SONT PROMISES
Dixt't Petrus adJesum : Ecce îws reliqiiimus omnia , et secuti sumits te : qidd ercjb erit noï4s^ Jésus aulem dixit illis : Amen dico vobis , qiiod vos qui secuti estis me, in regcneralione sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. Et omnis qui reliquerit domum , vel fratres , vel sorovfS , aut patrem , aut matrem , centuplum accipiet, et vitam œlernam possi" débit.
Pierre prenant la parole , dit à Je'siis-Chrisl : Vous voye»: , Seigneur, que nous avons tout quille, et que nous vous avons suivi; quelle récompense en recevrons-nous donc? Jesus- Clirist leur répondit : Je vous dis en vérité qu';<u temps de la résurrection, vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura quitté sa maison , ses frères et ses sœurs, son père ou sa mère, recevra le centuple , et aura pour héritage la vie éternelle. Saint Malth., eh. 19.
De tout l'Évangile, voilà les paroles qui conviennent plus naturellement à la cérémonie pour laquelle nous sommes ici assemblés. Car, dans la pensée des Pères, la vocation des apôtres a été le modèle de la vocation religieuse ; et il est même de la foi que le Fils de Dieu , par ces paroles, a promis aux âmes religieuses ce qu il promettait aux apôtres, puisqu'il a conclu généralement et sans exception, que tous ceux qui, poussés de l'esprit de Dieu, renonceraient au monde comme les apôtres, recevraient comme eux le centuple : Et omnis qui 7'eliquerit domum centuplum accipiet. Paroles, s'écrie saint Bernard, qui, depuis l'établissement du christianisme, malgré l'iniquité du siècle, ont persuadé aux hommes ce que la chair et le sang ne leur avaient point révélé, savoir, le mépris du monde et la pauvreté volontaire. Paroles qui, par une admirable fécondité, ont rempli les déserts de solitaires, les monastères et les cloîtres d'âmes ferventes, l'Église de Dieu de saints et de florissants ordres. Paroles qui, tous les jours encore, dépeuplent TEgypte, et lui enlèvent ses plus riches dépouilles : Hœc sunt verbo. quœ Egyptum spoliant, et optima quœque ejus vasa diripiunt ^ : c'est-à-dire, paroles qui tous les jours arrachent au monde tant d'excellents sujets dont le monde aurait pu se faire honneur, mais dont le monde n'était pas digne, et que Dieu s'était réservés, en les prédestinant pour la religion.
Je ne suis pas venu sur la terre, disait le Sauveur, pour y apporter la paix, mais Tépée, Non veni pacem ^nittere, sed gladium ''^; car je suis venu séparer le père d'avec son fils, et la fille d'avec sa mère : Veni enim
' Bern. ~»Matih., 10,
separare hominem adversus patrem suum, et filiam adversus matrem suam *. Or quelle est Fépée mystérieuse avec laquelle il fait cette séparation ? La parole que je vous prêche, cette parole vive et efficace, cette parole qui pénètre jusque dans les cœurs , et qui convertit les âmes par l'ardeur qu elle leur inspire pour la parfaite sainteté, et par la promesse fidèle et solennelle qu'elle leur fait au nom même de celui qui est Toracle de la vérité : Vivus sermo, converfens animas, et felici œmidatione sonctitatis, et fideli promissione veritatis ^. En un mot, cette parole de saint Pierre à Jésus-Christ, Seigneur, nous avons tout quitté pour vous ; et celle de Jésus-Christ à saint Pierre, Vous recevrez le centuple et vous posséderez la vie éternelle, c'est, dans le sens littéral de TÉvangile, l'épée, ou le couteau de division, qui fait dans les familles chrétiennes ce partage si surprenant, par où les uns deviennent volontairement pauvres, tandis qu'on travaille à enrichir les autres ; les uns s'humilient et s'anéantissent pour Dieu, pendant que les autres s'élèvent aux honneurs du monde ; les uns embrassent une vie austère et pénitente, lorsque les autres cherchent des établissements commodes. C'est là, dis-je, ce qui sépare tous les jours dans la loi de grâce ceux à qui la naissance avait donné les mêmes prétentions et les mêmes droits. Quel bonheur pour moi si, par la vertu de cette même parole, je pouvais aujourd'hui persuader à ceux qui m'écoutent ce saint renoncement au monde, que la seule obligation du baptême, indépendamment de tout autre vœu, rend indispensablement nécessaire pour le salut, en quelque condition et en quelque état que se trouve l'homme chrétien ! C'est votre ouvrage, ô mon Dieu ! et l'exemple de cette jeune vierge, qui va pour jamais se consacrer à vous, est bien plus capable d'y contribuer, que tout ce que j'en pourrais dire. J'ai besoin de votre grâce , et je la demande par l'intercession de Marie. Ave, 31 aria.
C'est une question qu'on propose, comment les apôtres , par la bouche et l'or^-ane de saint Pierre qui fut leur chef, purent dire au Sauveur du monde : Seigneur, nous avons tout quitté, et nous vous avons suivi : eux aui nés pauvres, ne possédaient rien, et qui, pour suivre Jésus-Christ, n'avaient quitté qu'une simple barque. Saint Grégoire, pape, répond que, tout pauvres qu'ils étaient, ils eurent néanmoins droit de parler ainsi, parce qu'en conséquence de leur engagement avec le Sauveur, quoiqu'ils n'essent rien, au moins était-il vrai qu'ils avaient quitté, pour le suivre, le désir d'avoir, l'espérance d'avoir, la puissance même et la faculté d'avoir. D'où ce saint docteur concluait qu'en suivant le Fils de Dieu, ils avaient donc quitté autant de choses qu'ils en auraient pu désirer, qu'ils en auraient pu espérer, qu'ils en auraient pu même acquérir et posséder, s'ils ne s'étaient pas attachés à lui : Undè et à sequentibus tanta der dicta sunt, quanta à non sequentibus desiderari potuerunt ^ Voilà , mes chers auditeurs ce qui m'a toujours paru un des plus touchants et des plus consolants'principes de notre religion. Nous avons affaire à un Dieu qui nous tient compte, non-seulement de nos actions et de nos œuvres,
• Maltli., 10. — ' Bern. — ' Grey.
mais de nos intentions et de nos désirs ; non-seulement de ce que nous quittons pour lui , mais de ce que nous voudrions quitter. Nous servons un Dieu qui entend , qui agrée et qui récompense, comme dit l'Écriture, la préparation même de nos cœurs ; un Dieu qui répond à nos désirs par les magnifiques promesses d'un royaume qu'il nous destine, d'un centuple qu'il nous assure, d'une vie éternelle dont il nous déclare les légitimes possesseurs.
Deux pensées auxquelles je m'arrête, et qui vont partager ce discours : car mon dessein, mes chères Sœurs, est de vous montrer, premièrement à quoi nous avons renoncé pour Jésus-Christ, et secondement à quoi Jésus- Christ s'est engagé pour nous : à quoi nous avons renoncé pour Jésus- Christ, et par là vous comprendrez quelle est la grâce essentielle de votre vocation ; à quoi Jésus-Christ s'est engagé pour nous, et par là vous connaîtrez combien cette vocation vous doit être précieuse. Sujet important, non-seulement pour votre édification et pour la mienne, mais pour l'instruction générale des chrétiens du siècle qui vont être témoins de cette cérémonie. En vous faisant voir à quoi nous avons renoncé pour Jésus- Christ, je leur donnerai les justes idées qu'ils doivent avoir des biens de la terre, auxquels ils ne renoncent pas : et en vous apprenant à?quoi Jésus- Christ s'est engagé pour nous, je leur découvrirai ce qui doit réveiller leur foi, exciter leur zèle , intéresser leur piété, et les piquer d'une sainte envie, par la comparaison que je ferai de leur état et du vôtre. Deux points, encore une fois, auxquels il est impossible qu'ils ne prennent part comme chrétiens. Mais voici, mes chères Sœurs , le fruit principal qui nous regarde, vous et moi, comme religieux. Avoir tout quitté pour suivre Jésus- Christ, c'est pour nous une grâce inestimable , et le fonds de toutes les grâces dont nous sommes redevables à Dieu dans la religion ; première vérité : avoir droit, comme nous l'avons , aux promesses de Jésus-Christ , c'est déjà pour nous une récompense et une béatitude commencée , mais qui doit être soutenue par notre ferveur, et que nous devons continuellement mériter dans la religion ; seconde vérité : voilà, si j'ose m'exprimer ainsi, les deux termes de cette vocation divine qui nous a séparés du monde, ce qu'il nous en a coûté, et ce que nous y avons gagné : ce qu'il nous en a coûté, non pas pour nous en repentir, mais pour en bénir le Seigneur, et pour nous en féliciter ; ce que nous y avons gagné, pour n'en pas perdre le mérite, mais pour en tirer tout l'avantage que Dieu a prétendu nous y faire trouver. Reliqidmus omnio, et seciiti sumus te : Nous avons tout quitté pour vous, Seigneur; mais qu'avons-nous quitté en quittant tout? c'est ce que j'expliquerai dans la première partie. Quid ergô erit nobis ? Que nous en reviendra-t-il donc, et quelle sorte de récompense en devonsnous attendre? c'est ce qu'il nous importe de savoir, et à quoi je répondrai dans la seconde partie. Donnez à l'une et à l'autre votre attention.