‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 84 sur 164 · SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA DEUXIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA DEUXIÈME SEMAINE

Adliuc eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube , dicens : Hic est Filins meus dilectus , in quo milii benè complacui. Ipsum audite.

Tandis qu'il parlait encore, une nuée lumineuse les enveloppa, et il sortit une voix de cette nuée, qui fit entendre ces paroles : C'est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. Ecoutez-le. Saint Matth., cl). 17.

Sire,

Voici l'accomplissement de ce grand mystère qu'annonçait FApotre aux Hébreux, lorsqu'il leur disait que Dieu ayant autrefois parlé à nos pères en plusieurs manières différentes par ses prophètes , il nous a enfin parlé dans ces derniers temps par son Fils même : Multifariam , multisque modis olim Deus loquens patribus inprophetis, novissimè toeufus est

' Psalm. 61. — * Aug.

nobis in FilioK C'est dans la transfiguration de Jésus-Christ, qui fait aujourd'hui le sujet de notre évangile , que cette parole de saint Paul s'est pleinement et sensiblement vérifiée. Dieu avait donné aux hommes , sur la montagne de Sinaï, une loi dont Moïse était le ministre , l'interprète, et même, selon l'expression de l'Écriture, le législateur. Dans la suite des temps , il avait suscité des prophètes pour expliquer aux hommes cette loi , pour leur en faire connaître les préceptes , pour leur en reprocher la transgression , pour les y soumettre , et pour les engager, soit par des menaces, soit par des promesses, à l'accomplir. Mais, du reste, ni Moïse, ni les prophètes ne furent que les précurseurs de l' Homme-Dieu ; et la loi qu'ils publiaient ne fut qu'une disposition à la sainte et nouvelle loi que Jésus-Christ devait apporter au monde. C'est pour cela qu'il paraît entre Moïse et Elle, l'un législateur, l'autre prophète, et qu'il y paraît tout éclatant de lumière ; c'est , dis-je , pour nous apprendre que toutes les ombres de l'ancienne loi étant dissipées , que toutes les prophéties ayant reçu un parfait éclaircissement , il n'y a plus désormais que lui qui mérite d'être écouté, ni qui nous doive servir de maître. Ecoutons-le donc en effet, Chrétiens , ce nouveau législateur, et obéissons à cette voix céleste qui nous dit : Ipsum audit q. Pour vous inspirer ce sentiment si juste et si nécessaire , je veux vous entretenir de la loi chrétienne ; et pour traiter dignement un si grand sujet , j'ai besoin des grâces du Saint-Esprit, et je les demande, etc. Ave, Maria.

Quand saint Paul dit qu'il a plu à Dieu de sauver les hommes par la folie de l'Évangile, placuit Deoper stultitiam prœdicationis salvos facere credentes 2, il ne faut pas se figurer que la loi chrétienne ait rien pour cela de contraire à la véritable sagesse et à la raison. Car, selon la remarque de saint Jérôme , le même Apôtre , après avoir parlé de la sorte , déclare néanmoins que son ministère est de prêcher la sagesse aux spirituels et aux parfaits : Sapientiam loquimur inter perfectos. Puisque je tiens aujourd'hui la même place que le Docteur des nations , tout indigne que j'en puis être , et puisque je vous prêche la même loi qu'il prêchait aux Gentils, j'ai droit, Chrétiens, de vous dire comme lui , et je vous le dis dès l'entrée de ce discours , que la loi évangélique , dont je viens vous parler, est de toutes les lois la plus raisonnable et la plus sage ; c'est ma première proposition. Je ne m'en tiens pas là ; mais pour vous y attacher encore plus fortement , j'ajoute que cette loi si sage est au même temps de toutes les lois la plus aimable et la plus douce ; c'est ma seconde proposition. Deux rapports sous lesquels nous devons considérer la loi de Jésus- Christ : rapport à l'esprit , rapport au cœur. Par rapport à l'esprit , elle n'a rien qui ne soit digne de notre estime ; par rapport au cœur, elle n'a rien qui ne soit digne de notre amour. C'est ainsi que je prétends combattre deux faux principes dont les ennemis de la religion chrétienne se sont servis de tout temps pour nous la rendre également méprisable et odieuse : méprisable, en nous persuadant qu'elle choque le bon sens et les

1 Hebr.; 1. — 2 ICor., 1.

règles de la vraie prudence ; odieuse , en nous la représentant comme une loi trop dure et sans onction. Or, à ces deux erreurs, j'oppose deux caractères de la loi évangôlique : caractère de raison et caractère de douceur. Loi souverainement raisonnable ; vous le verrez dans le premier point. Loi souverainement aimable ; je vous le montrerai dans le second point : deux vérités importantes , qui vont faire le sujet de votre attention.

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