SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE CONTRE JESUS-CHRIST, EN FAVEUR DE BARABBA
Sujet. Pilale leur dit ; Qui voulez-vous qu'on vous remette des deux? Barabbas, dirent-ils. Pilate leur répartit : Que ferai-je donc de Jésus , qu'on appelle Christ? Tous lui répondirent : Qu'il soit crucifié... Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !
Image naturelle du péché , et du pécheur qui le commet.
Division. Malice du péché, première partie. Peine du péché, deuxième partie. L'une et l'antre ne se trouvent ici que trop bien exprimées.
Première partie. Malice du péché. Les Juifs renoncent Jésus-Clirist et lui préfèrent Barabbas , malgré toutes les instances et toutes les remontrances de Pilate.
Asnsi par le péché SMcrifions-nous à nos pî^ssions tous les intérêts de Dieu. Car qu'est ce que le péché? L^ne préférence refusée à Dieu et donnée à la créature. On dit comme les Juifs : Otez moi ce Dieu dont la loi m'importune , et lassez-moi mon plaisir, dont j'ai fait ma divinité.
Et il ne faut point j époiuire qu'on n'y procède pas communément avec tant de délibération, et qu'on ne fait point ces réflexions. Car, 1*^ combien de pécheurs les font en effet, et pèchent d'une volonté délibérée? 2" Si d'autres pèchent avec moins d'attention , peuvent-ils tirer avantage de leur inadverlanc*
et de leur légèreté dans un sujet qui demandait toute leur vigilance et toute leur précaution?
De tout ceci concluons queTénorniiié du péché est aussi gr;mde par proportion , que Dieu est grand et au-dessus de tout ôire créé. Pour la comprendre tout eniière, il faudrait être en état de comprendre ce que c'est que Dieu.
Deuxième partie. Peine du péché. En conséquence du crime des Juifs , lorsqu'ils renoncèrent Jésus-Christ et qu'ds lui préférèrent Barabbas, le sang-de cet Homme-Dieu est retombé sur eux ei sur loute leur postérité.
De là tous les raaux dont c*^tte malheureuse natiom a été aîïligée , et l'est encore : i° ruine letnporelle; à" aveuglement spirituel ; 5" réprobation élernelle.
Voilà, dans une comparaison qui n'est que trop juste, à quelle vengeance de la part du ciel et à quels châtiments le péché nous expose. Pour nous en préserver, que nous reste-t-il ? Contrition , réformaiion de vie , satiblaciion.
SUR LA FLAGELLATION DE JESUS-CHRIST. Sujet. Alors Pilate fit prendre Je'sus et le fit flajieller.
Pourquoi ce supplice , et comment fut-il exécuté?
Division. Flagellation la plus honteuse ei la plus douloureuse. Cette honte que voulut subir Jésus-Christ nous apprendra à corriger les désordres d'une honte criminelle qui souvent nous arrête dans le service di Dieu , et à nous prémunir contre le péché , de la honte salutaire que nous en devons concevoir : première partie. Et cette douleur qu'il a voulu ressentir dans tou> les membres de son corps , nous animera à retrancher en nous les délicatesses de la chair, et à nous armer contre nous-mêmes des saintes rigueurs de la pénitence chrétienne : deuxième partie.
Première partie. Flagellation la plus honteuse. Quelle confusion pour un Homme-Dieu, de paraître devant les Juifs dans l'état où il parut ! Qu'a-t-il prétendu par là? Corriger les dé.^o^d^e3 d'une mauvaise honte qui nous retient en mille rencontres où il s'agit des intérêts de Dieu , et nous enseigner l'usage que nous devons faire d'une honte raisonnable et utile pour nous garantir du péché.
En effet , d'où vint au Fils de Dieu cette confusion qui le jeta dans un si profond accablement? De nos péchés, dont il était chargé. Mais nous, par un sentiment tout contraire, nous n'avons nulle honte de coinmettre le mal , et nous en avons de pratiquer le bien : deux dispositions les plus funestes.
Pour les corriger, considérons toujours Jésus-Christ. Point de frein plus puissant pour nous arrêter et nous retirer du péché, que ceite pensée : Ce péché , que je commets sans pudeur et sans home , a fait rougir mon Dieu. Point de meilleur soutien contre le respect humain et la iionie de pratiquer le bien , que cette réflexion : Toute la honte de la flagellation de mon Sauveur n'a pu ralentir son zèle pour l'honneur de son Père.
Deuxième partie. Flagellation la plus douloureuse. Il fut livré à toute la barbarie d'une brutale soldatesque, qui le déchira de coups ; et c'est en cet état qu'd nous prêche la mortiîication de la chair.
La chair de Jésus-( Christ était une chair innocente, au lieu que la nôtre est une chair criminelle. Combien donc mérite-t-elle p!us d'être morliliée que celle de ce Dieu Sauveur? Aussi saint Paul recoïumandair-il si souvent et si fortement aux premiers fidèles de itiortitier leur chair. Et c'est dans cette mortiîication de la chair que tous les Saiiits ont fait coasisier une partie de leur sainteté.
Mais nous raisonnons, ou du moins nous agissons bien autrement. La maxime la plus commune et la pluséîabiie dans toutes les conditions, est d'avoir soin de son corps, et de lui procurer toutes ses aises. Cti qu'il y a de p'us ét'a^ige, c'est qu'avec cela l'on prétend être péniie*jt, l'on préieaJ ôire dévot, l'on prétend s'ériger en réformateur du relâchement des mœars et de la doctrine.
7^0 ANALYSEâ DES SERMONâ.
Sujet. Alors les soldats du gouverneur ayant emmené Jésus dnns le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte; et après l'avoir dépouillé, ils le couvrirent d'un manteau de pourpre ; puis faisant une couronne d'épines , ils la lui mirent sur la tète. Us lui mirent aussi un roseau à la main droite.
Voilà proprement le mystère de la royauté de Jésus-Christ.
Division. Royauté de Jésus-Christ méprisée et profanée par les indignités qu'exercèrent contre lui les soldats, première partie ; mais en même temps royauté reconnue et solidement vérifiée par une secrète disposition de la Providence , qui se sert pour cela de Tinsolence même des soldats et de leur impiété,
Première partie. Royauté de Jésus-Christ méprisée et profanée par les indignités qu'exercèrent contre lui les soldats. Par la plus sanglante dérision, ils le revêtent d'une robe de pourpre , ils lui donnent pour sceptre un roseau , ils lui mettent sur la tête une couronne d'épines ; et en le saluant comme roi des Juifs, ils lui crachent au visage et le meurtiissent de soufflets.
Or n'est-ce pas ainsi que nous le traitons nous-mêmes? Nous le couronnons en le reconnaissant pour notre roi ; mais nous le couronnons d'épines. Ces épines, ce sont tant de désordres où nous nous abandonnons.
De plus, nous ne lui faisons porter pour sceptre qu'un roseau : comment cela? par nos inconstances et nos légèretés perpétuelles dans son service.
Enfin , nous le couvrons d'une misérable robe de pourpre , c'est-à-dire de nos péchés, plus rouges que l'écarlate , selon la figure du Prophète , et qui le font rougir lui-même. Mais il aura son temps pour venger sa royauté flétrie et profanée. De quelle frayeur serons-nous saisis , quand , à son jugement universel , nous le verrons couronné de gloire?
Deuxième partie. Royauté de Jésus-Christ reconnue et solidement vérifiée , par une secrète disposition de la Providence , qui se sert pour cela de l'insolence même et de l'impiété des soldats. Les choses mêmes par où ils croyaient le déshonorer, ont été les marques les plus naturelles de sa souveraineté, et ont servi à nous en donner l'idée la plus juste. Us l'ont couronné d'épines ; or à qui cette couronne pouvait-elle mieux convenir, qu'à celui qui devait être le roi surtout des âmes souflranies?
Ils lui ont donné pour sceptre un roseau. Rien ne pouvait mieux représenter la nature de son pouvoir, qui n'a point éclaté par la force ni par la violence, mais par la faiblesse même et par l'infirmité. Avec ce roseau , il a soumis toutes les puissances du monde.
Ils l'ont couvert d'une robe de pourpre. Éiait-il une couleur plus convenable à un roi qui devait former son royaume sur la terre et l'amplifier par l'efl'usion de son sang ?
De là concluons ce que nous sommes, à qui nous sommes, pourquoi nous y sommes, et ce que nous devons enfin devenir, selon le caractère que nous portons et les sacrés rapports que nous avons, en qualité de chrétiens, avec Jésus-CUiist.
Sujet, Alors ils prirent Jésus, et l'emmenèrent ; et Jésus, chargea de sa croix, sortit pour
aller au lieu appelé Calvaire^
Apprenons de l'exemple de Jésus-Christ comment nous devons nous-mêmes porter la croix, c'est à-dire toutes les souffrances dont nous sommes aftligés dans la vie.
Division. Nécessité de porter la croix après Jésus Christ , première partie. Faciliié de porter la croix après Jésus-Christ, deuxième partie.
Première partie. Nécessité de porter la croix après Jésus-Christ. Il la porta
ANALYSES DES SERMONS. -j^j
depuis le prétoire jusqu'au Calvaire , comme Isaac porta lui-même sur la mon agne le bûcher ou il devait être immolé. Or, selon ce qu'il dit à cesTmme^nn le suivaient Si on traite ainsi le bois vert , que fera-t-on au bois '".VcZcîuons quesi Jesus-Chnst notre n.odèle et notre médiateur a porté la croix "inV^ n^.".'." '';r'"^ r ''^^^'^^^ ^^ ^'^^ exempter. Jésus-Christ ne l'a portée nue parce qu il l'a voulu ; mais nous, soit que nous le voulions ou que nous ne le voa lions pas, nous sommes condamnés par l'arrêt de Dieu à la porter cTnerJ^^m nou. pouvons nous la rendre volontaire en l'acceptont , et nous so mnes b ni ^ /"p n w "'"'. "' '' sanciifions pas au moins pa'r noire soumisse ' ''" '
Ce nest point assez de porter la croix : il faut la norter après Jésus-Christ et cest pour nous le faire entendre qu'il voulut que Simon T Cvréneen b portât avec lu,. Mais il y en a bien peu qui veuillent à ce prix sufvre eûr S^l^ veur. On verse assez de larmes en considérant sa passion^nais i^nous ré.mnd rs'nsLmésf"^"^'' '' ''"^'^^^^ '' "^^^""^ ^-rvLmêmL ^rez^sur^iimes
Trois seniimems là-dessus à prendre : 1» d'une vive douleur • 9» rt'„.>* humble reconnaissance; 3» d'une ferme résolution ' "^ ""®
exSf"est 's? ™i;f/„f '''.?'!, ■''*'■'''■ '" f«'^ "^'^^ Jé.us-Christ. C.r Son fexSe di clpf?rnn/"" ^"".r"' "P'',"'"" ">"'^^ ^'^ diflicultés, comm« 1 exemple au cliel lait oublier au soldat tous es périls. Sans cet expmniA !î« Jesus-Chnst souffrant, que n'ont pas souffert les Justes de l'ancienneT ,^ que n'ont-ils pas voulu souffrir ? Il ,!'y a qu'à lire fe dé"a fqu'en a fa t safn Paul Quelle serau donc notre lâcheté, après un tel exemplf.T Ito ^"core b
D'autant plus que c'est la croix de Jésus-Christ que nous avons à oorter *t non pomt précisément la nôtre ; car il ne nous a pas dit, Prenez votre K mats rmnoug Si ce pauvre Cyrénéen qu'on força de porter la crofx de cet7ommT
î^dlir^Ks'séS"' '" """' "' '"' '^"^'^"^' " '- 1"'^'"' ardeur et quïfote Ajoutez que cette croix de Jésus-Christ nous ne la oortons nis in>it »n.ii„..
Sais &"JT. '* P'"' ST''^ P''"'* ' «' ''»« »0"?ne îa 'po^rTolspat u s ' mfi „Tf ^ ^ *™* """'• ^'■' soutenus de son secours et de celui de la erâre
Tdoux"? ""'""""' ^'' ' "' 1"'y *■'-" "« «' P^^"' 1"i ne nous devtnnll^e;
SUR LE CRUCIFIEMENT DE JESUS-CHRIST. Sujet. Quand ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, on y crucifia Jésus.
satisfaite. Nul aulre quNm tu'n'c X'^^a LlS ràl^DiU'lrs^s'chSll Dieu et vrai homme est donc venu; et s'est offert comme vfcthnecèiv n^ pour ses pèches , mais pour les nôtres, au'il i saïkriiV r.;„ Vi !< ■: •" ''.'' P**
et voilà pourquoi la justice divine le rêgX arCalv^ecoi^e'un otlfw^^^^^ de ses veng^^ances. ^«^ivdiie coinine un objet digne
de';^^'„'ro^vrd'eS^j*'r,tt ti «ifi^^^^^
que du vinaigre et du fiel , enfin qu'il meure comme abandonné même de son Père.
De là apprenons combien il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant, et de sa justice. Car s'il n'a pas épargné son propre Fils, que fera-t-il de nous et contre nous? Nous devons ici reconnaître toute la puissance de cett.e suprême justice, toute sa sainteté, toute sa sévérité , toute sa droiture et son inflexible équité.
qu on lui présentera pour
Deuxième partie. Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la miséricorde de Dieu. Il est vrai qu'il devait soufl'rir et qu'il devait mourir ; mais comment le devait-il ? Dans cette supposition toute gratuite de sa part : savoir, qu'il voulût sauver le monde; car il pouvait ne le pas vouloir et nous abandonner. C'est donc par un effet de sa miséricorde qu'il a pris sur lui nos dettes, et qu'il s'est engagé à les acquitter en souflrani et en mourant. Solide théologie de l'apôtre saint Paul.
De là ne nous éionnons point des témoignages particuliers , ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il l'ail paraître sur sa croix. Il prie, et c'est une prière do miséricorde; il promet , et c'est une promesse de miséricorde ; il donne, et c'est un don de miséricorde: il témoigne sa soif , et celte soif qu'il soufl're, quelque pressante qu'elle puisse être, n'est que l'image d'une soif mille lois encore plus ardente qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde.
Ainsi nous devons regarder la croix comme le siège de la grâce et le trône de la miséricorde divine. Ayons-y souvent recours. Solide dévotion dans le christianisme, que la dévotion au crucifix. Oîi sera notre ressource à la mort, où sera notre consolation ? dans le crucifix. <