Oeuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. --
Stephmnis, ph'tms gratiû et jhrlitmilne , faciebat prodigia et signa magna in populo. Etienne , plein de grâce et de force , faisait des prodi^jes et de grands miracles parmi le peuple. Actes des j poires , ch. Q.
Il ne faut pas s'étonner, dit saint Chrysostome, s'il faisait des miracles et des prodiges , puisqu'il était plein de grâce et de force. Dans l'ordre des décret et des dons divins , l'un s'ensuivait naturellement de l'autre; et Dieu ne l'avait rempli de force et de grâce , que parce qu'il en voulait faire ., pour la gloire de l'Évangile et de la loi de Jésus-Christ , un homme de prodiges et de miracles. Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons aujourd'hui à considérer, et, autant qu'il nous est possible, à imiter dans la personne du glorieux martyr dont nous célébrons la fête. Arrêtonsnous donc là , Chrétiens , et n'entreprenons pas de rien ajouter à cet éloge. C'est le Saint-Esprit même qui en est l'auteur ; et il n'appartient qu'à lui de donner aux Saints les vraies louanges qui leur sont dues, parce qu'il n'y a que lui qui connaisse et qui discerne parfaitement leur sainteté. Or voici l'idée qu'il nous donne de celle de saint Etienne. Il a été plein de grâce , et en même temps plein de force : plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère , et "plein de force dans la consommation de son martyre. Cette double plénitude, que je regarde comme le caractère qui le distingue, et qui a fait tout son mérite devant Dieu et devant les hommes ; cette plénitude de grâce qui a sanctifié sa vie , et cette plénitude de force qui a couronné sa mort; cette plénitude de grâce qui a rendu sa conduite si irrépréhensible et si édifiante, et cette plénitude de force qui a rendu sa patience et sa charité si héroïque ; cette plénitude de grâce , en vertu de laquelle il a été un parfait ministre de l'Église de Jésus-Christ ; et cette plénitude de force, en vertu de laquelle il a été non-seulement le premier martyr, mais un des plus fervents martyrs de Jésus-Christ; n'est-ce pas, mes chers auditeurs , le partage le plus juste que je puisse me proposer dans ce discours , puisqu'il est renfermé môme et si clairement exprimé dans les paroles de mon texte? Stephanus, plenns gratta et fortitudine. Vous me demandez quels miracles en particulier a faits saint Etienne? L'Écriture ne nous les dit pas, et elle se contente de nous assurer qu'il en a fait d'éclatants , dont tout le peuple a été témoin : Faciebat prodigia et signa magna in populo. Mais je me trompe : elle nous dit en particulier les miracles qu'a faits ce grand Saint , etjiest à moi à vous les marquer : elle ne nous dit pas lesûialade^fljll^^Sl^^îWes morts qu'il a ressus-
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cités ; mais elle nous parle d'autres prodiges qui , pour être d'une espèce différente, ne méritent pas moins le nom de miracles; d'autres prodiges dont nous sommes encore plus sûrs, et qui sont plus capables de contribuer à notre édification : car elle nous dit les excellentes vertus que saint Etienne a pratiquées, les grands exemples qu'il nous a donnés, les signalées victoires qu il a remportées sur le monde ; et tout cela , pesé dans la balance du sanctuaire , est au-dessus des miracles m'êmes. Elle ne nous dit pas ce qu'il a fait d'extraordinaire dans l'ordre de la nature , mais elle nous dit ce qu'il a fait de prodigieux dans l'ordre de la grâce ; elle nous dit les miracles de sa sainteté, les miracles de sa sagesse, les miracles de sa constance , les miracles de son invincible charité. Revenons donc au plan de son panégyrique, que le Saint-Esprit même nous a tracé. Saint Etienne a été plein de grâce et plein de force. Il a été plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère ; et je prétends que cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s'est servi, comme vous le verrez, pour commencer^ à former les mœurs du christianisme naissant : Stephanus,plenus gratiâ; c'est la première partie. Il a été plein de force dans la consommation de son martyre; et je soutiens que cela seul est, non pas un prodige, mais plusieurs prodiges ensemble, qui ont obscurci tout l'éclat et toute la gloire des vertus du paganisme : Plenus fortitudine , faciebat prodigia ; c'est la seconde partie. Plein de grâce, il a édifié l'Église, et plein de force , il a ravi d'admiration non-seulement la terre , mais le ciel ; plein de grâce , il a condamné nos désordres , et , jjlein de force , il a confondu notre lâcheté : voilà tout mon dessein. Divin Esprit, soutenezmoi , afin que je puisse traiter dignement un si grand sujet , et donnez à mes auditeurs les dispositions nécessaires pour profiter des importantes vérités que je vais leur annoncer : c'est la grâce que je vous demande par l'intercession de votre sainte épouse, à qui j'adresse la prière ordinaire. Ave, Maria.