PROLOGUE
DU aNQUIÉME CBAXT DE PALINGËNE.
Je ne désire point les trésors que le Tage Roule dans ses flots jaunissans, Ni l'or des monarques persans , Ni les perles qu'on cherche à l'indien rivage : J'aimerais encor moins à vaincre l'univers , A voir cent nations captives dans mes fers ; Tant d'honneur n'est pas plus mon vœu que mon partage. Fortune , quel prix ont tes dons , Des vertus sont-ils le vrai signe?
Je les vois dispensés aux médians comme aux bons, Et souvent le plus grand est aussi le moins digne. Il est un autre bien que je demande aux cieux, Un bien que ni le sot ni le pervers n'estime ,
C'est la vérité, don sublime, Qui rendses droits à l'homme et l'approche des dieux. Maître du ciel ! dis-moi pourquoi cet avantage A tous est interdit, au moins à presque tous? En cent lieux tu te plais à montrer parmi nous Des prodiges d'esprit , de beauté , de courage ; Pourquoi dans aucun lieu ne fais-tu naître un sage ? Trouves-tu plus de gloire à régner sur des fous ? Plus les sujets sont grands et plus noble est l'empire ; I. 16
Grains, en nous abaissant , d'avilir ton emploi ; Au lieu d'hommes tu veux des bêtes à conduire ; Même un simple mortel n'oserait, sans délire. Choisir d'être un vil pâtre au lieu d'être un grand roi.
Peut-être aussi que notre vie Pour le ciel est un jeu qu'il prend plaisir à voir;
Peut-être que , sans le savoir , Aux dieux le genre humain donne la comédie ,
Et que du matin jusqu'au soir On s'amuse là-haut de tous tant que nous sommes, Comme ici-bas d'un singe on voit rire les hommes. Et que peuvent-ils voir de plus divertissant Que cette pauvre espèce humaine , Et sa science aveugle , et son audace vaine, Ses projets insensés, son orgueil impuissant? Tantôt c'est un héros qui paraît sur la scène. Tantôt quelque docteur les fait rire en passant; L'un croit égaler leur puissance , L'autre croit avoir leur science :
Chacun veut de l'encens et des autels comme eux : L'homme, je le répète, est le singe des dieux. Mais non , je vous offense , êtres purs et célestes , Vous ne vous plaisez point à des jeux si funestes ; Votre éternel partage est la félicité ; Du malheur des humains vous n'avez point affaire. Ah ! si de ce beau lieu , par vous seuls habité , Vous tournez vos regards sur cette obscure terre , Versez dans mon esprit un rayon de lumière Qui me laisse entrevoir l'auguste vérité.
TR.\DUCTIONS. a43
Dans ce séjour de mort montrez-moi l'art de vivre;
Faites que je ne prenne pas La route qu'il faut fuir pour celle qu'il faut suivre ; Et si vers le bonheur on peut tendre ici-bas ,
Du haut des cieux guidez mes pas.
d'une stance de l'arioste.
On hait la feinte , et c'est avec raison : D'un mauvais cœur c'est l'indice ordinaire ; Mais convenez qu'en mainte occasion Au genre humain elle fut salutaire :
La bonne foi n'est pas sans embarras; On n'y voit point assez clair dans la vie Pour distinguer l'amitié de l'envie, Et l'on rencontre un piège à chaque pas.
TRADUCTIONS. a45