DEUXIÈME PARTIE
Comme il est de la foi que la grâce , qui est le principe du mérite, doit par conséquent précéder en nous tout mérite, aussi est-ce pareillement un point de foi que le choix que Dieu fait de nous doit , par une absolue nécessité , précéder le choix que nous faisons de Dieu. Et voilà pourquoi saint Bernard, instruisant une épouse de Jésus-Christ, et lui donnant une juste idée de sa vocation , en concluait toujours pour elle l'obligation in-
' Psalm. 143. — • Ibid.
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dispensable où elle était de marcher saintement devant Dieu , et de se tenir dans une profonde humilité, accompagnée d'une vive reconnaissance , par ce raisonnement invincible : Nisi enim priùs quœsita, non quœreres ; siciit nec eligeres , nisi electa ^ : car, lui reraontrait-il , quelque fidèle et quelque fervente que vous puissiez être dans la voie de Dieu , vous ne chercheriez pas Dieu , si Dieu le premier ne vous avait cherchée ; et vous n'auriez pas l'avantage de Favoir choisi, s'il n'avait eu auparavant la bonté de vous choisir lui-même, en vous prévenant par sa grâce, et en vous attirant à son service. Appliquons-nous , mes chers Sœurs , cette grande vérité; et , remontant jusqu'à la source des miséricordes de notre Dieu, entrons dans les desseins de son aimable providence sur nous quand il nous a appelés à la religion. Les voici. Dieu nous a choisis, afin que nous soyons dans le monde , je dis dans le monde chrétien , son peuple particulier : Et Dominus elegit te hodiè , ut sisei populus peculiaris. Qu'est-ce à dire, son peuple particulier? Saint Paul nous l'apprend en deux mots, dans ce beau passage de FÉpître aux Ëphésiens , Elegit nos in ipso, ut essemus Sancti et immaculati in conspectu ejus^. J'avoue que saint Paul parlait là des chrétiens en général; mais du reste, il est évident quil parlait des chrétiens parfaits , et qu'ainsi sa proposition convenait encore mieux à ceux et à celles qui , dans la suite des temps , devaient renoncer au monde , pour embrasser la profession religieuse , puisque c'est dans la profession religieuse que se trouvent plus communément les parfaits chrétiens. C'était donc vous et moi , mes chères Sœurs, que l'Apôtre de Jésus- Christ avait surtout en vue, lorsqu'il disait : Elegit nos, ut essemus Sancti et immaculati. Entre les élus mêmes , Dieu nous a élus , afin que nous soyons Saints; il nous a élus, afin que nous soyons irrépréhensibles; et j'ajoute, suivant la même pensée : Il nous a élus , afin que nous servions d'exemple aux chrétiens du siècle ; il nous a élus , afin qu'au milieu d'eux nous paraissions comme la lumière du monde et comme le sel de la terre. Définition très-naturelle et très-vraie de l'état religieux. C'est le peuple saint du Seigneur : en comparaison des mondains, c'est le peuple sans tache et sans reproche, c'est le peuple suscité et prédestiné pour être le modèle des chrétiens ; c'est le peuple établi de Dieu pour confondre les erreurs et l'infidélité du siècle , et pour en arrêter la corruption : en un mot , c'est le peuple de Dieu particulier, dont les Israélites n'ont été que la figure. Voilà, dis-je, âmes rehgieuses, à quoi se termine le choix que Dieu a fait de nous. Encore quelques moments de votre attention.
Dieu nous a choisis, afin qu'en qualité de religieux nous soyons son peuple saint : Elegit nos, ut essemus Sancti. Choix adorable, qui nous a séparés du monde profane , pour nous associer, si j'ose m'exprimer de la sorte, à la sainteté de Dieu même : Sancti estote, quia ego Sanctus sum ^. Car Dieu , dans le fond de son être , était Saint et le Saint des saints , il voulait , dit saint Chrysostome , et il devait être servi par des Saints. Or c'était l'état religieux qui , par une divine fécondité , devait produire ce nombre de Saints que Dieu voulait former pour la perfection de son culte.
' Beni. -^ î Ephcs., 1. — ^Levit., II.
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C'était l'état religieux qui, dans la retraite etdansréloignementdu monde, devait élever cette multitude de Saints éprouvés , de Saints mortifiés , de Saints consommés en toute sorte de vertus , de Saints victorieux du monde et d'eux-mêmes , tels qu il les fallait à Dieu , pour être servi en Dieu. David se plaignait autrefois , et gémissait de ce qu'il n'y avait plus de Saints dans le monde. Sauvez-moi, Seigneur, s'écriait-il, touché des progrès que faisait le vice , et des désordres qu'il voyait croître de jour en jour : sauvez-moi , parce qu'il n'y a plus de Saints dans le monde. Or qu'est-ce que le monde, sinon un enfer, du moment qu'il n'y a plus de Saints? Salvumme fac , Domine , quoniam defecit Sanctus^ . Telle était la prière de ce saint roi , dans l'ardeur de son zèle , à la vue des iniquités du monde. Mais , par un sentiment bien contraire , je me console aujourd'hui de ce que , malgré les iniquités du monde , il y a encore des Saints dans le monde. Car tandis que je vois des communautés de vierges consacrées à Dieu , et uniquement appliquées à remplir les devoirs de leur vocation , des communautés qui se distinguent par leur inviolable et constante régularité, qui édifient l'Église, et qui sont de celles que saint Cyprien appelait la plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ ; tandis que je vois des maisons religieuses de ce caractère (or il y en a) , je dis hardiment et sans crainte : Non, la main du Seigneur n'est pas raccourcie ; et, malgré l'envie du démon , il ne laisse pas d'y avoir encore des Saints. Comme il y en a dans le ciel que Dieu glorifie , il y en a sur la terre qui glorifient Dieu , et ce sont au moins, mes chers auditeurs, ces chastes épouses du Sauveur, qui se vouent à lui comme à leur unique époux ; ces âmes pures , qui , possédées de l'esprit de Dieu , font un divorce éternel et solennel avec le monde ; ces élues rachetées d'entre les hommes , pour être , dans les familles où elles sont nées , comme les prémices offertes au Dieu qu'elles adorent ; ces vierges dont les vêtements , blanchis dans le sang de l'Agneau , n'ont jamais été souillés , et qui , tout innocentes qu'elles sont , s'imposent tout le joug de la pénitence. Voilà les Saintes de Dieu sur la terre : Sanctis quœ sunt in terra ejus ^. Tout le reste du monde, si vous voulez, est corrompu; et je consens qu'indignés des scandales dont le monde est plein , vous disiez avec le Prophète : Tous se sont égarés , Omnes declinaverunt ^ : tous , en quittant Dieu , se sont livrés aux plus abominables désirs : Abominabiles facti sunt in studiis suis'*: Il n'y en a pas un qui ne vive dans le dérèglement , pas un qui ne se fasse de ses passions de secrètes idoles ; Non est qui faciat bonum , non est usque ad unum^. Oui , je consens que vous parliez de la sorte, pourvu que vous en exceptiez ces saintes filles qui suivent des voies si opposées à celles du monde , et qui par là , se préservant de sa contagion , ne peuvent avoir aucune part à cet égarement universel : pourvu que vous reconnaissiez que dans leurs personnes Dieu s'est réservé des servantes fidèles, qui n'ont point fléchi le genou devant Baal ; de sincères adoratrices qui le servent en esprit et en vérité , et qui, jour et nuit occupées du soin de lui plaire, lui font aux dépens d'elles-mêmes des sacrifices dont il n'y a que lui seul
• Psalm. II. — ' Ibid., 15. — * Ibid., 13. — " \h\A. — * ll,kl.
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qui sache le prix et le mérite. Car voilà toujours, mes chères Sœurs, la fin pour laquelle Dieu vous a choisies.
Je dis plus : Dieu nous a choisis, afin que dans le monde chrétien nous soyons irrépréhensibles : Ut essemus Sancti et immaculati. Car dans Fétat religieux, une sainteté ordinaire ne nous suffit pas ; il nous faut une sainteté irréprochable, une sainteté à T épreuve de toute censure, une sainteté où le monde critique ne puisse découvrir aucune tache , j'entends de ces taches honteuses qui déshonorent notre profession : pourquoi ? parce qu'il nous faut une sainteté propre à confondre le libertinage du monde et son impiété. Or jamais notre sainteté ne sera-t-elle , si elle ne monte jusqu'à ce degré d'irrépréhensibiUté. Et en effet, c'est par ce motif que saint Pierre engageait les premiers fidèles à se conduire parmi les Gentils d'une manière qui les mit à couvert, non-seulement de tout blâme, mais de tout soupçon , afin , leur disait-il , mes Frères , que vous fermiez ainsi la bouche aux hommes ignorants et insensés, c'est-à-dire aux ennemis de la foi : Ut benè facientes , obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam ^ C'est par cette même raison que saint Paul conjurait les ministres de l'Église d'être des hommes sans reproche, afin, reprenaitil , que nos adversaires , qui étaient les païens et les idolâtres , n'ayant aucun mal à dire de nous , soient forcés de nous respecter et de glorifier Dieu dans nous : Ut is qui ex adverso est , vereatur, nihil habens malum dicere de nobis^. Or voilà justement, mes chères Sœurs, ce que Dieu demande de vous et de moi : car les mondains , au milieu desquels nous vivons , ne sont pas moins attentifs à nous observer, ni moins déterminés à nous censurer, que l'étaient alors les païens et les idolâtres à l'égard des premiers fidèles ; et nous ne sommes pas moins obligés , comme religieux, à confondre, par l'intégrité de notre vie, l'injuste et maligne critique des libertins d'aujourd'hui , que Tétaient les chrétiens de ce tempslà à confondre celle du paganisme : comme religieux , la cause de Dieu et de son service n'est pas moins entre nos mains , et j'oserais bien dire qu'elle y est encore plus. C'est donc à nous de la soutenir par l'excellent moyen que je vous marque , et le voici. L'erreur des mondains , par exemple , est de se figurer que la piété , dans les vues secrètes de la plupart de ceux qui la pratiquent , n'est qu'un raffinem.ent spécieux d'intérêt ou de vanité: c'est à nous de les convaincre d'ignorance, en leur faisant voir dans la religion des âmes solidement humbles, qui , bien loin d'y chercher l'éclat , font leurs plus chères délices de s'y ensevelir, et d'y mener une vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu ; des âmes plus que désintéressées , ou dont l'unique intérêt est de n'avoir plus dans le monde nul intérêt : Ut obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam. La malignité des impies et des libertins est de décrier les serviteurs de Dieu par certains endroits faibles qu'ils leur reprochent , et dont ils font contre eux le sujet de leurs railleries : c'est à nous d'éviter ces faibles , et pour l'honneur de la religion, duquel nous devons personnellement répondre, de ne donner sur nous aucune prise : Ut nihil hobeant malum dicere de
* I Pelr,, 2. — ' Th., 2.
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nobis. Ainsi en usaient ces premiers chrétiens révérés par les païens mêmes, et à qui , comme religieux , nous avons dû succéder. Capitenos, disaient-ils , ou plutôt disait en leur nom le grand Apôtre , en faisant aux Gentils un saint défi : Capite nos : neminem lœsimus , neminem circum^ venimus ^ : Examinez- nous bien : nous n'avons fait tort à personne, nous n'avons ni offensé ni trahi personne : qu avez-vous à nous objecter qui puisse nous faire rougir, ou qui soit indigne de nous ? voilà de quoi ils se piquaient : l'irrépréhensibilité de leur conduite était la gloire , tout ensemble , et de leur Dieu et de leur profession ; par là ils désarmaient l'impiété, et par là ils triomphaient de la calomnie. Or, grâce au Seigneur, FÉglisê chrétienne est encore aujourd'hui en possession du même avantage. Mais à qui est-ce surtout qu'elle en est redevable ? A ces ferventes communautés dont je viens de vous parler, à ces monastères où règne Tesprit de Dieu ; car sans chercher des exemples ailleurs que dans cette sainte maison , quel droit ces vierges qui m'écoutent n'auraient-elles pas de dire aux mondains , comme saint Paul : Capite nos : Informez-vous de notre vie tant qu'il vous plaira ; et toute votre malignité n'y trouvera rien dont elle puisse se prévaloir contre la profession que nous faisons d'être les épouses de notre Dieu ? Mais parce que leur humilité ne leur permettrait pas , peutêtre , de tenir ce langage , quoique vrai , quel droit , mes chers auditeurs , n'aurais-je pas moi-même de vous le produire, pour vous faire un défi pareil à celui de saint Paul , en vous disant : Considérez bien ces servantes de Dieu ; et , sans leur faire aucune grâce , ce que je n'ai garde de vous demander pour elles , rendez-leur la justice qui leur est due, et confesser qu'elles sont au-dessus de la plus rigide censure. Et en effet , qui de vous les accusera d'ambition? qui de vous les soupçonnera d'hypocrisie? qui de vous les reprendra d'aucun de ces vices par où la vertu tous les jours devient si douteuse et même si odieuse dans le monde ? Il n'y a , dans toute' leur conduite , ni artifice , ni déguisement , ni affectation , ni ostentation, ni politique , ni intrigue : quel reproche auriez-vous donc à leur faire, et par quel endroit pourriez-vous éluder ou affaiblir l'argument que saint Paul tirait de là pour la condamnation de votre vie lâche et mondaine ? Or voilà , mes chères Sœurs , à quoi vous et moi nous devons aspirer dans la religion , à être de ces sujets irrépréhensibles. Il y a plus encore.
Dieu nous a choisis , afin qu'en qualité de religieux , nous servions de modèle aux chrétiens du siècle; c'est-à-dire afin que les chrétiens du siècle apprennent de nous ce qu'ils sont, ou plutôt ce qu'ils doivent être ; afin qu'ils aient toujours dans nos personnes une idée sensible de la perfection à laquelle ils sont appelés ; afin qu'en nous voyant , ils se souviennent , pour ainsi dire, de quelle tige ils sont sortis, et qu'en se mesurant à nous, ils reconnaissent qu'autant qu'ils se sont éloignés de cette tige, autant ils ont dégénéré du christianisme qu'ils professent. Car quelque différence qu'on suppose entre leur état et le nôtre, qu'est-ce qu'un vrai religieux, sinon un chrétien parfait ; et comment un chrétien peut-il espérer d'être parfait chrétien, si, dans le siècle môme où Dieu l'engage, il n'est religieux d'es-
• 2 Cor., 7.
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prit et de cœur? Je serais infini si je voulais approfondir cette pensée ; mais je manquerais au devoir essentiel de mon ministère, si je ne concluais de là, mes chères Sœurs, combien nous sommes spécialement obligés d'être réguliers et fervents dans la pratique de nos devoirs. Car puisqu'en qualité de religieux, nous sommes choisis pour être les modèles des chrétiens du siècle, je dis les modèles vivants de la sainteté de leur profession, que serait-ce si nous-mêmes nous venions à négliger la nôtre, et à nous oublier ? jusqu'à quel point nos infidélités et nos tiédeurs , par les funestes conséquences qu'en tireraient les mondains, n autoriseraient-elles pas leurs désordres, et jusqu'à quel point leur hbertinagene se prévaudrait-il pas de nos moindres relâchements? Si le sel se corrompt, disait Jésus-Christ, avec quoi empêchera-t-on tout le reste de se corrompre ; et si dans l'Église de Dieu ce qui devait être lumière devient ténèbres, que sera-ce des ténèbres mêmes? Or c'est vous, ajoutait notre divin Maître, en parlant à ceux qui avaient tout quitté pour lui, c'est vous qui êtes ce sel de la terre : Vos estis sal terrœ. C'est vous qui, destinés pour éclairer et pour édifier, êtes la lumière du monde : Vos estis lux mundi. Sel de la terre qui n'est plus bon à rien dès qu'une fois il a perdu sa force ; lumière du monde qui, venant à s'éteindre ou à s'obscurcir, selon la parabole du Sauveur, laisse tout le corps obscur et ténébreux. Ma consolation est de parler aujourd'hui à des vierges prudentes, zélées, vigilantes , qui sont bien à couvert de ce re^ proche ; à des épouses du Fils de Dieu, dont la sainte vie est dans la maison du Seigneur un flambeau ardent et luisant , un sel pur et incorruptible, dont la vertu est à l'épreuve de toute l'iniquité du siècle.
De là, mes chères Sœurs, Dieu nous a choisis, afin que nous soyons dans la loi de grâce son peuple particulier, comme les Israélites l'étaient dans l'ancienne loi. Car c'est par là qu'on les distinguait, et qu'entre tous les peuples de la terre on les regardait comme le peuple de Dieu : pourquoi? parce que c'était à eux, dit saint Paul, qu'appartenait l'adoption des enfants, la gloire, l'alliance, le culte, la loi, les oracles de Dieu et ses promesses : Quomm adoptio est fdiorum, et gloria, et testamentiim, et legislatio, et obsequium, et promissa \ Or, après le choix que Dieu a fait de nous par la vocation religieuse, tout cela nous convient encore plus qu'à eux. L'adoption des enfants, puisqu'en qualité de pauvres volontaires, nous sommes sans contestation les héritiers primitifs du Père céleste. La gloire, puisqu'en vertu du sacrifice que nous lui faisons de nous-mêmes, nous possédons dans la religion toute la dignité, aussi bien que la sainteté du sacerdoce royal de Jésus-Christ. L'alliance , puisqu étant vierges par état, vous êtes, par un titre solennel, les épouses de cet Homme-Dieu. La loi, puisque, pour l'embrasser dans toute son étendue, non contentes d'en accomplir les commandements, vous y ajoutez les conseils, et les conseils de la plus éminente perfection. Le culte, puisque, libres et dégagées des emplois profanes du siècle, vous êtes uniquement occupées des choses de Dieu. Les promesses, puisque c'est expressément pour vous que le Sauveur du monde a dit : Quiconque aura tout quitté, et s'attachera à me suivre, re-
' Roiu., 9.
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cevra le centuple, et en cette vie, et dans la vie éternelle. Nous avons donc, comme religieux, tous les dons et tous les avantages qu'on peut avoir, pour être dans le christianisme le peuple de Dieu particulier : et au lieu que dans TEcriture Dieu dit aux mondains : Vosnonpopulus meus, Vous n'êtes point mon peuple, et vous êtes indignes de Têtre ; si nous sommes fidèles à la grâce de notre vocation. Dieu nous dit au contraire : C'est vous qui, séparés du monde, méritez déporter cette glorieuse qualité ; c'est vous qui, dévoués à mon service , êtes non-seulement mon peuple , mais l'élite de mon peuple ; c'est vous qui, rachetés de la terre, êtes ce peuple conquis que j'ai choisi pour pubher mes grandeurs, et pour chanter éternellement mes louanges : Populus acquisitionis, ut virtutes annuntïetis e/'us qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum K
Or c'est à ce peuple particulier, ma chère Sœur, que vous allez être associée. Dieu vous a choisie, afm que, par le plus spécial de tous les titres, vous deveniez sa créature. Gomme chrétienne, vous l'étiez déjà, mais vous ne l'étiez pas encore aussi parfaitement , aussi pleinement, aussi absolument que vous pouviez l'être ; et Dieu, par la prédilection qu'il a eue pour votre personne, a voulu que vous le fussiez dans la même étendue de perfection qu'il est votre Dieu. Gomme chrétienne, vous n'étiez qu'un commencement, qu'un essai, et, si j'ose user de ce terme, qu'une ébauche de sa créature ; car c'est ainsi que le Saint-Esprit même s'en explique : Genuit nos verbo veritatis, ut simus initium aliquod creaturœ ejus ^ : Il nous a engendrés comme chrétiens par la parole de la vérité , afm que nous soyons au moins un commencement de cette créature parfaite que sa grâce est capable de former en nous : Ut simus initium aliquod. Mais comme religieuse , vous allez être cette créature parfaite , cette créature à qui rien ne manquera pour être totalement à Dieu, pour être uniquement à Dieu, pour être irrévocablement à Dieu; puisqu'il est vrai qu'on ne peut être plus à Dieu qu'en se consacrant à la religion. Il ne me reste donc qu'à conclure par les paroles de mon texte, et qu'à vous dire, ma chère Sœur, Mémento et ne obliviscaris : Souvenez-vous-en, et ne l'oubliez jamais. Souvenez-vous-en dans les occasions importantes, où il s'agira de remplir les devoirs pénibles de votre état. Souvenez-vous-en dans les épreuves que Dieu voudra laire de vous, quand il sera question de lui donner des marques de votre persévérance. J'ai choisi le Seigneur, et le Seigneur m'a choisie : ces deux pensées vous soutiendront et vous fortifieront. Avec cela, il n'y aura point de difficulté que vous ne surmontiez, point de tentation que vous ne repoussiez , point de chagrin et de dégoût au-dessus duquel vous ne vous éleviez. J'ai choisi le Seigneur, et le Seigneur a bien voulu agréer le choix que j'ai fait de lui; le Seigneur m'a choisie, et par un libre consentement j'ai ratifié le choix qu'il a fait de moi : ces deux pensées, dis-je, vous feront goûter le bonheur de votre état, vous en adouciront toutes les peines, vous exciteront à en acquérir toute la perfection. Souvenez-vous-en durant le cours de la vie, pour vous maintenir dans l'inviolable fidélité que notre Dieu attend de vous. Vous vous en souviendrez aux
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approches de la mort, pour vous animer d'une sainte confianee, à la vue de ce jugement si formidable pour les mondains , mais plein de consolation et de gloire pour les âmes vraiment religieuses. Cest la grâce que je vous souhaite , etc.