SERMON POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'A VENT
El vend in omnem rcaionem Jo> demis, prœdicans baptisnium pœnitentice, in remissionem peccatorum.
Jean-Baptiste vint dans tout le pays qui est le ion{» du Jourdain, prêchant le hapléme de pénitence pour la rémission des péchés. Saint Luc , ch. 3.
Sire,
Quelque malheureuse que soit la condition de l'homme dans l'état du péché, si toute pénitence était véritable, ou s'il était toujours aisé de discerner la vraie pénitence de la pénitence imparfaite et fausse , le pécheur, dans son malheur même, aurait de quoi se consoler , parce qu'il pourrait au moins envisager la pénitence comme une ressource infaillible et comme un fonds certain de tranquillité et de paix. La grande misère du pécheur,
1 1 Cor., H. — aMatth., 23.
492 *Cft LA PÉNITENCE.
dit saint Chrysostome , c'est qu'étant assuré comme il l'est de la réalité de son péché , il ne peut jamais être absolument assuré de la validité de sa pénitence. Ce qui rend son sort déplorable , c'est que bien souvent la pénitence qu'il a faite, ou qu'il a cru faire, ne doit pas moins le troubler que son péché même ; c'est que tous les oracles de F Écriture lui apprennent qu'il n'y a que la vraie et la parfaite pénitence qui sauve l'homme , et qu'au contraire il y en a cent autres , ou parce qu'elles sont fausses et vaines , ou parce qu'elles sont imparfaites et insuffisantes , qui ne le sauvent pas. S'il lui arrive de s'y tromper, si , faute de discernement, il vient, dans la pratique même de la pénitence , à prendre le faux pour le vrai , et à compter pour suffisant ce qui est défectueux , dès là il tombe dans Y abîme des plus infortunés pécheurs , puisque sa pénitence même qui devait être sa justification et son salut , devient encore une des causes de sa condamnation et de sa perte. Voilà , s'il entend bien sa religion , ce qui doit le faire trembler.
Voulez-vous, Chrétiens, calmer aujourd'hui vos consciences, autant qu'il est possible , sur un point si important; et pour cela, voulez-vous savoir quelle est la véritable pénitence , ou, pour mieux dire, en quoi consiste le discernement juste que vous devez faire delà véritable pénitence? C'est ce que je vais vous apprendre, et voici en peu de paroles tout mon dessein.
J'appelle véritable pénitence, pénitence sûre, celle que le saint précurseur, Jean-Baptiste, prêchait aux peuples qui le venaient chercher dans le désert, quand il leur disait : Faites donc de dignes fruits de pénitence : Facite ei*go f rue tus dignos pœnitentiœ 1. Il ne se contentait pas qu'ils fissent pénitence; mais, pour pouvoir compter sur leur pénitence, il voulait qu'ils en jugeassent par les fruits. Car la pénitence n'est solide , ni recevable au tribunal de Dieu , qu'autant qu'elle est efficace : et peut-elle être autrement efficace que par les fruits qu'elle produit? Facite fructus dignos pœnitentiœ. Je les réduits à trois , et je dis, après tous les Pères de l'Église , que la pénitence efficace est celle qui retranche la cause du péché , celle qui répare les effets du péché , celle qui assujettit le pécheur au remède du péché. Trois caractères qui font d'une part la perfection de la pénitence , et de l'autre la sûreté morale du pécheur pénitent ; trois caractères que je vous prie de bien remarquer , et qui vont partager ce discours. Retrancher généreusement ce qui est la cause ou la matière du péché. Réparer pleinement ce qui a été l'effet et la suite du péché. S'assujettir fidèlement à ce qui doit être le remède du péché. Si votre pénitence, mon cher auditeur, est accompagnée de ces trois conditions, vous pouvez, sans être téméraire et présomptueux , faire fond sur elle : mais qu'une de ces trois conditions lui manque , c'est assez pour la rendre inutile , ou même criminelle.
Remplissez-nous, mon Dieu, de votre esprit , de cet esprit de zèle qui animait Jean-Baptiste ; c'est ce que je vous demande pour moi ; de cet esprit de componction qui touchait les Juifs , et qui les disposait à profiter des grandes vérités qui leur étaient annoncées par ce fidèle ministre ; c'est
' Malth .; 3.
ce que je vous demande, non point seulement pour moi, mais pour toutes les personnes qui m'écoutent. Adressons-nous encore à Marie. Ave, Maria.