DEUXIÈME PARTIE
Pour bien comprendre cet autre devoir à Tégard de l'Église , qui consiste dans Tobéissance du cœur et dans l'observation des lois qu'elle nous impose , écoutez, Chrétiens, quatre propositions , dont la liaison m'a paru une espèce de preuve à laquelle ni Terreur , ni Tesprit de licence et d'indépendance qui règne dans le monde corrompu, n'opposeront jamais rien de solide. C'est assez que l'Église soit notre mère, pour conclure qu'elle a le droit de nous commander; première proposition : et c'est assez que nous soyons ses enfants , pour devoir être persuadés que ce qu'elle nous commande n'est pas seulement d'une police extérieure , mais d'une obligation étroite, qui lie nos consciences, et qui nous engage sous peine de péché; seconde proposition. Du moment que nous reconnaissons l'Église pour notre mère , nous ne pouvons plus violer les commandements qu'elle nous fait, sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu; troisième proposition : et la liberté, ou plutôt la témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Église , oubliant qu'elle est notre mère, ne procède souvent que d'un fonds de libertinage et d'un principe d'irréhgion , peut-être plus dangereux pour nous que les péchés mêmes qui en naissent. Libertinage où nous nous flattons nous-mêmes, et que nous couvrons de mille prétextes ; mais prétextes que l'Église , quoique notre mère, ne favorisera jamais; au contraire, qu'elle désavouera toujours , et , autant qu'ils auront été la cause de nos relâchements et de nos désordres , qu'elle condamnera et qu elle détestera : quatrième et dernière proposition. Appliquez-vous, Chrétiens, je n'abuserai pas de votre patience.
Puisque l'Église est notre mère, elle a droit de nous commander : cette conséquence est si naturelle , que le seul bon sens suffit pour y souscrire. Quand on disait aux hérésiarques du siècle passé, que l'Éghse, en qualité d'épouse du Fils de Dieu , était reine et souveraine ; que comme souveraine elle avait le pouvoir de faire des lois, et que tout homme chrétien devait sans exception et sans distinction y être soumis , cette idée de souveraineté les choquait , et leur inspirait un chagrin qui peu à peu dégénéra dans un esprit de révolte. Ils voulaient une Eglise, mais une Eglise sujette , une Eglise sans autorité , une Église faible et impuissante ; et ils n'en pouvaient souffrir une qui eût un empire , je dis un empire spirituel, si étendu et si absolu. Ainsi Wiclef et Luther prétendirent-ils
qu'il n'appartenait point à FÉglise d'imposer des lois aux fidèles , et que le pouvoir qu elle s'en attribuait était un pouvoir usurpé : par où ils faisaient bien voir qu'ils étaient de la secte et du caractère de ces esprits pervertis dont parlait Tapôtre saint Jude, c'est-à-dire de ces esprits déterminés à blasphémer et à maudire la domination même la plus légitime et la plus sainte : Similiter et hi dominationem spernunt ; majestatem autem blasphémant ^ Mais enfin, tout ennemis qu'ils étaient de la domination de l'Église, ou, pour mieux dire, de sa puissance et de sa juridiction , quand on leur représentait que l'Église est la mère de tous les chrétiens , et qu'une mère a droit de commander à ses enfants , comme elle est obligée de les gouverner, ne pouvant nier le principe , ils se trouvaient embarrassés sur la conséquence ; et , pressés de ce raisonnement qu'ils voulaient éluder, ils avaient recours à l'invective , déclamant contre les abus des pasteurs de l'Église et de ses ministres : comme si les désordres prétendus des ministres de l'Église eussent pu ôter à FÉglise même l'autorité que Jésus-Christ lui a donnée ; comme si ce divin Maître , malgré les plus visibles dérèglements des scribes et des pharisiens , n'avait pas autorisé leur ministère par la loi qu'il établissait , de faire ce qu'ils ordonneraient , sans imiter leurs exemples ; comme si l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière n'était pas de faire dépendre la puissance d'ordonner et de commander, des qualités personnelles de ceux qui en sont revêtus; comme si l'abus que peuvent faire les hommes de cette puissance, en détruisait le fonds, qui est l'œuvre de Dieu, et de l'ordre de Dieu.
C'est néanmoins ce qu'ont avancé les partisans de l'hérésie. Mais permettez-moi de douter si la conduite de certains catholiques relâchés n'est pas en quelque sorte aussi injuste, et ne marque pas un aussi déplorable aveuglement. Ils ne nient pas la puissance spirituelle de l'Église ; mais ils comptent pour rien d'en secouer le joug : ils laissent l'Église en possession de son sacerdoce royal ; mais ils se rendent dans la pratique aussi indépendants d'elle, que ceux qui osent le lui disputer : ils necontestent pas que ses préceptes ne soient justes et légitimes ; mais ils trouvent le moyen de s'en affranchir, pour peu qu'ils leur soient incommodes. Or lequel des deux est plus injurieux à l'Église, ou de ne pas reconnaître son pouvoir par une prévention d'esprit , ou , le reconnaissant , de ne s'y pas soumettre par une dépravation de cœur? Il est donc vrai que l'Église peut nous prescrire des lois et nous faire des commandements. Mais de quelle nature ou de quelle force sont ces commandements de l'Église? je dis que ce sont des lois d'une obligation étroite et rigoureuse : seconde proposition. Calvin ne pouvait convenir qu'elles obligeassent sous peine de péché. Il ne comprenait pas , disait-il , qu'une loi humaine pût être la matière d'un crime devant Dieu : et plaise au ciel que parmi nous il n'y ait point d'âmes libertines infectées de la même erreur ! Mais c'est ce qui doit nous étonner, qu'un homme aussi pénétrant que Calvin pût bien comprendre comment la désobéissance d'un fils envers son père' le rend cri-
• Jud.,8.
minel aux yeux de Dieu , et qu'il ne pût concevoir comment la désobéissance d'un chrétien envers TÉglise, qui est sa mère, le rend, au jugement de Dieu même, prévaricateur. Car pourquoi l'Église, qui nous a engendrés selon l'esprit, ne peut-elle pas sur nous ce que peuvent nos pères selon la chair? lui sommes-nous moins redevables? nous a-t-elle donné une naissance, une vie, une éducation moins estimable et moins précieuse? Quand il n'y aurait point d'autre fondement que celui-là pour justifier ce qui a passé de tout temps pour incontestable dans notre religion, savoir, que les préceptes de r Église sont des liens de conscience qu'on ne peut rompre sans encourir l'indignation et la disgrâce de Dieu , ne serait-ce pas assez? Oui, mes chers auditeurs, ces préceptes, quoiquen eux-mêmes de droit humain et positif, vont jusqu'à FofFense divine et jusqu'à intéresser le salut. Ce sont pour nous des sources de grâce , quand nous les accomplissons ; mais par un juste jugement , et contre Fintention de FÉglise même, ils se tournent pour nous en malédiction , quand nous y contrevenons ; et il faut bien que cela soit ainsi , puisque Jésus- Christ , dans l'Évangile, veut qu'on tienne pour païen et pour publicain celui qui n'obéit pas à FÉglise : Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et^puhlicanus *. Car ce qui mérite qu'on nous regarde comme païens , doit être au moins un péché de la nature de ceux qui causent la mort à notre âme ; et ce qui nous met au rang des publicains , c'est-à-dire des pécheurs publics , n'est point la simple transgression d'une loi civile et pénale. Il faut bien encore que cela soit ainsi , puisque le même Sauveur a donné le pouvoir à son Église de nous excommunier et de nous retrancher de son corps , lorsqu'avec opiniâtreté , et par un esprit d'orgueil , nous persistons à son égard dans la désobéissance , en violant ses préceptes impunément : car une punition aussi terrible que celle-là ne suppose pas une faute légère ; et ce retranchement du corps mystique de Jésus-Christ ne peut être pour le salut quelque chose d'indifférent.
En voulez-vous un témoignage, mais décisif? écoutez saint Augustin. Quand ce grand docteur parlait du jeûne commandé et déterminé par FÉgUse, comment s'en expliquait-il? en parlait-il comme d'une œuvre de surérogation pour les Justes, ou comme d'un exercice volontaire de pénitence pour les pécheurs? Non; il en parlait comme d'une loi à laquelle et les pécheurs et les Justes, sous peine d'être condamnés de Dieu, devaient également s'assujettir; il disait qu'autant qu'il était louable déjeuner dans les autres temps de l'année, autant était-il punissable de ne pas jeûner dans les temps consacrés à la pénitence publique de FÉglise, et particulièrement dans celui qu'elle nous a ordonné de sanctifier par le jeûne solennel du carême : que d'observer d'autres jeûnes, ce pouvait être un remède et une vertu; mais que de manquer à celui-là, c'était un. crime et un péché. Ce sont les termes dont il use : In aliis qiùppe temporihus jejunare, aut remedium est, autprœmium; in quadrogesimâ nonjejunai^escelKS est ac peccatum ^ La tradition du siècle de saint Augustin était donc que la loi du jeûne imposait aux chrétiens une obligation, non-seulement de police,
• Malth., 18. ~ ' AuGust.
mais de conscience ; et que c'était, aussi bien que la loi écrite, une matière de transgression et de péché.
Cependant, Chrétiens, sans recourir à la tradition, ni à TÉcriture, je dois m'en tenir à cette supériorité naturelle que l'Église a sur moi. Elle est ma Mère : donc je suis réprouvé de Dieu si je ne lui obéis pas, quand elle exige de moi un culte raisonnable : or en exige-t-elle jamais un autre ? et dans les commandements qu'elle me fait, pour peu que j'aie le cœur docile, estil rien que ma raison même ne doive hautement approuver? Elle m'oblige à assister aux divins mystères et au sacrifice de ma rehgion, à recevoir chaque année le sacrement institué pour être la nourriture de mon âme et le gage de mon salut, à ne m'en approcher qu'après m'y être disposé par une solide épreuve de moi-même et par une confession exacte des désordres de ma vie, à garder des abstinences et des jeûnes qui peuvent me tenir lieu de satisfactions : or sont-ce là des choses où je puisse me plaindre que l'Éghse ait excédé la mesure de ce culte dont parlait saint Paul, en l'appelant Rationabile obsequium * ; qu'elle n'ait pas eu égard à ma faiblesse, qu'elle n'ait pas même consulté mes besoins et mon intérêt ; en un mot, qu'elle n'ait pas agi en Mère prudente et zélée, conduite par l'esprit de Dieu? Quand elle ne m'aurait pas fait des lois de tout cela, ne devrais-je pas me les faire moi-même? et ces lois, quand je les observe, m'étant aussi utiles et aussi salutaires que l'expérience me l'apprend, Dieu n'aura-t-il pas droit de me punir, si, par impiété ou par lâcheté, je ne les observe pas?
Mais enfin, me direz-vous, tout cela ne nous est commandé que par l'Église. Je l'avoue, Chrétiens : mais prenez garde à ce que j'ai ajouté, et c'est la troisième proposition : savoir, qu'il est impossible de violer alors le commandement de l'Église, sans violer l'un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu : pourquoi? parce que le commandement de l'Église est toujours accompagné, ou, pour mieux dire, soutenu et autorisé du commandement de Dieu ; et je ne dis pas seulement ceci de certains préceptes qui, selon la remarque de saint Thomas, sont tout ensemble de droit ecclésiastique et de droit divin, tel qu'est, entre autres, le précepte de la communion : car il est bien évident que Jésus-Christ ayant établi la communion comme un moyen essentiellement nécessaire pour entretenir dans nous la vie de la grâce, et pour cela s'étant déclaré, que quiconque ne mangerait pas la chair du Fils de l'Homme serait privé de cette vie qui fait les Saints et les élus de Dieu, Nisi manducavcri.lis carnem Filii Hominis, non habebitisvitam in vobis ^ ; quand je participe au corps de Jésus- Christ, et que j'accomplis le devoir chrétien par la communion pascale, je satisfais à deux préceptes, l'un de l'Eglise, l'autre du Sauveur ; et au contraire, si je manquais à ce devoir, je serais coupable d'une double prévarication et d'une double iniquité : prévarication, en ne donnant pas à l'Église cette marque de mon obéissance; mais prévarication encore plus grande, en négligeant, aussi bien que les conviés de l'Evangile, de me mettre en état d'assister à ce divin bancpiet où Jésus-Christ lui-môme m'in-
' llotn., 12, — ' Joan., 0.
vite pour me nourrir de sa chair et de son sang. Sans parler, dis-je, de ces commandements, qui ne sont, à le bien prendre , des commandements de TEglise que par la circonstance du temps, mais qui dans le fond sont de l'institution divine, j'ai dit absolument, et il est vrai, que la désobéissance aux lois de TEglise est toujours accompagnée d'une désobéissance à la loi de Dieu : comment? parce qu'en même temps, pour user de cet exemple, que l'Eglise, par une loi particulière, me commande le jeûne. Dieu, par une autre loi qui est générale, me commande d'obéir à l'Eglise ; et je ne puis mépriser l'un de ces deux commandements sans mépriser l'autre, puisque l'un, dit le savant chancelier Gerson, sert de soutien et d'appui à l'autre. Je me trompe donc si je crois alors n'être responsable qu'à l'Eglise, et n'avoir péché que contre l'Eglise; car j'ai péché contre Dieu même, et il faudra que je subisse la rigueur de son jugement aussi bien pour le jeûne violé que pour les autres désordres de ma vie ; et voilà, mes chers auditeurs, ce que les théologiens concluent des paroles du Fils de Dieu, quand il disait à ses apôtres, qui furent les pasteurs de son Eglise : Qui vos audit, me audit : et qui vos spernit, me spernit ^ : qui vous écoute, m'écoute ; et qui vous méprise, me méprise : paroles, ajoute le chancelier Gerson, qui montrent bien que Jésus-Christ est personnellement intéressé dans le mépris que nous faisons des lois de son Eglise ; et qu'en qualité de chef et d'époux de cette Eglise, le mépris qu'on fait d'elle retombant sur lui, il ne peut se dispenser, tant pour lui-même que pour elle, de nous en punir.
Le point de morale par où je finis, et qui est ma dernière proposition , c'est que la plupart des péchés qui se commettent contre l'Eglise, en violant ses lois, sont des péchés de libertinage, qui ne procèdent communément que d'un secret principe d'irréligion ; mais qui par là, changeant d'espèce, deviennent encore devant Dieu plus punissables et plus griefs : car pour les préceptes de la loi de Dieu , on les viole , dit Guillaume de Paris, par mille autres raisons que Ton peut appeler des tentations humaines. Un intérêt puissant, une passion forte, un mouvement subit, une occasion pressante et imprévue, voilà les sources ordinaires des crimes les plus énormes dont je parle; c'est-à-dire, on pèche contre la loi de Dieu, parce qu'on est emporté et dominé par la concupiscence ; on est impudique par faiblesse, médisant par légèreté, injuste par cupidité. Mais quand il s'agit des préceptes de l'Eglise, la plupart faciles en eux-mêmes, et dont la matière n'est presque jamais le sujet d'une violente passion qu'il faille vaincre pour les accomplir, par quel esprit et par quel principe peut-on les transgresser, si ce n'est par un principe de licence, par un esprit indépendant et libertin, par l'habitude malheureuse qu'on s'est faite de se soucier peu des observances et des devoirs de sa religion? principe plus funeste que les péchés mêmes qui en sont les suites ; mais principe d'où tirent les péchés qui en naissent un surcroît de malice dont je voudrais aujourd'hui vous imprimer l'horreur.
Je ne parle point à vous, mes Frères, qui, par le malheur de votre naissance, ayant été enveloppés dans l'hérésie et dans le schisme, avez fait une
• Luc, 10.
i38 POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE.
profession ouverte de ne point obéir à l'Église, qui était votre mère, jusqu'à ce qu il ait plu enfin au Seigneur de vous rappeler à son unité. Quoique pendant cette séparation vous ayez violé ses lois, je sais que vous l'avez fait par ignorance, aussi bien que vos pères, et Dieu veuille que cette ignorance ait pu vous servir de quelque excuse auprès de Dieu ! Je pourrais donc vous dire, avec autant de raison que saint Pierre en parlant aux juifs : Et nunc scio, fratres, quia per ignorantiam fecistis *. Je ne vous reproche point les désobéissances que vous commettiez alors contre TÉglise, comme si elles avaient été des marques de votre irréligion ; et je déplore bien plutôt l'aveuglement où vous étiez en les commettant peut-être par le faux zèle d'une prétendue religion. Dieu, par son infinie bonté, vous a ouvert les yeux, et il me suffit d'ajouter ce que le prince des apôtres disait aux Israélites, aux mêmes chapitres des Actes que je viens de citer : Pœnitemini igitur et convertimini, ut deleantur peccata vestra ^ : Faites donc pénitence, mes Frères ; et, éclairés des lumières de la vérité, persévérez, croissez, affermissez-vous dans la grâce de votre conversion, afin que ces péchés d'ignorance que vous faisiez sans les connaître, et que vous n'aviez garde de pleurer, puisque vous n'en conveniez pas, soient maintenant effacés par la ferveur de votre vie, mais surtout par îa soumission et l'inviolable régularité avec laquelle je me promets que vous observerez ces mêmes lois qui si longtemps ont été le sujet de votre transgression. Ce n'est point, dis-je, à vous. Chrétiens nouvellement réconciliés à l'Église de Jésus-Christ, que j'ai prétendu adresser la plainte que je fais ; c'est à vous, anciens catholiques, c'est à vous que je veux parler. Quel autre esprit, je le répète, qu'un esprit de libertinage , peut vous porter à violer des commandements dont la pratique demande si peu d'efforts, et que l'Église, usant d'une condescendance maternelle , a su proportionner à votre faiblesse par tant de tempéraments, pour ne pas dire de ménagements et d'adoucissements ? Car de quoi s'agit-il? d'une messe qu'il faut entendre, d'une confession qu'il faut faire, d'une communion dont il faut s'acquitter, de quelques fêtes qu'il faut sanctifier, de quelques abstinences et de quelques jeûnes qu'il faut observer. Un chrétien qui, sans nécessité, sans raison, sans excuse; un chrétien qui, sans scrupule et sans remords, fait une profession ouverte de n'avoir sur cela pour l'Église aucun respect, ou qui n'a là-dessus pour elle qu'un faux respect, un respect de bienséance et de cérémonie, que donne-t-il à penser de lui, sinon qu'il a peu de religion , et que dans le fond il est impie et libertin ?
Ah ! mes Frères, honorons notre religion par l'obéissance que nous rendrons à Jésus-Christ et à son Église. Autrefois on nous disait : Edifions les hérétiques qui nous voient, qui nous observent, et qui, tout retranchés qu'ils sont de l'Eglise, ne laissent pas d'être scandalisés, quand ils sont témoins du mépris que nous en faisons en méprisant ses lois ; l'exemple de notre fidélité et de notre soumission sera mille fois plus efficace pour les persuader et les toucher, que les plus savantes disputes et les discours les plus pathétiques ; et si quelque chose est capable d'achever leur conver-
• Act., 3. — ' Ibid.
eion, c'est la bonne odeur de notre vie et la régularité de notre conduite. C'est ainsi qu'on nous parlait. Mais aujourd'hui je vous dis quelque chose de plus pressant : Edifions, non plus des hérétiques obstinés, mais des catholiques nouvellement sortis du sein de l'hérésie et reçus dans le sein de l'Eghse; ils sont encore faibles, ne les affaiblissons pas davantage par le scandale de nos mœurs. Quand ils ne voyaient nos désordres que de loin, ils en étaient surpris, ils en étaient frappés, ils en étaient indignés : que sera-ce quand ils les verront de près, et que sans cesse ils les auront devant les yeux? Ne leur donnons pas lieu de regretter ce qu ils ont quitté, et peut-être d'y retourner. Ne détruisons pas dans eux l'ouvrage de la grâce, mais travaillons à l'affermir et à le perfectionner ; pensons à nousmêmes, et souvenons-nous qu'il y va de notre salut éternel. Grand Saint, vous que nous invoquons spécialement en ce jour ; vous à qui Jésus-Christ confia son Eglise , et qui en êtes , après lui , la pierre fondamentale ; vous qui en fûtes sur la terre le chef, Tapôtre, le martyr, ayez encore les yeux attachés sur elle ; protégez-la, défendez-la , obtenez-lui les secours puissants qu elle demande par votre intercession, pour confondre ses ennemis, pour sanctifier ses enfants, et pour nous faire tous arriver à la gloire, où nous conduise , etc.
PauluSf servus Jesu Christi, vocatus apostolus.
Paul , serviteur de Jésus-Christ , appelé à l'apostolat. Epiire aux Romains , ch. 1.
C'est, Chrétiens, tout l'éloge du grand apôtre que vous honorez entre tous les Saints, sous le titre de votre glorieux patron ; ce fut Tapôtre par excellence, et en cette qualité il a été le maître du monde, l'oracle de TEglise universelle, Tun des fondateurs, ou, pour mieux dire, Fun des fondements de notre rehgion ; un homme de miracles, et dont la personne fut le plus grand de tous les'miracles ; un autre Moïse par les visions et les révélations divines, un second Elle par les transports et les ravissements, un ange delà terre qui n'eut de conversation que dans le ciel; un disciple, non plus de Jésus-Christ mortel, mais de Jésus-Christ glorieux ; un vaisseau d'élection, remph, comme dit saint Chrysostome, de toutes les richesses de la grâce ; le dépositaire de l'Evangile, l'ambassadeur de Dieu. Mais il supprime tout cela, ou plutôt il comprend et il abrège tout cela, en disant qu'il est le serviteur de Jésus-Christ : Paulus, servus J(^su Christi. Arrêtonsnous donc à cette parole , qui exprime les plus nobles sentiments de son cœur ; et puisque la solennité de ce jour nous engage à le louer, louons-le selon ses inclinations. Ne disons point, avec saint Jérôme, que le nom de Paul est un nom de victoire, et que ce grand Saint commença à le porter après la première de ses conquêtes apostoliques, qui fut le proconsul Paul
iAO POUR LA FÊTE DE SAINT PAUL.
gagné à Jésus-Christ ; comme les Scipions dans Rome prenaient le nom d'Africain après avoir dompté l'Afrique. Laissons tout ce que les Pères de r Eglise ont dit de plus avantageux et de plus magnifique à la gloire de cet apôtre; et disons seulement qu il a été le serviteur de Jésus-Christ : Paulus, servus Jesu Christi. Ce qui rend un serviteur recommandable, c'est le zèle pour les intérêts de son maître : voyons jusqu'à quel point il a eu ce zèle, et tâchons de Texciter en nous. Je prêche saint Paul, Chrétiens ; mais mon dessein est de le prêcher par lui-même ; c'est de lui-même que j'emprunterai toutes les preuves : lui-même parlera pour soi, lui-même rendra témoignage de ses actions et de sa vie, et nous recevrons ce témoignage avec respect ; car nous savons qu'il est véritable, et nous pouvons dire de lui, aussi bien que du disciple bien-aimé : Et scimus quia verum est testimonium ejus ^ J'ai besoin d'un secours extraordinaire; il s'agit de parler du serviteur de Jésus-Christ : adressons-nous à celle qui s'appela la servante du Seigneur, lorsqu'elle fut déclarée Mère de Dieu. Ave, Maria,
Il n'y a point de vertu qui n'ait ses degrés de perfection, selon lesquels elle doit être mesurée, et qui, dans les sujets où elle se trouve, ne soit capable de certains accroissements , par où l'on peut juger de son mérite. Comme nous parlons d'une vertu peu connue dans le monde , et encore moins pratiquée, qui est le zèle, je dis le zèle chrétien que nous devons tous avoir dans l'exercice de notre ministère, il est important d'en distinguer d'abord les différentes obligations; et , pour en avoir une idée plus juste, de les reconnaître dans un grand exemple. Tel est celui de saint Paul, qui nous les rendra même sensibles : j'en trouve trois, marqués par saint Grégoire pape, dans ses instructions pastorales. Car tout homme, dit ce saint docteur, qui veut être un serviteur et un ministre fidèle, et qui aspire à la perfection de cette qualité , est obligé à trois choses : il doit accomplir son ministère, il doit honorer son ministère, et quand la nécessité l'exige, il doit même se sacrifier pour son ministère : trois devoirs qui se surpassent par degrés, et dont le second ajoute autant au premier, que le troisième enchérit sur le second ; car honorer son ministère, c'est quelque chose de plus que l'accomplir : et se sacrifier pour son ministère, c'est encore plus que l'honorer; mais quand tout cela se joint ensemble, on peut dire que le zèle est au plus haut point d'excellence qu'il puisse avoir. Or c'est ce que je découvre dans saint Paul, et ce qu'il me sera aisé de vous faire voir. Saint Paul a été le fidèle serviteur de Jésus-Christ : Paulus, ser' vus Jesu Christi : pourquoi? parce qu'il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat, parce qu'il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat, et parce qu'il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat. Comprenez ceci, s'il vous plaît : il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat par la prédication de l'Evangile ; il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat parla conduite qu'il a tenue dans la prédication de l'Evangile; et il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat, par les persécutions qu'il a soutenues, et par ses souffrances
' Joan., 21.
dans la prédication de TEvangile. Voilà tout mon dessein. Encore une fois, Chrétiens, ne considérez pas ce discours comme un simple éloge qui se termine à vous donner une haute estime de saint Paul. Je vous l'ai dit : c'est un discours de religion , c'est une règle pour former nos mœurs , c'est un exemple que Dieu nous propose, et qu'il veut que nous nous appliquions.