‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 87 sur 134 · CHEZ LE PRINCE HENRI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

CHEZ LE PRINCE HENRI DE PRUSSE

Air : du Vaudeville de "^Fom- Jones.

Le bon François, moine par excellence , Depuis long-temps est bien déchu;

Mais il est moine, et veut en conséquence Regagner plus qu'il n'a perdu.

« La foi , dit-il , cesse d'être efficace Depuis que l'homme ouvre les yeux :

Remplaçons la foi par la grâce , Les choses n'en iront que mieux.

a Ne vois-je pas dans ces lieux une belle Qu'un sage adore sous mon nom ?

Dieu me la montre, il faut me servir d'elle; Tout moyen pour mon ordre est bon.

Céleste objet des plus flatteurs hommages , Soyez propice à mes desseins; Lorsque l'on peut tant sur les sages.

Ne pourrait-on rien sur les saints?

« Vous savez comme à la terre asservie

J'imposai mes très-humbles lois; Mon pouvoir tombe , et François vous confie

Ses intérêts avec ses droits :

Pour ces temps-ci ma règle est trop austère;

Les cœurs sont durs , soyons plus doux ;

L'art de régner, c'est l'art de plaire,

Françoise , el c'est affaire à vous,

« Le monde aveugle, en son erreur profonde, Prend mes enfans pour des cafards;

En bon chemin vous remettrez le monde , En l'éclairant de vos regards;

Un mot de vous fera tomber les armes.

Et du sophiste et du moqueur; i

L'esprit, à l'aspect de vos charmes, Passe dans le parti du cœur.

« Sous mon vieux froc, il faut, quoi que l'on fasse,

Que le bon sens reste étouffé; Votre coiffure a bien meilleure grâce;

Aussi de vous tout est coiffé.

Montrer Françoise est une sainte ruse

Pour forcer à d'éternels vœux;

De mon cordon la trame s'use,

Tout, jusqu'au temps, serre vos nœuds.

« Mais quand mon cœur à cet espoir se livre. Le premier point reste en oubli;

Il faut songer que tout moine doit vivre,

Et surtout vivre aux frais d'autrui :

Nous vivions tous du beau droit de la quête;

Ce droit aussi nous est ôté ;

Exercez le droit de conquête.

Amour fait plus que charité.

« A nos besoins c'est Dieu même qui veille; En vous voyant, oui, je le vois;

Pour opérer chez nous une merveille , D'une nierveille il a fait choix :

Voilà mes vœux , le ciel les trouve étranges ; Et Françoise y fait des jaloux :

Mais si je vous préfère aux anges, C'est qu'ils ont moins d'esprit que vous. »

COUPLETS

CHANTÉS DAiVS UNE PETITE COMÉDIE DE BOUFFLERS ,

JOUÉE sua I.K THÉÂTRE DE RHEINSBERG, LE 18 JANVIER Ijgj, JOUR ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DU PRINCE HENRI DE PRUSSE.

( Une l)onne paysanne raconte un rêve à ses enfans et au niagister , lorsqu'on apprend la naissance du prince. Dans ce rê^èe, il y a du laurier , de l'olivier, du lierre , etc.; le magister, invité à consulter les astres, braque sa lunette , et pour horoscope il chante ces couplets : )

Sur le ciel ma vue attachée Trouve plusieurs traits, et je crois Que notre reine est accouchée De plusieurs enfans à la fois.

Ange de paix, foudre de guerre, Esprit, talent, grâces, travaux, Offrent à mes yeux de quoi faire Plus d'un sage et plus d'un héros.

Je vois une beauté touchante A qui tous les humains sont chers , Et qui ne peut être contente Que du bonheur de l'univers.

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