‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 115 sur 139 · EN FAVEUR DE BARABBAS · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE BARABBAS

comme la suite naturelle du poché , comme la fin malheureuse où mène par lui-même le péché. C'était pour nous délivrer de ce souverain malheur que Jésus-Christ avait donné son sang , et tout son sang : mais par Tabus criminel que le pécheur en a fait , ce sang , qui devait le laver , ne sert qu'à le rendre aux yeux de Dieu plus difforme; ce sang, qui devait le réconcilier, ne sert qu'à le rendre devant Dieu plus coupable ; ce sang , qui devait être son salut , devient la perte irréparable de son âme et sa damnation.

Ah ! mes Frères , qui pourrait exprimer, je ne dis pas la douleur, mais le désespoir du réprouvé sur qui coule le sang de son Sauveur, non plus pour éteindre les flammes qui le dévorent, mais pour les allumer? Car ce sang divin descendra jusque dans Fenfer ; et c'est là que doit se vérifier dans toute son étendue cette parole de l'Écriture , que le Seigneur , le Dieu tout-puissant , a fait distiller sa fureur sur ses ennemis , et sa plus grande fureur : Magnus enim furor Domini stillavit super nos ^ De vous expliquer quels sont les effets de cette colère du Seigneur, aigrie et irritée par cela même qui devait l'adoucir et l'apaiser, c'est ce qui me conduirait trop loin , et ce qu'on vous a fait mille fois entendre ; c'est ce qu'éprouvent tant de pécheurs déjà condamnés ; et plaise au ciel que nous nous mettions en état de ne l'éprouver jamais !

Pour cela que nous reste-t-il , mes chers auditeurs ? Contrition , réformation de vie , satisfaction. Contrition à la vue de tant de péchés qui nous ont éloignés de notre Dieu , de ce Dieu digne de tout notre amour, et dont nous n'avons payé les bienfaits que d'ingratitudes et d'offenses. Réformation : car il ne suffit pas de pleurer le passé, il faut penser à l'avenir; il faut le régler, il faut le sanctifier ; il faut rendre à Dieu toute la gloire que le péché lui a ravie ; il faut se dédommager de tous les mérites qu'on a perdus , ou qu'on n'a pas amassés : or on ne le peut que par une vie toute nouvelle, et d'autant plus remplie de bonnes œuvres, qu'elle a été plus souillée de crimes. Satisfaction : n'allons point , mes Frères , n'allons point chercher plus loin que dans ce saint temple le prix nécessaire pour nous acquitter auprès de la justice divine. C'est dans ce tabernacle qu'il est renfermé ; c'est là que repose ce sang qui seul a pu expier tous les péchés du monde , et qui peut, à plus forte raison, expier les nôtres. Prosternons-nous devant lui , et adressons-nous à lui. Sang adorable, relique vivante de mon Dieu, refnède souverain et tout-puissant, c'est en vous que je me confie et que je mets toute mon espérance. Quand je serais mille fois encore plus chargé de dettes , il n'est rien que vous ne puissiez payer pour moi, et c'est ce que j'attends de vous. Aussi coupable que je le suis, je devrais , pour l'expiation de mes iniquités , répandre tout mon sang ; mais sans vous que servirait mon sang et le sang de tous les hommes? Vous êtes donc ma ressource, et c'est à vous que j'ai recours. Non pas que je veuille m'épargner moi-même : je suis pécheur, et par conséquent je veux désormais et je dois me traiter en pécheur. Mais ma pénitence tirera de vous toute sa vertu , et n'aura de mérite qu'autant qu'elle vous

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sera unie. Vous la sanctifierez , vous la consacrerez , vous me la rendrez salutaire pour l'éternité bienheureuse , où nous conduise , etc.

Tune apprehendit Pilofus Jesum, et fluqeUavit.

Alors Pilate fit prendre Jésus , et le fit flajjcUcr. Saint Jean, cb, 19.

Quel nouveau spectacle , Chrétiens , et quelle sanglante scène ! on conduit notre divin Maître dans le prétoire de Pilate ; on le dépouille de ses habits et on F attache à une colonne ; outre une nombreuse multitude de peuple qui l'investit de toutes parts, une troupe de soldats s'assemble autour de lui ; ils sont armés de fouets , et ils se disposent à le déchirer de coups! Pourquoi ce supplice, et qui l'a ainsi ordonné? Comment s'y comportent les ministres du juge qui vient de rendre cet arrêt , et comment est-il exécuté? c'est ce que je me suis proposé de vous mettre aujourd'hui devant les yeux , et ce qui doit faire également le sujet de votre compassion et de votre instruction. Pour y procéder avec ordre, observez, s'il vous plaît , qu'un supplice devient surtout rigoureux et par la honte qui l'accompagne, et par l'excès de la douleur qu'il est capable de causer : en quoi l'esprit et le corps ont tout à la fois à souffrir ; car la honte afflige Tesprit, et la douleur fait impression sur les sens et tourmente le corps. L'une et l'autre ne se trouvent pas toujours jointes ensemble. La honte d'un supplice peut être extrême, sans qu'il y ait nulle douleur à supporter; ou la douleur en peut être très- cuisante et très-violente, sans qu'il s'y rencontre nulle confusion à soutenir. Mais voici ce que je dis touchant cette cruelle flagellation , où le Sauveur des hommes se vit condamné : c'est que ce fut tout ensemble un des supplices de sa passion , et le plus honteux, et le plus douloureux. Cette honte qu'il a voulu subir, tout Dieu qu'il était, nous apprendra à corriger les désordres d'une honte criminelle, qui souvent nous arrête dans le service de Dieu, et à nous prémunir contre le péché de la honte salutaire que nous en devons concevoir. Et cette douleur, qu'il a voulu ressentir dans tous les membres de son corps , nous animera à retrancher en nous les délicatesses de la chair , et à nous armer contre nous-mêmes des saintes rigueurs de la pénitence chrétienne. Voilà en deux mots tout le fond de cet entretien , et tout le fruit que vous en devez retirer.

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