LE LUNDI DE LA SECONDE SEMAINE
sur l'impénitence finale.
Sujet. Je m'en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dam votre péché.
Le souverain mal , c'est le péché et la mort unis ensemble. Mort dans le péché , que nous avons à craindre aussi bien que les Juifs , et qui fera la matière de ce discours.
Division. Trois sortes de pécheurs meurent dans rimpénitence : les uns dans une impénitence criminelle, les autres dans une impénitence malheureuse, et les derniers dans une impénitence secrète et inconnue. Les premiers , ayant tous les secours nécessaires, meurent volontairement dans le désordre actuel de l'impénitence : impénitence criminelle. Les seconds , privés de ces secours , meurent sans nul sentiment et nulle démonstration de pénitence : impénilence malheureuse. Enfin , plusieurs, croyant faire pénitence à la mort, et la faisant en apparence , ne font qu'une pénitence trompeuse et fausse : impénitence secrète et inconnue. Ce n'est pas assez. J'ajoute que rimpénitence de la vie conduit à l'impénitence criminelle de la mort par voie de disposition ; première partie : que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence malheureuse de la mort par voie de punition ; deuxième partie : et que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence secrète et inconnue, ou à la fausse pénitence de la mort , par voie d'illusion ; troisième partie.
Première partie. Impénitence criminelle. On y meurt, 1° ou par une volonté délibérée de renoncer absolument à la pénitence , lors même qu'on se trouve aux approches de la mort; 2° ou par une omission criminelle des moyens ordi-
naires , el marqués de Dieu pour rentrer en grâce avec lui et pour faire pénitence.
1. Volonté délibérée de renoncer absolument à la pénilence. Ce que j'entends par là, ce n'est pas une révolte expresse et positive contre Dieu, lorsque le pécheur, même a la mort , ne veut pas reconnaître le créateur dont il a reçu la vie, et qui lui en va demander compte. Je parle seulement de ces pécheurs dont Pimpénitence est aussi souvent un effet de la faiblesse que de la malice de leur cœur, ou plutôt est un effet tout ensemble de l'une et de l'autre. Je parle, par exemple, d'un homme qui, rempli de fiel et d'amertume, refuse de se réconcilier à la mort. Or combien voyons-nous de pareilles morts dans le christianisme ? etc. Voilà ce que j'appelle mourir avec réflexion et avec vue dans le péché d'impénitence.
2. Du moins , omission criminelle des moyens ordinaires , et marqués de Dieu pour rentrer en grâce avec lui et pour faire pénitence. On se rassure contre le péril pressant où l'on est, on temporise, on remet au lendemain, et cependant on meurt sans sacrements et dans l'inimitié de Dieu.
J'ajoute que l'impénitence de la vie conduit à celte impénitenec de la mort par voie de disposition, c'est-à-dire par voie d'habitude, par voie d'attachement, par voie d'endurcissement. Par voie d'habitude : car des habitudes contractées pendant la vie ne se détruisent pas tout à coup aux approches de la mort , et communément nous mourons comme nous avons vécu. Par voie d'attachement : les péchés de la vie, dit le Sage, forment comme une chaîne, qui tient le pécheur, presque malgré lui, dans la servitude, même à la mort. Par voie d'endurcissement : le cœur, toujours criminel et ne se repentant jamais, s'est enfin endurci de telle sorte que rien ne le peut plus toucher.
Deuxième partie. Impénitence malheureuse. Il ne suffit pas, pour mourir dans l'état de la grâce , que le pécheur soit résolu de recourir un jour à la pénitence ; car le temps pour cela et les moyens peuvent lui manquer sans même qu'il l'ait voulu, mais par un juste châtiment de Dieu. Son impénitence finale n'est donc point précisément alors un nouveau péché, mais un malheur, et le plus grand de tous les malheurs.
Or qu'y a-l-il de plus fréquent et de plus universel que ces morts imprévues, où le pécheur tombe tout à coup dans un état qui le rend incapable de conversion et de pénitence ?
Que dirai-je de ceux qui meurent dans une ignorance non coupable, mais funeste, du danger prochain où ils sont? On trompe un malade. Supposons même qu'il connaisse son état, et qu'il soupire après le remède; on cherche un prêtre , mais on ne le trouve point. Je dis plus : ce prêtre se trouvera ; mais , par un autre jugement de Dieu, il n'aura pas le don d'assister un pécheur mourant.
Affreux , mais juste châtiment du ciel : et c'est ainsi que l'impénitence de la vie conduit à cette seconde impénitence de la mort , par voie de punition. Combien Dieu s'en est-il expliqué de fois dans l'Ecriture ? Combien de fois le Fils de Dieu nous en a-t-il menacés dans l'Evangile ?
Troisième partie. Impénitence secrète et inconnue , ou fausse pénitence. Bien loin qu'après l'impénitence de la vie , un pécheur à la mort puisse compter sur sa pénilence, il doit positivement s'en défier : pourquoi? 1° parce que rien en soi n'est plus difficile à l'homme que la vraie pénitence ; 2° parce que de tous les temps celui où la vraie pénilence est plus difficile , c'est le temps de la mort ; 5° parce que, entre tous les hommes à qui la vraie pénitence est difficile aux approches de la mort , il n'en est point pour qui elle doive plus l'être que pour ceux qui ne l'ont jamais faite pendant la vie.
i. Rien de plus difficile en soi que la vraie pénitence ; car pour cela il faut se changer entièrement soi-même.
2. De tous les temps , celui où la vraie pénitence est plus difficile , c'est celui de la mort. Ce n'est point vous qui quittez le péché ; c'est le péché qui vous quitte. Or l'homme n'est jamais plus ardent pour les objets qui entretienaent sa cupidité, que quand ces objets lui échappent.
3. Entre tous les hommes à qui la vraie pénitence est difficile aux approches de la mort , il n'en est point pour qui elle doive plus l'être que pour ceux qui ne l'ont jamais faite pendant la vie : pourquoi ? parce qu'ils sont plus endurcis dans leur péché. De là souvent ils ne font qu'une fausse pénitence : 1° Pénitence forcée ; 2° pénitence toute naturelle.
Pénitence forcée, parce qu'on n'agit souvent que par une crainte servile et une nécessité inévitable.
Pénitence nalurelie et tout humaine, c'est-à-dire qui n'a ni Dieu ni le péché pour objet. Que craignent-ils, ces prétendus pénitents? de brûler, dit saint Augustin. Voilà ce qui les touche.
Du reste, vous me demandez comment l'impénilence de la vie conduit à la fausse pénitence de la mort. Je dis que c'est par voie d'illusion. Car le pécheur n'ayant jamais fait nul exercice de la pénitence pendant qu'il a vécu, il n'a jamais appris à la connaître : d'où je conclus qu'il y doit être aisément trompé à la mort.