‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 116 sur 134 · ÉPITRE DE DELILLE · texte numérisé non relu

ÉPITRE DE DELILLE

Et se calomnie elle-même Par un air de frivolité :

Ces titres heureux de ta orloire Seront toujours présens à ta mémoire.

Digne à la fois des palais et des champs, Ton Aline toujours aura ces traits touchans Qu'elle reçut de ta muse facile.

Lorsque ton pinceau séducteur.

Toujours brillant, toujours fertile, Gai comme ton esprit, et pur comme ton cœur, Entre le dais et la coudrette, Entre le sceptre et la houlette, Nous peint cet objet enchanteur, Moitié princesse et moitié bergerette, Malgré toi tout Paris répétera tes chants ; Et toujours tu joindras, dans ton aimable style, A la simplicité des champs Toutes les grâces de la ville.

Puis , quand il serait vrai que tes modestes vœux Puissent s'accommoder de ces rustiques lieux.

Pourrais-tu bien , au fond d'une campagne , Enterrer l'aimable compagne A qui de tes beaux jours nous devons les douceurs?

Si tu n'avais, de ton doux hyménée,

Reçu pour dot qu'un immense trésor,

Je te dirais : Va dans la solitude

AU CHEVALIER DE BOUFFLERS. a53 Cacher tes jours , et ta femme et ton or , Et d'un triste richard l'avare inquiétude. Mais l'esprit, la beauté sont faits pour le grand jour; La ville est leur empire, et le monde leur cour. Le sage créateur du monde Ensevelit les métaux corrupteurs Au sein d'une mine profonde; Il cache l'or, et nous montre les fleurs.

Si toutefois, dans ton humeur austère, Las du monde et de ses travers, Tu veux dans le fond des déserts Cacher ton loisir solitaire, Avec tes goûts nouveaux permets-nous de traiter; Prenons un temps : pour nous quitter.

Attends que tu cesses de plaire, Et tes vers de nous enchanter.

Alors, puisqu'il le faut, sois agricole, range

Tes fruits nouveaux dans tes celliers, Tes blés battus dans tes greniers.

Tes blés en gerbe dans ta grange, Dans tes caveaux tes choux rouges ou verts. Mais que m'importe la vendange, A moi qui m'enivrai du nectar de tes vers.

Et quelquefois de ta louange?

Plus d'un contrefacteur du vin le plus parfait , Des pressoirs de Pomard et des cuves du Rhône, Des crûs de Jurançon, de Tavelle et de Beaune, Sait assez bien imiter le fumet;

254 ÉPITRE DE DELILLE, etc.

Même d'un faux Aï la mousse mensongère , En pétillant dans la fougère, Trompe souvent plus d'un gourmet; Mais tes écrits ont un bouquet Que nul art ne peut contrefaire.

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