SEHMON POUR LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT
Erunt signa ni snle, et lutta, et stcllis, cl in terris pressura aentium... arescentibus hominibut prœ timoré et expeclationc qua superveniet universo orbi.
Il y aura îles signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, et sur la terre les peuples seront dans la consternation; de sorte que les hommes sécheront de peur, dans l'attente des maux dont l'univers sera menacé. Saint Luc , ch. 21.
SlUE ,
C'est par l'accomplissement de cette prédiction du Fils de Dieu que doit commencer l'affreuse catastrophe de l'univers. C'est dans ces phénomènes prodigieux que l'évangile de ce jour nous donne l'idée de la plus étonnante révolution : Erunt signa ; il y aura des signes , et dans le ciel , et sur la terre. Signes vénérables , puisque c'est Jésus-Christ lui-même qui nous les a marqués comme les présages de son dernier avènement. Signes salutaires, puisqu'il a prétendu par là réveiller notre foi du profond assoupissement où elle est ensevelie. Signes terribles , puisque non-seulement les hommes en sécheront de peur, mais que les vertus mêmes des cieux en seront ébranlées.
Tout cela est vrai , dit saint Jean Chrysostome ; mais après tout , ces signes, quoique vénérables, quoique salutaires, quoique terribles, ne seront néanmoins que les préparatifs d'une action encore infiniment plus digne de nos réflexions , encore infiniment plus essentielle à notre salut , encore infiniment plus redoutable, qui est le jugement de Dieu. Et c'est, Chrétiens, de ce jugement de Dieu que le devoir de mon ministère m'oblige aujourd'hui à vous parler. Jugement de Dieu , dont la pensée a fait trembler les Saints, et d'où, selon l'expression de l'Apôtre, le Juste même à peine se sauvera. Jugement de Dieu, dont j'entreprends de justifier l'équité et la sainteté , en vous faisant voir sur quoi sera fondée son extrême et inévitable sévérité. Soutenez-moi , Seigneur, et me donnez les forces nécessaires pour bien traiter un point , et si solide , et si important. Mais donnez en même temps à mes auditeurs toute la soumission et la docilité que demande votre sainte parole. Car, renonçant ici à mes faibles raisonnements, ce n'est qu'à votre parole que je m'attache, et c'est votre seule parole qui fera la preuve de tout ce que j'ai à dire dans ce discours. Rem-
plissez-moi de votre esprit ; et que, par votre grâce , la grande vérité que j'annonce fasse sur les cœurs toute l'impression quelle y peut et qu'elle y doit faire. C'est pour cela que j'implore votre secours par l'intercession toute-puissante de Marie : Ave, Maria.
Il est de la foi chrétienne que Dieu , qui est l'Être absolu et souverain , a fait pour lui-même tout ce qu'il a fait : Universa propter seraetipsum operatus est Dominus1; et la même foi nous enseigne que Dieu, sans déroger en rien à la souveraineté de son être , a fait encore toutes choses pour les prédestinés et les élus : Pr opter electos. Il s'ensuit donc , conclut saint Chrysostome raisonnant sur ces deux principes , que quand Dieu s'est déterminé à juger le monde en dernier ressort, comme il le jugera à la fin des siècles , il a eu deux vues et deux intentions principales : l'une de se faire justice à lui-même, et l'autre de la faire à ses élus.
La conséquence est infaillible , et c'est à cette conséquence que je m'arrête d'abord , parce qu'elle m'a paru la plus solide et la plus propre pour servir de fond à l'important discours que j'ai à vous faire. En voici l'ordreet le partage. Dieu, jaloux de sa gloire, jugera le monde pour se faire justice à lui-même ; et voilà pourquoi Jésus-Christ , qui doit , comme Fils de Dieu, présider à ce jugement, viendra avec toutes les marques de la puissance et de la majesté divine : Veniet cura potestate magna et majestate; c'est ma première proposition. Dieu, fidèle à ceux qui le servent, jugera le monde pour faire justice à ses élus ; et de là vient que Jésus-Christ parlait toujours à ses disciples de ce jugement comme d'un point qui devait par avance les consoler, en les assurant que ce serait le jour de leur gloire et de leur salut : His autem fieri incipientihus, respicite et ievate capita vestra , quoniam appropinquat redemptlo vestra* : c'est ma seconde proposition.
Vérités adorables , et qui comprennent en deux mots ce qu'il y a de plus essentiel dans le jugement de Dieu. Tout le reste n'en est que les préliminaires , dont nous ne laissons pourtant pas , pour peu de religion que nous ayons , d'être effrayés. Mais pourquoi ces préliminaires du jugement universel nous paraissent-ils si terribles , et pourquoi en effet le sont-ils ? Je vous en ai dit les deux raisons : parce qu'ils doivent aboutir à un jugement qui sera la dernière justice que Dieu se rendra à lui-même ; vous le verrez dans la première partie ; parce qu'ils doivent être suivis d'un jugement qui sera , aux dépens des réprouvés , la plus parfaite et la plus éclatante justice que Dieu rendra à ses élus ; je vous le ferai voir dans la seconde. Sans cela, ni l'obscurcissement du soleil, ni la chute des étoiles, ni tous les autres signes avant-coureurs du jugement dernier, n'auraient rien pour les pécheurs mêmes de si formidable. Sans cela j'attendrais tranquillement cette révolution générale qui doit précéder la venue du Fils de l'Homme. Mais d'avoir à subir un jugement qui, à la confusion du inonde, vengera Dieu et les élus de Dieu, ah! mes chers auditeurs , c'est ce qui doit faire le sujet éternel de nos méditations aussi bien que de
1 Frov.. 10. — 'Luc, 31.
nos craintes. Or, ce sont cependant les deux points de foi que notre évangile nous propose. Appliquez-vous, encore une fois, à les bien comprendre: un jugement qui vengera Dieu, autant que Dieu mérite d'être vengé, et qu'il peut être vengé ; un jugement qui vengera les élus de Dieu des injustices du monde, aussi pleinement et aussi authentiquement qu'ils en peuvent et qu'ils en doivent être vengés. Voilà tout mon dessein ; je vous demande une favorable attention.