SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT
SUIi LA FAUSSE CONSCIENCE.
Dixerunt ergo ci : Quis es? ut responsum clernus his qui miserunt nos. Quid dicis de te ipso? Ait: Ejo vox clamantis in deserto : Dirijite viam Domini.
Les Juifs députes de la Synagogue dirent donc à Jean-Baptiste : Qui êics-vous? afin que nous mussions rendre réponse à ceux qui nous ont envoyés Que dites-vous de vous-même? Je suis, répondit-il , la voix de celui qui cric dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, et la rendez droite. Saint Jean , cl). 1.
SlRE,
Ce n'était pas une petite gloire à saint Jean d'avoir été choisi de Dieu pour préparer dans les esprits et dans les cœurs des hommes les voies du Messie, dont il annonçait la venue ; et quand ce grand Saint aurait entrepris de ramasser tous les éloges qui convenaient et à sa personne et à son ministère , il n'y aurait jamais mieux réussi qu'en laissant parler son humilité, qui lui rend aujourd'hui, malgré lui-même, ce témoignage si avantageux: Ego vox clamantis1. Je suis la voix de celui qui crie. Car, pour être cette voix du précurseur, il fallait être non-seulement prophète et plus que prophète, mais un ange sur la terre, puisque c'est de lui, suivant l'explication même du Sauveur du monde, que Dieu, parMalachie, et en parlant à son Fils , avait dit autrefois : J'enverrai devant vous mon ange, qui vous préparera les voies : Hic est enim de quo scriptum est : Ecce ego mitto Àngelum meum, qui preparabit viam tuam ante te 8.
Quoique je ne sois ni ange ni prophète , Dieu veut, mes chers auditeurs, que je rende à Jésus-Christ le même office que saint Jean , et qu'à l'exemple de ce glorieux précurseur , je vous crie , non plus comme lui dans le désert, mais au milieu de la cour: Dirigite viam Domini 3. Chrétiens qui m'écoutez, voici votre Dieu qui approche , disposez-vous à le recevoir , et , puisqu'il veut être prévenu, commencez dès maintenant à lui préparer dans vous-mêmes cette voie bienheureuse qui doit le conduire à vous, et vous conduire à lui. C'est pour cela que Jean-Baptiste fut envoyé dans la Judée ; et c'est pour cela même que je parais ici : c'est, dis-je, pour vous apprendre quelle est cette voie du Seigneur si éloignée des voies du monde. Il est de la foi que c'est une voie sainte : et malheur à moi si je vous en donnais jamais une autre idée! Mais il s'agit de savoir quelle est cette voie sainte où nous devons marcher ; il s'agit de connaître en même temps la voie qui lui est opposée, afin de nous en détourner. Et voilà ce que j'ai entrepris de vous montrer , après que nous aurons imploré le secours du ciel , en adressant à Marie la prière ordinaire. Ave, Maria.
Ne cherchons point hors de nous-mêmes l'éclaircissement des paroles de notre évangile. Ces voies du Seigneur, que nous devons préparer, ce sont
1 Joan., 1. — 2 Maltli , 1 J . — 3 Joan., 1,
B8 St R LA FAUSsK CONSCIENCE.
nos consciences. Ces voies droites, que nous devons suivre, pour nous mettre en état de recevoir Jésus-Christ, ce sont nos consciences réglées selon la loi de Dieu. Ces voies obliques que nous sommes obligés de redresser, ce sont nos consciences perverties et corrompues par les fausses maximes du monde. Cette voie trompeuse dont les issues aboutissent à la mort, c'est la conscience aveugle et erronée que se fait le pécheur. Cette voie sûre et infaillible qui conduit à la vie, c'est la conscience exacte et timorée que se fait l'homme chrétien. Tel est, mes chers auditeurs , tout le mystère de la prédication de saint Jean: Dirigite viam Domini.
Nos consciences sont nos voies , puisque c'est par elles que nous marchons, que nous avançons ou que nous nous égarons. Ce sont les voies du Seigneur , puisque c'est par elles que nous cherchons le Seigneur et que nous le trouvons. Ces voies sont en nous, puisque nos consciences sont une partie de nous-mêmes , et ce qu'il y a de plus intime dans nous-mêmes. C'est à nous à les préparer, puisque c'est pour cela, dit l'Ecriture, que Dieu nous a mis dans les mains de notre conseil. Jugez si le précurseur de Jésus- Christ n'avait donc pas raison de dire aux Juifs: Dirigite viam Domini; préparez la voie du Seigneur.
Or, pour vous aider à profiter d'une instruction si importante, mon dessein est de vous découvrir aujourd'hui le désordre de la fausse conscience, qui est cette voie réprouvée et directement opposée à la voie du Seigneur. Je veux, s'il m'est possible, vous en préserver, en vous montrant combien il est aisé de se faire dans le monde une fausse conscience , combien il est dangereux, ou, pour mieux dire, pernicieux, d'agir selon les principes d'une fausse conscience; enfin, combien devant Dieu il est inutile d'apporter pour excuse de nos égarements une fausse conscience. Trois propositions dont je vous prie de comprendre l'ordre et la suite, parce qu'elles vont faire tout le partage de ce discours. Fausse conscience aisée à former, c'est la première partie. Fausse conscience dangereuse à suivre, c'est la seconde Fausse conscience , excuse frivole pour se justifier devant Dieu , c'es!, la troisième. Dans le premier point, je vous découvrirai la source et l'origine de la fausse conscience. Dans le second, je vous en ferai remarquer les pernicieux effets ; et dans le dernier , je vous détromperai de l'erreur où vous pourriez être que la fausse conscience dut vous servir un jour d'excuse devant le tribunal de Dieu. Le sujet mérite toute votre' attention.