PREMIÈRE PARTIE
C'est de tout temps que la sainteté , et même la plus solide et la plus vraie , a été en butte à la malignité des libertins et à leur censure. C'est de tout temps qu'ils l'ont combattue comme ses plus déclarés ennemis; et c'est pour cela, ou qu'ils ont tâché de se persuader et de persuader aux autres qu'il n'y avait point dans le monde de vraie sainteté, ou qu'ils ont au moins affecté, en la confondant avec la fausse, delà décrier. Deux artifices dont ils se sont servis pour défendre , et , s'ils avaient pu , pour autoriser leur libertinage contre la sainteté chrétienne , qui néanmoins a toujours été et sera toujours , devant Dieu et devant les hommes, leur condamnation. Deux artifices que saint Jérôme a subtilement démêlés dans une de ses Epîtres , où il s'en explique ainsi : Lacérant sanetwn pi^opositum, et nequitiœ suœ remedium arbitrantur, si nemo sit sanctus, si turba sit pereuntium , si omnibus detrahatur 1. Ce Père parlait en particulier de certains esprits prétendus forts, qui, témérairement et sans respect, blâmaient la conduite de sainte Paule , et le courage qu'elle avait eu de quitter Rome pour aller chercher son salut dans la retraite et dans l'éloignement du monde. Ces paroles sont remarquables, et d'autant plus dignes d'être pesées , qu'elles expriment ce que nous voyons tous les jours arriver dans notre siècle. Lacérant sanctum proposition 2 : parce qu'ils raisonnent en mondains , disait saint Jérôme , ils déchirent par leurs railleries , et même par leurs médisances , tout ce que les serviteurs de Dieu font de plus édifiant et de plus louable pour honorer Dieu. Et nequitiœ suœ remedium arbitrantur si nemo sit sanctus 3 ; ils croient leur libertinage bien à couvert , quand ils ont la hardiesse de soutenir qu'il n'y a point de Saints sur la terre ; que ceux qu'on estime tels ont comme les autres leurs passions et leurs vices , et des vices même grossiers ; que les plus gens de bien sont comme eux dans la voie de perdition , et qu'on a droit de dire de tout le monde que tout le monde est corrompu et perverti. Non-seulement ils soupçonnent que cela peut être , mais ils assurent que cela est ; et, dans cette supposition , aussi extravagante que maligne , ils se consolent ; comme si l'affreuse opinion qu'ils ont de tout le genre humain était la jus-
' Hieron. — ■ Ibid. - > Ibid.
tification de leur iniquité, et devait les guérir de tous les remords intérieurs qu'ils auraient infailliblement à essuyer si le monde leur faisait voir des hommes vraiment vertueux , et dont la vie exemplaire fût un reproche sensible de leur impiété et de leurs désordres : Et nequitiœ suce rernedium arbitrantur, si de trahatur omnibus l. Prenez garde , s'il vousplait, à la pensée de ce saint docteur.
La première injustice que le libertin fait à la sainteté chrétienne est de ne la vouloir pas reconnaître, c'est-à-dire de prétendre que ce que Ton appelle sainteté n'est rien moins dans les hommes que sainteté ; que dans les uns c'est vanité, dans les autres singularité ; dans ceux-ci dépit et chagrin , dans ceux-là faiblesse et petitesse de génie ; et malgré les dehors les plus spécieux, dans plusieurs imposture et hypocrisie. Car c'est ainsi, mes chers auditeurs , qu'on en juge dans le monde, mais particulièrement à la cour , dans ce grand monde où vous vivez , dans ce monde que je puis appeler l'abrégé du monde. Monde profane , dont la malignité , vous le savez , est de n'admettre point de vraie vertu , de ne convenir jamais du bien, d'être toujours convaincu que ceux qui le font ont d'autres vues que de le faire , de ne pouvoir croire qu'on serve Dieu purement pour le servir ni qu'on se convertisse purement pour se convertir; de n'en voir aucun exemple qu'on ne soit prêt à contester, de critiquer tout, et, à force de critiquer tout , de ne trouver plus rien qui édifie. Malignité, reprend saint Jérôme, injurieuse à Dieu et pernicieuse aux hommes : ne perdez pas cette réflexion , qui vous peut être infiniment utile et salutaire.
Malignité injurieuse à Dieu, puisque par là l'on ôte à Dieu la gloire qui lui est due , en attribuant à tout autre qu'à lui les œuvres dont il est l'auteur , comme nous apprenons de l'Évangile que les pharisiens en usaient à l'égard du Fils de Dieu. Car que faisaient-ils? Ils imputaient à l'art magique les miracles de ce Dieu-Homme ; ils disaient qu'il chassait les démons par la puissance de Belzébut, le prince des ténèbres. Et que fait-on à la cour? On veut, et l'on veut sans distinction , qu'un intérêt secret y soit le ressort, le motif de tout le bien qu'on y pratique , de tout le culte qu'on y rend à Dieu , de toutes les résolutions qu'on y prend de mener une vie chrétienne , de toutes les conversions qui y paraissent , de toutes les réformes qu'on y aperçoit. On veut qu'une basse et servile politique en soit le principe et la fin. On dit d'une âme touchée de Dieu, et qui commence de bonne foi à régler ses mœurs , qu'elle prétend quelque chose , qu'il y a du mystère dans sa conduite, que ce changement est une scène qu'elle donne ; mais que Dieu y a peu de part. Or l'un n'est-il pas semblable à l'autre? et si le langage du pharisien a été un blasphème contre Jésus-Christ, celui du monde qui juge et qui décide de la sorte est-il moins injuste et moins criminel?
Malignité pernicieuse aux hommes , puisque le mondain se prive ainsi d'une des grâces les plus touchantes et , dans l'ordre de la prédestination, les plus efficaces , qui est le bon exemple ; ou plutôt , puisqu'autant qu'il dépend de lui il anéantit à son égard cette grâce du bon exemple. Ces con-
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versions, dont il est témoin, et qu'on lui propose pour le faire rentrer en, lui-même , n'ont plus d'autre effet sur lui que de lui faire former mille raisonnements , mille jugements téméraires et mal fondés ; que de lui faire profaner ce qu'il y a de plus saint par les railleries les plus piquantes , et souvent même par les discours les plus impies. Dieu le permet, pour punir en lui cet esprit d'orgueil qui le porte à s'ériger en censeur si sévère de la sainteté. D'où il arrive que, bien loin de tirer aucun fruit des exemples qu'il a devant les yeux , il s'endurcit le cœur , il se confirme dans ses désordres , il demeure dans son impénitence , il s'y obstine, et se rend encore plus incorrigible. Au lieu que les âmes fidèles marchent avec simplicité dans les voies de Dieu , profitent du bien qu'elles supposent bien , au hasard même de s'y tromper ; s'édifient des vertus , quoique douteuses , qui leur paraissent vertus ; de ces exemples même contestés se font des leçons et des règles , heureuses qu'il y en ait encore ; et , sans penser à les combattre, bénissant Dieu de ce qu'il les suscite pour sa gloire, pour le bien de ses élus, et pour la confusion du libertinage.
Car je l'ai dit, Chrétiens, et je le répète, quelque présomptueux que puisse être le libertinage du monde, jamais il ne se soutiendra contre certains exemples irréprochables que Dieu dans tous les temps lui a opposés , et qu'il lui opposera toujours pour le confondre. Cette nuée de témoins dont parle saint Paul, cette innombrable multitude de Saints dont nous honorons la glorieuse mémoire, est en faveur de la sainteté chrétienne un argument trop plausible , et une preuve trop éclatante et trop forte , pour pouvoir être affaiblie par toute l'impiété du siècle. Il y a dans le monde des hypocrites , je le sais , et peut-être trop pour n'en pas gémir moi-même ; mais l'impiété du siècle peut-elle se prévaloir de l'hypocrisie pour en tirer cette dangereuse conséquence, qu'il n'y a point dans le monde de vraie sainteté? Au contraire , répond ingénieusement saint Augustin , c'est de là même qu'elle doit conclure qu'il y a une vraie sainteté , parce qu'il se trouve des saintetés fausses ; et la raison qu'il en apporte est sans réplique : parce que la fausse sainteté, ajoute-t-il, n'est rien autre chose qu'une imitation de la vraie , comme la fiction est une imitation de la vérité.
En effet , ce sont les vraies vertus qui , par l'abus qu'on en a fait en voulant les imiter, ont produit, contre l'intention de Dieu, les fausses vertus. Le démon , père du mensonge, s'étant étudié à copier , autant qu'il a pu , les œuvres de Dieu , il a pris à tâche de contrefaire la vraie humilité par mille vains fantômes d'humilité, la vraie sévérité de l'Évangile par l'apparente sévérité de l'hérésie , le vrai zèle par le zèle jaloux, la vraie religion par l'idolâtrie et la superstition. Témoignage évident, dit saint Augustin, qu'il y a donc une vraie religion, un vrai zèle, une vraie sévérité de mœurs , une vraie humilité de cœur, en un mot , une vraie sainteté , puisqu'il est impossible de contrefaire ce qui n'est pas, et que les copies, quoique fausses , supposent un modèle.
Or ce principe établi, qu'il y a une vraie sainteté, l'impiété du siècle la plus maligne demeure désarmée et sans défense. Que cette sainteté pure et sans reproche soit rare parmi les hommes, qu'elle se rencontre en peu de
sujets , cela ne favorise en aucune sorte le libertin. Quand il n'y en aurait dans le monde qu'un seul exemple, il n'en faudrait pas davantage pour faire sa condamnation ; et Dieu , par une providence toute spéciale, dispose tellement les choses , que cet exemple , seul si vous le voulez , ne manque jamais , et que, malgré l'iniquité, il y en a toujours quelqu'un que le mondain lui-même , de son propre aveu , ne peut s'empêcher de reconnaître.
Oui, mon cher auditeur, si vous êtes assez malheureux pour être du nombre de ceux à qui je parle ici et que je combats, ce seul homme de bien que vous connaissez, et qui est, dites-vous , l'unique en qui vous croyez , et dont vous voudriez répondre, c'est celui-là même qui s'élèvera contre vous au jugement de Dieu ; lui seul il vous fermera la bouche. Dieu n'aura qu'à vous le produire , pour vous convaincre malgré vous du prodigieux égarement où vous aurez vécu , et pour faire paraître à tout l'univers la vanité, la faiblesse, le désordre de votre libertinage. En vain, pour votre justification , voudrez-vous alléguer l'hypocrisie de tant de mauvais chrétiens. S'il y a eu dans le monde des hypocrites, vous dira Dieu, vous n'avez pas dû pour cela être un impie. Si plusieurs ont abusé de la sainteté de mon culte, il ne fallait pas vous porter à un excès tout opposé, ni vous livrer au gré de vos passions ; car il n'était pas nécessaire que vous fussiez l'un ou l'autre : entre l'hypocrite et le libertin, il y avait un parti à suivre, et même un parti honorable; c'était d'être chrétien, et vrai chrétien. Que ceux que vous avez traités de faux dévots l'aient été ou non , c'est sur quoi ils seront jugés; mais votre cause, qui n'a rien de commun avec eux, n'en a pu devenir meilleure. Tant de faux dévots, de dévots suspects qu'il vous plaira , en voici un , après tout , que vous ne pouvez récuser ; en voici un qui vous confond , et qui vous confond par vous-même ; car ce Juste que vous avez vous-même respecté , ce Juste en qui vous avez reconnu vousmême tous les caractères d'une piété sincère et solide , que ne l'avcz-vous imité, et pourquoi ne vous êtes-vous pas formé sur ses exemples?
Cela, dis-je, suffirait pour faire taire l'impiété. Ce serait assez de ces saints , quoique rares et singuliers , que Dieu nous fait voir sur la terre ; de ces saints qui , non-seulement glorifient Dieu , mais ont encore le bonheur, en le glorifiant , d'être généralement approuvés des hommes ; de ces saints dont la vertu est si unie, si simple , si pure, si hautement et si universellement canonisée , que le libertinage même est forcé de les honorer : car il y en a , et , quelque réprouvé que soit le monde, il y en a au milieu de vous ; vous savez bien les démêler, et vous ne vous trompez pas dans le discernement que vous en faites.
Mais je dis bien plus ; et pour un Juste dont l'exemple pourrait suffire , Dieu m'en découvre aujourd'hui une multitude innombrable , et me fournit autant de preuves contre vous. Il m'ouvre le ciel , et , m' élevant audessus de la terre , il me montre ces troupes d'élus qu'une sainteté éprouvée , purifiée , consommée , a fait monter aux plus hauts rangs de la gloire. Des hommes , dit saint Chrysostome (induction admirable et dont vous devez être touchés ! ) , des hommes en qui la sainteté n'a été ni tempérament, puisqu'elle a réformé , changé , détruit dans eux le tempérament ; ni hu-
meur, puisqu'elle ne les a sanctifiés qu'en combattant , qu'en réprimant , qu'en mortifiant sans cesse l'humeur ; ni politique , puisqu'elle les a dégagés de toutes les vues humaines ; ni intérêt , puisqu'elle les a fait renoncer à tous intérêts ; ni vanité, puisqu'elle les a en quelque sorte anéantis , et qu'ils ne se sont presque tous sanctifiés qu'en se cachant dans les ténèbres ; ni chagrin , puisqu'elle les a souvent détachés , séparés du monde lorsqu'ils étaient plus en état de jouir des prospérités et de goûter les agréments du monde ; ni faiblesse , puisqu'elle leur a fait prendre les plus généreuses résolutions et soutenir les plus héroïques entreprises ; ni petitesse de génie , puisqu'en souffrant, en mourant, en s' immolant pour Dieu, ils ont fait voir une grandeur d'âme que l'infidélité même a admirée ; ni hypocrisie, puisque, bien loin de vouloir paraître ce qu'ils n'étaient pas, tout leur soin a été de ne pas paraître ce qu'ils étaient. Des hommes que le christianisme a formés , et dont la sainteté incontestablement reconnue est d'un ordre si supérieur à tout ce que la philosophie païenne , je ne dis pas a pratiqué , mais a enseigné , mais a imaginé , mais a voulu feindre, que , dans l'opinion de saint Augustin, l'exemple de ces héros chrétiens dont nous solennisons la fête est une des preuves les plus invincibles qu'il y a un Dieu, qu'il y a une religion , qu'il y a une grâce surnaturelle qui agit en nous. Pourquoi ? parce qu'une sainteté aussi éminente que celle-là ne peut être sortie du fond d'une nature aussi corrompue que la nôtre ; parce que la philosophie et la raison ne vont point jusque-là ; parce qu'il n'y a donc que la grâce de Jésus-Christ qui puisse ainsi élever les hommes au-dessus de toute l'humanité , et que c'est par conséquent l'œuvre de Dieu. Voilà ce que célèbre aujourd'hui l'Église militante, dans cette auguste solennité qu'elle consacre à l'Église triomphante. Voilà de quoi le ciel est rempli. Exemples mémorables dont l'impiété n'effacera jamais le souvenir, et contre lesquels elle ne prescrira jamais. Exemples convaincants auxquels il faut que le libertinage cède, et qui confondront éternellement l'orgueil du monde. Miracles de votre grâce , ô mon Dieu , dont je me sers ici pour répandre , au moins dans la cour du plus chrétien de tous les rois , les sentiments de respect et de vénération dus à la vraie piété. Heureux si j'en pouvais bannir cet esprit mondain toujours déclaré contre ceux qui vous servent , ou plutôt , Seigneur , toujours déclaré contre votre service même ! Heureux si je pouvais le détruire dans tous les cœurs , si je pouvais détromper toutes les personnes qui m'écoutent, et leur faire une fois comprendre combien ces injustes préjugés dont on se laisse si aisément prévenir, et où l'on aime tant à s'entretenir , sont capables de les éloigner , et les éloignent en effet de vous !
La seconde injustice du libertin à l'égard de la sainteté ne consiste plus à la désavouer, mais à la discréditer, à la rendre odieuse, en lui imputant des défauts prétendus , et en les employant contre elle pour la noircir. Car, comme remarque le savant chancelier Gerson , homme entre tous les autres très-pénétrant et très-éclairé dans la science des mœurs, la sainteté chrétienne n'est point responsable des imperfections de ceux qui la pratiquent. Si celui qui s'adonne au culte de Dieu a encore ses faiblesses et ses
passions, il les a parce qu'il est homme, et non parce qu'il est pieux. Bien loin que la piété les fomente et les autorise, elle est la première à les lui reprocher, et elle ne cesse jamais de les combattre. Si elle n'en triomphe pas toujours, et si les passions remportent quelquefois sur elle, tel est notre désordre, et non pas le sien. Il y a plus, et est-il juste d'exiger de la vraie piété, parce qu'elle est en elle-même parfaite et divine, que d'abord elle nous rende des hommes parfaits? Comme elle ne présume point de pouvoir faire dans cette vie des saints impeccables , aussi ne doit-on pas s'en prendre à elle si ceux qui s'engagent à suivre ses voies sont encore sujets aux fragilités humaines. Relever l'homme de ses chutes, l'humilier dans la vue de ses misères , lui faire trouver dans ses passions mêmes la matière et le fonds de ses mérites, c'est à quoi elle travaille, de quoi elle répond , et non pas d'affranchir l'homme de tout péché , ce qui ne convient qu'à l'état des bienheureux.
Or, voici néanmoins l'autre effet de la malignité du monde. Un homme, pour obéir à Dieu , et en vue de son salut , prend-il le parti de la piété? dès là on ne lui pardonne plus rien, et l'on est déterminé à lui faire des crimes de tout ; dès là il ne lui est plus permis d'avoir ni passion , ni imperfection ; on veut qu'il soit irrépréhensible ; et s'il ne l'est pas , on en accuse la piété même. Malignité, ajoute saint Jérôme, la plus inique. Car enfin si la piété doit être exposée à la censure du monde , au moins la censure du monde doit-elle être équitable ; et s'il ne veut pas lui faire grâce , au moins doit-il lui faire justice. Pourquoi donc ces préventions contre elle? pourquoi ces suppositions, en lui imputant comme propre ce qu'elle rejette elle-même comme condamnable? pourquoi cette aversion secrète envers ceux qui l'ont embrassée? pourquoi ce penchant à les railler, à les abaisser, à empoisonner leurs actions les plus innocentes et leurs plus droites intentions , à diminuer leurs bonnes qualités , à exagérer les mauvaises , si quelquefois ils en font paraître? Est-ce ainsi que nous en usons avec le reste des hommes? et l'attachement au service de Dieu a-t-il quelque chose qui doive attirer le mépris et la haine? Je pourrais m'en tenir là pour la confusion de l'impie; mais l'Église va plus loin. Elle lui oppose dans la personne des Saints , et pour une conviction plus entière , surtout plus sensible, des hommes tels que les concevait saint Paul, et tels en effet qu'ils ont paru selon l'idée de cet apôtre, édifiant le monde, et servant de modèle au monde ; des hommes irrépréhensibles , au sens même que le inonde les veut , et que le libertin les demande ; des hommes en qui la piété n'a été ni présomptueuse, ni hautaine, ni aigre, ni critique, ni opiniâtre, ni dissimulée , ni jalouse , ni bizarre , ni intrigante , ni dominante.
Ce sont là ceux que l'Église oppose au libertinage : ces bienheureux dont elle honore la mémoire , ce sont ces hommes parfaits qu'elle nous met devant les yeux. Sujets par eux-mêmes à tous les vices dès autres, il ne s'en sont ou préservés ou corrigés que par l'exercice et l'étude des vertus chrétiennes. D'où il s'ensuit que leur sanctification , en justifiant le parti de la piété , doit donc couvrir d'un éternel opprobre le libertin qui entreprend de la rendre méprisable. Leur siècle , quoique perverti , les a recon-
nus et publiés tels que je vous les dépeins. Comme tels, les siècles suivants les ont béatifiés et canonisés : c'est sur le témoignage du monde entier que nous leur rendons en ce jour un culte si solennel ; c'est pour cela , dit l'Écriture, qu'ils sont devant le trône de Dieu, parce qu'ils ont été sans tache devant les hommes : Sine macula enim sunt ante thronum Dei l. Serons-nous assez injustes pour leur disputer tout à la fois, et leur sainteté, et leur gloire ? Mais serons-nous en même temps assez aveugles pour ne pas découvrir toute la faiblesse de l'impiété ? Reprenons : le libertin combat la sainteté chrétienne , et je vous ai fait voir que l'exemple des Saints rend son libertinage insoutenable. L'ignorant ne connaît pas la sainteté chrétienne , et je vais lui montrer que l'exemple des Saints rend son ignorance inexcusable. C'est la seconde partie.