ÉPITRE DU CHEVALIER DE RONNARD A BOUFFLERS
Tes voyages et tes bons mots, Tes jolis vers et tes chevaux Sont cités par toute la France ; On sait par cœur ces riens charmans Que tu produis avec aisance ; Tes pastels frais et ressemblans Peuvent se passer d'indulgence.
Les beaux-esprits de notre temps , Quoique s'aimant avec outrance, Troqueraient volontiers , je pense , Tous leurs drames et leurs romans Pour ton heureuse négligence Et la moitié de tes talens.
Mais, pardonne-moi ma franchise, Ni tes tableaux ni tes écrits N'équivalent , à mon avis , Le tour que tu fis à l'église.
Nos guerriers , Ja ville et la cour.
Admirant ta métamorphose , Battirent des mains tour à tour :
La Gloire en sourit, et l'Amour Crut seul y perdre quelque chose.
On a tant célébré Grammont , Son esprit, sa gaîté, ses grâces!
H revit en toi ; tu remplaces Le héros de Saint-Évremont.
6o PIÈCES MÊLÉES.
Les ris le suivirent sans cesse", Et , dans son arrière-saison , Semèrent des fleurs à foison Comme aujourd'hui sur la jeunesse.
En vain le Temps, de son poison, Voudrait amortir ta saillie , Tu donnerais à la raison Tous les grelots de la Folie.
Jouis bien d'un destin si beau , Brille dans nos camps, à Cythère :
Sûr de plaire , et toujours nouveau , Chante les plaisirs et Voltaire ; Lis Végèce , Ovide et Follard , Et vois les lauriers du Parnasse , Unis aux palmes de la Thrace , Couvrir ton bonnet de hussard.
Garde ton goût pour les voyages , Tous les pays en sont jaloux; Et le plus aimable des fous Sera partout chéri des sages.
Sois plus amoureux que jamais ; Peins en courant toutes les belles, Et sois payé de tes portraits Entre les bras de tes modèles.
PIECES IVIELÉES. 6i