‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 107 sur 139 · SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE CONTRE JÉSUS-CHRIST EN FAVEUR DE BARABBAS · texte numérisé non relu

SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE CONTRE JÉSUS-CHRIST EN FAVEUR DE BARABBAS

Respondens autem prceses , ail iUis : Quem vulHs vobis de duobus dimilti? At illt dixerunt : BaraObam. Dixit illis Pilatus : Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus? Dicunt omnes : Crucijttjatur.,. Sanguis ejits super nos et super filios nostros.

Pilatc leur dit : Qui vouler-vous qu'on vous remette des deux? Barabbas, dirent-ils. Pilate leur répartit : Qiieferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Christ? Tous lui répondirent : Qu'il soit crucifié... Que sou sang retombe sur nous et sur nos enfants. Saitit ilattli., ch. 27.

S'il y a une image naturelle du péché , et du pécheur qui le commet , n'est-ce pas celle-ci , Chrétiens , où nous voyons tout un peuple animé de la plus aveugle passion , donner, sur le Fils même de Dieu , la préférence à un insigne voleur, et consentir à porter toute la malédiction que doit attirer sur leur tête le sang de ce Dieu-Homme si injustement répandu , et sa mort poursuivie avec tant de violence? Combien d'autres réflexions me fourniraient l'inconstance de cette nation , qui depuis peu de jours avait reçu le Sauveur du monde avec tant d'applaudissements et de cris de joie , et l'avait comblé de bénédictions ; l'obstination invincible et l'animosité des pharisiens , qui , non contents de tout ce qu'ils avaient déjà entrepris contre Jésus-Christ , veulent achever de le perdre, et forment le détestable dessein de le faire crucifier ; la faiblesse de Pilate, qui n'a pas la force d'employer son autorité à défendre ce prétendu criminel , dont il connaît toute l'innocence , et qui , pour le tirer de leurs mains , use d'artifice et lui fait Taff'ront de le mettre en parallèle avec Barabbas ; que ne pourrais-je pas , dis-je , vous représenter sur tout cela , et quel sujet de morale n'aurais-je pas à traiter? Mais je m'en tiens à la pensée de saint Chrysostome, et dans une juste application de la conduite des Juifs à la nôtre , quand nous nous élevons contre Dieu par de grièves transgressions de sa loi , il me suffit aujourd'hui de vous apprendre à craindre le péché , à le haïr et à le fuir , à le regarder comme le plus mortel ennemi de vos âmes , et à vous en préserver comme du plus grand de tous les maux. Nous avons deux choses à considérer dans le péché : premièrement la malice du péché, et secondement la peine du péché. Or l'une et l'autre ne se trouvent ici que trop bien exprimées , et ce sera le partage de cet entretien. Les Juifs, en renonçant Jésus-Christ, lui préfèrent Barabbas : voilà la malice du péché. Et par une si indigne préférence, ils se rendent devant Dieu responsables du sang de Jésus-Christ : voilà la peine du péché. Je dis la malice du péché, dont nous devenons nousmêmes coupables, en sacrifiant à nos passions tous les intérêts de Dieu. Je dis la peine du péché, dont nous nous chargeons nous-mêmes, et à quoi nous nous exposons , en suscitant contre nous le sang de Jésus-Christ et (wute la justice de Dieu. C'est tout le sujet de votre attention.

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