‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 128 sur 139 · INSTRUCTION POUR L'OCTAVE DU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR L'OCTAVE DU TRÈS-SAINT SACREMENT

I. Entrons dans l'esprit de 1" Église, et comprenons bien ce qu'elle se propose dans la fête du Saint-Sacrement. Elle veut rendre au corps de Jésus-Christ un culte particulier, et c'est aussi la fin que nous devons nousmêmes avoir en vue dans cette grande solennité. Appliquons-nous sérieusement et saintement aux moyens que nous fournit pour cela notre religion. Car rien ne nous doit être plus vénérable que le corps de Jésus - Christ; de quelque manière que nous le considérions , soit par rapport à lui-même, puisqu'il est uni au Verbe divin ; soit par rapport à nous, puisqu'il est la victime de notre salut, et qu'il doit être jusqu'à la fin des siècles la nourriture de nos âmes.

II. Nous avons une obligation de l'honorer d'autant plus étroite, qu'outre les traitements indignes qu'il reçut pour nous dans sa passion, il en reçoit encore tous les jours de plus humiliants dans l'Eucharistie, par l'abus que les hommes font de ce redoutable mystère. Comprenons donc bien que le dessein de l'Église, dans cette octave, est de faire à Jésus-Christ une réparation publique de tous ces outrages ; et concevons en même temps que c'est à nous en particulier de nous acquitter d'un devoir si important, puisque, ayant eu le malheur d'être du nombre de ces âmes infidèles qui ont souvent abusé de l'adorable Eucharistie, nous devons nous reconnaître devant Dieu comme personnellement coupables de ce que saint Paul appelle la profanation du corps du Seigneur.

III. Les hérétiques et les mauvais catholiques, quoique par différentes impiétés, déshonorent ce sacré corps dans le mystère même où il est continuellement immolé pour eux , et par conséquent où il devrait être l'objet de leur culte. Mais s'il est de notre zèle de réparer, autant qu'il nous est possible, les outrages faits au corps de Jésus-Christ par d'autres que nous, il est encore bien plus juste que nous travaillions à réparer ceux dont nous avons été spécialement les auteurs, et que nous devons éternellement nous reprocher. Car telle est la disposition où il faut que nous soyons : c'est-àdire que nous devons être dans une disposition de pénitence et de zèle pour rendre au corps de Jésus-Christ tout l'honneur que nous lui avons refusé jusqu'à présent, et qui lui était dû par tant de titres. Pensée solide et touchante ; pensée qiù répond parfaitement aux vues de l'Église, et qui nous doit être toujours présente , si nous voulons célébrer cette fête en esprit et en vérité.

IV. Cependant il ne suffit pas que nous ayons ce zèle en général; mais pour en venir à la pratique et aux réparations particulières que Jésus- Christ attend de nous, elles se réduisent à deux chefs : l'un, qui regarder l'Eucharistie comme sacrement ; l'autre, qui la regarde comme sacrifice : le premier fondé sur le mauvais usage que nous avons fait de la communion ; le second , sur la manière peu chrétienne avec laquelle nous avons

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tant de fois assisté au sacrifice de la messe. Car c'est à ce sacrifice et à ce sacrement que se rapportent tous les péchés dont nous nous sommes rendus coupables envers le corps de Jésus-Christ; et par une miséricorde infinie de Dieu, c'est dans ce même sacrement et ce même sacrifice que nous trouvons de quoi lui en faire une pleine satisfaction. Toute autre satisfaction que nous pourrions imaginer ne serait ni égale à l'offense que nous avons commise, ni conforme aux inclinations de ce Dieu Sauveur, dont la gloire est inséparable de notre salut. Et voilà l'excellent secret que la religion nous enseigne. Voilà ce que nous devons désormais pratiquer avec toute la ferveur dont nous sommes capables. Secret qui consiste à honorer le corps de Jésus-Christ, par où nous Tavons si longtemps peut-être et si souvent profané.

S I. Comment nous devons réparer les outrages que nous avons faits à la divine Eucharistie, considérée comme sacrement.

I. Souvenons-nous d'abord, mais avec une extrême douleur, de tant de communions peut-être sacrilèges, lorsqu emportés par le torrent du monde nous vivions dans le désordre de nos passions, approchant des sacrements dans l'état d'une conscience déréglée, et avec de secrètes attaches au péché. Quel outrage, ou, comme parle saint Cyprien, quelle violence ne faisionsnous pas au Fils de Dieu, en le recevant ainsi pour notre condamnation, lui qui voulait être notre vie? Souvenons-nous au moins de tant de communions lâches, c'est-à-dire de tant de communions faites avec négligence et sans préparation : communions tièdes , auxquelles nous n'avons apporté qu'un esprit dissipé, qu'un cœur froid et indifférent ; communions inutiles, qui n'ont produit nul changement en nous , parce qu'elles n'avaient été précédées de nulle épreuve de nous-mêmes ; communions en vertu desquelles nous n'avons été ni plus réguliers, ni plus humbles, ni plus charitables envers le prochain. Pouvons-nous compter sur de telles communions , et avons-nous pu nous en faire un mérite auprès de Jésus- Christ? Enfin souvenons-nous de ces éloignements de la communion où nous nous sommes entretenus, et qui ont été si injurieux à Jésus- Christ ; quand par indévotion, par insensibilité, par un attachement opiniâtre aux créatures, nous n'avons pas voulu faire le moindre effort pour surm-onter les obstacles qui nous empêchaient de communier. N'était-ce pas mépriser ouvertement le corps de notre Dieu, quoique d'ailleurs l'esprit d'erreur, pour justifier notre conduite, nous suggérât assez de prétextes, surtout celui d'un faux respect, qui ne servait qu'à nous endurcir davantage dans nos dérèglements ?

II. Il s'agit de faire à Jésus-Christ une réparation authentique de tout cela, et nous ne le pouvons que par la communion même. Car, suivant trois belles maximes de saint Chrysostome , la communion sacrilège ne peut être réparée que par de saintes communions ; la communion lâche , que par des communions ferventes ; et les omissions volontaires de la communion, que par la fréquentation du divin sacrement, accompagnée de toutes les dispositions requises. Il faut donc que désormais notre plus grand dé-

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sir soit d'en approcher; notre plus grand soin, de nous y préparer; et notre plus grande douleur, de tomber dans un état qui nous oblige à nous en éloigner. Il faut que nous ayons un exercice de préparation, auquel nous nous attachions inviolablement, et que l'un des motifs qui nous y engagent soit de réparer toutes nos profanations et toutes nos négligences passées. Chacun peut se prescrire à soi-même cet exercice, en le soumettant néanmoins à Texamen et au jugement d'un directeur. Quand nous nous le serons ainsi tracé nous-mêmes, nous y trouverons plus de goût, et nous y deviendrons plus fidèles. Quoi qu'il en soit, on ne doit point communément approcher de la sainte table, sans avoir pris quelque temps pour rentrer dans l'intérieur de son âme, sans avoir fait quelque réflexion ou quelque lecture sur le sujet de cette importante action , sans s'y être disposé par quelque œuvre de charité et de pénitence. L'intérêt de Jésus-Christ, dont nous nous sentirons touchés, nous rendra tout facile.

m. Mais de quelque méthode que nous usions, nous devons toujours communier avec humilité et avec amour, avec crainte et avec confiance, avec un profond respect, et un désir ardent de nous unir à Jésus-Christ. Car c'est là, c'est dans le juste tempérament de ces mouvements du cœur, contraires en apparence, mais en effet d'un merveilleux accord, que doit consister pour nous la sainteté de la communion. Ne séparons jamais l'un de l'autre. Que la crainte de communier indignement soit toujours comme le contre-poids dudésir que nous avons de communier ; et que la confiance et l'amour soient toujours soutenus de l'humilité et du respect. Voilà en substance toute la perfection delà communion chrétienne. Mais, pour commencer à en faire l'épreuve, ne communions point dans cette octave que nous n'ayons fait auparavant à Jésus-Christ une amende honorable de toutes nos irrévérences, de toutes nos dissipations, de toutes nos tiédeurs, de tous nos scandales, de toutes les injures qu'il a eues à essuyer de nous ; et que, dans ce dessein, nous ne nous soyons prosternés devant son autel.

IV. Allons à lui comme l'enfant prodigue alla à son père, contrits et pénitents, la tête baissée, et n'osant même lever vers lui les yeux pour le contempler. Disons-lui dans les mêmes sentiments de douleur et de confusion que ce fils ingrat et rebelle , mais enfin suppliant et soumis : Ah ! Seigneur, puis-je encore paraître en votre présence? et par quel prodige de votre infinie bonté souffrez-vous à vos pieds une âme criminelle, et lui permettez- vous d'approcher de votre sanctuaire? J'ai péché, mon Dieu, j'ai tant de fois péché contre le ciel, contre vous, devant vous ! Oui, Seigneur, j'ai péché contre le ciel puisque je ne pouvais pécher contre vous sans pécher contre votre Père, contre votre divin Esprit, contre tout ce qu'il y a de bienheureux dans le ciel, qui s'intéressent à votre gloire. J'ai péché contre vous , et n'est-ce pas directement à vous que je me suis attaqué , en déshonorant votre corps , en ne lui rendant pas les hommages que je lui devais, en le profanant? Mais surtout, Seigneur , j'ai péché devant vous, sous vos yeux , à votre autel , à votre table.

V. Ajoutons : Dans le repentir qui me touche et le regret que me cause la vue de tant d'infidélités , je ne demande point , ô mon Dieu , ffue vous

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me mettiez encore au nombre de vos fidèles adorateurs. Je ne suis pas digne que vous me comptiez parmi vos enfants , ni que dans votre sacré banquet vous me communiquiez les mêmes grâces et me fassiez part des mêmes faveurs qu'à tant d'âmes pures et ferventes. Je ne le méritai jamais ; jamais il n'y eut rien en moi qui pût m'élever à ces entretiens si doux , si tendres , si intimes , et même si familiers , dont il vous plaît de les gratifier. Mais , Seigneur , vous avez plus d'une bénédiction. Il y a dans votre royaume plusieurs places , et au même autel vous parlez et vous agissez différemment. Si cette différence n'est pas sensible aux yeux, elle l'est au cœur. Traitez-moi donc, mon Dieu, j'y consens, traitez-moi comme un esclave, et le dernier de vos esclaves. Mais souvenez-vous aussi que tout méprisable et tout vil qu'est un esclave , le maître lui accorde le pain nécessaire pour le nourrir. Voilà ce que j'attends de vous, et ce que je cherche auprès de vous. De quelque manière que vous vous comportiez du reste envers moi, je m'estimerai toujours heureux, et je regarderai comme un avantage inestimable, si vous daignez m'admettre à la participation de votre corps et de votre sang. Qu'oserais-je prétendre au delà ; et si même je ne savais combien vous êtes libéral et bienfaisant, oserais-je me flatter d'un tel retour de votre part , et concevoir en votre miséricorde une telle confiance?

VI. Disons encore : Que n'est-il. Seigneur, que n'est-il présentement en mon pouvoir de vous rendre tout l'honneur que je vous ai ravi ! que ne puis-je autant relever votre culte que je l'ai profané et avili ! que ne puis-je le répandre par toute la terre , et vous faire connaître , vous faire adorer, vous faire aimer dans tout l'univers ! Que dis-je. Seigneur? c'est beaucoup pour moi si j'apprends bien moi-même à vous connaître , et si , dans la vive connaissance de vos grandeurs et de vos innombrables perfections , je commence à vous adorer comme vous devez l'être , et à vous aimer. Agréez du moins, mon Dieu, agréez sur cela les vœux de mon cœur. Agréez les vœux de tant de fidèles , avec qui je vais me présenter pour vous recevoir, et à qui je m'unis d'intention. Tout ce qu'ils vous diront, je vous le dis, ou je veux vous le dire comme eux. Seigneur, que je puisse aussi comme eux l'éprouver au fond de mon âme , et le sentir !

N'en doutons point, Dieu écoutera cette prière. Il nous traitera de môme que le père du prodigue traita son fils, dès qu'il le vit humilié devant lui et repentant. Il nous embrassera, il nous fera asseoir à son festin, il se réjouira de notre retour avec ses anges et ses élus. Nous aurons part à cette joie ; nous nous trouverons remplis d'une tendre dévotion , souvent même de la plus douce consolation. L'Eglise en sera édifiée, et voilà d'abord comment nous entrerons dans ses vues , et nous accomplirons le dessein qu'elle s'est proposé.

, § II. Comment nous devons réparer les outrages que nous avoin faits à la divine lùicliaristie , considérée comme sacrifice.

I. Après avoir considéré la divine Eucharistie comme sacrement, nous la devons considérer comme sacrifice. Sacrifice véritable , puisque c'est

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