUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
. Josus-l'hrisl. » C'est donc à quoi il réduit la grûco, après Polago , aux précopics, aux exemples, à ce qui raisonne ou paraît au dehors; et les branches de la vigne de Jésus-Christ n'ont à recevoir aucune intluence intérieure du cep auquel elles sont si unies : c'est ce qu'on apprend de Grotius.
y. Sur le terme x"?'?- — ^^ '-'^^ ^^'^ '"^ H^e notre auteur a pris son /wpi; saoù, extra me, séparément d'avec moi, en alléguant la force du terme grec ; mais quand Crolius saurait cent fois davantage de grec , et qu'il produirait deux ou trois exemples où cette particule grecque veut dire séparément, il ne fera pas que laVulgate n'ait pour elle la nmltitude et le commun des exemples; ni que les branches n'aient point d'autre besoin du cep dont elles reçoivent la vie au dedans, que de n'en être point séparées : ni enlln que son sentiment particulier prévale à la Tradition de toute l'Eglise d'Occident, qui constamment a toujours traduit et expliqué comme nous faisons, sine me, sans être jamais contredite.
10. Sur la maison de Zachée. — Aujourd'hui cette maison est saucée : Luc, xix. C'est, dit Grotius, la figure synccdoche; et la maison est prise pour le père de famille. Quel besoin de cette ligure? pourquoi ne vouloir pas croire avec le torrent des interprèles , que la famille se soit ressentie de la présence de Jésus-Christ et du bon exemple du maître ? on n'en voit point de raison ; ce n'est rien contre le dogme de la foi; je l'avoue, et il suffit qu'on remarque ici Grotius et notre auteur aussi bien que les interprètes sociniens entraînés par l'affectation de la singularité.
1 1 . .Sur le compte à rendre des paroles oiseuses.
— Si je voulais chercher d'autres exemples , mon discours n'aurait point de bornes. A l'ouverture du livre, et en repassant pour une autre fin le chapitre xii de saint Matthieu, t. 36, je trouve : « le compte ■ qu'il faudra rendre au jour du jugement de toutes » les paroles oiseuses : » avec la note, « que Jésus- » Christ appelle paroles oiseuses, non-seulement » les paroles inutiles, mais celles qui sont fausses • et calomnieuses, et que la suite du discours fait » voir que c'est de celles-là dont il s'agit en cet en- » droit. » Ainsi les saints Pères, et notamment saint Hilaire, saint Jérôme, saint Bernard parmi les latins, et saint Grégoire de Naziarize', avec d'autres parmi les grecs; tous les spirituels latins et grecs, anciens et modernes, depuis Cassien, redoutent en vain la sévérité des jugements de Dieu , qui met à un .si terrible examen jusqu'aux paroles qui ne sont mauvaises que parce qu'elles sont inutiles et hors de propos. Notre auteur les rassure, et a pour gar-'i • '' ' ].; et Grotius', qui veulent que ces pari ^ f'V.u.a ip-j-bv, soient des mensonges ou des calomnies.