‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 87 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

De tous les degrés d'obéissance , le premier et tout ensemble le dernier est ce que j'appelle, après saint Bernard , Fobéissance de l'action. C'est le premier degré , puisque c'est par là que le religieux doit commencer, et qu'il ne peut être obéissant et soumis , s'il n'accomplit , autant qu'il lui est possible et selon qu'il lui est possible , l'ordre de son supérieur. Mais , dans un autre sens, c'est le dernier degré , je veux dire le moins parfait, puisque cette action , cette exécution pure et simple n'est encore proprement que le corps de l'obéissance, et qu'il y a, comme nous l'expliquerons dans la suite, un esprit qui doit l'animer et la vivifier.

Quoi qu'il en soit , mes chères Sœurs , cette première obéissance est absolument nécessaire et d'une obhgation indispensable : comment cela? Vous l'entendez, ce me semble, assez. Car je sais bien, et je conviens avec vous , qu'antécédemment à l'état que vous avez embrassé , ces règles , ces observances , ces volontés d' autrui à quoi vous êtes sujettes , n'étaient point des devoirs pour vous. Je sais de plus , et je reconnais à votre gloire, ou plutôt à la gloire de Dieu qui vous a inspirées et appelées , que si vous vous êtes assujetties à ce joug de l'obéissance religieuse , c'est de vousmêmes et avec une pleine liberté. Mais aussi vous n'ignorez pas qu'en conséquence du choix que vous avez fait, qu'en conséquence du vœu que vous avez prononcé , ce qui vous était libre vous est devenu d'une nécessité rigoureuse ; que vous avez renoncé à tout droit sur vos personnes et sur votre conduite ; que vous f avez cédé , déposé entre les mains des ministres de f Ëghse, qui , solennellement et à la face des autels . au nom de

' 1 Cor., 18.

SUR l'obéissance religieuse. 473

Dieu et au nom de la religion , ont reçu votre sacrifice. D'où il s'ensuit que vous n'êtes plus à vous, mais au saint ordre où vous vous êtes dévouées , Non estis vestri ^ ; que vous êtes liées par votre profession encore plus particulièrement et plus étroitement que ne l'est le reste des chrétiens par les promesses du baptême, Propria professione teneris ^ ; en un mot , que vous êtes dépendantes : or dépendre , c'est , selon la plus claire notion et la plus évidente, être tenu d'obéir; et qu'est-ce qu'obéir, si ce n'est pas faire ce qui est légitimement ordonné? Donc , obéissance de l'action , obéissance si essentielle qu'il y va du salut , qu'il y va d'une éternelle damnation. Ce que je dis , mes chères Sœurs , et ces expressions dont je me sers , quelque fortes qu'elles soient , ne vous étonneront point dans la préparation de cœur où vous vous trouvez , et dans la disposition où je ne puis douter que vous ne vous soyez toujours maintenues , d'exécuter à la lettre tout ce qui vous est prescrit , et de vous y conformer par la pratique la plus exacte et la plus fidèle.

Mais vous allez plus loin , et vous voulez savoir quelles sont les qualités de cette obéissance, qui consiste précisément à pratiquer et à faire. Car est-ce assez d'agir? Je prétends que ce doit être une obéissance prompte et sans retardement , universelle et sans bornes , indépendante de toute considération humaine, et sans acception de personne. Appliquez- vous à toutes ces circonstances. Il n'y en a pas une qui ne renferme une leçon particulière , et qui ne soit comprise dans le point que je traite.

Obéissance prompte et sans retardement : pourquoi? Parce que , dès que Dieu parle , ou par lui-même , ou par la bouche de ses ministres qu'il a constitués en sa place , il n'y a point à délibérer ni à différer : toute lenteur alors ne lui peut être qu'injurieuse , et il est de l'honneur et de la grandeur du maitre qui ordonne , d'être obéi sur l'heure , et de ne pas voir dans l'accomplissement de ses volontés le moindre délai. Et en effet, hésiter d'obéir, tarder à obéir, remettre à obéir, c'est faire l'œuvre de Dieu avec néghgence , c'est ne s'en acquitter que par une espèce de violence et de contrainte : or, suivant l'oracle et la menace du Saint-Esprit , malheur à quiconque fait négligemment l'œuvre du Seigneur : Maledictus qui facit opus Dei negligenter^. Quel est donc le vrai obéissant? dit saint Bernard. Celui qui ne balance jamais , qui ne réplique jamais , qui ne demeure jamais, qui ne connaît point de lendemain, quand il peut satisfaire dans le jour présent ; qui n'attend pas môme qu'on lui commande , mais prévient le commandement aussitôt qu'il l'a entrevu, et court au devant ; enfin , qui , par une vigilance continuelle , et transporté d'une sainte ardeur, a toujours les yeux ouverts pour considérer, toujours les oreilles attentives pour écouter, toujours les pieds levés pour marcher, toujours les mains préparées pour travailler au gré des supérieurs qui le gouvernent , et qui peuvent disposer de lui comme il leur plaît. Que fautil pour lui faire tout quitter, et pour l'appeler ? Le son de la cloche, et le premier son, rien davantage. Ce son de la cloche , c'est pour lui la voix de Dieu : l'a- t-il entendue , il y répond dans le moment, et il la suit : Ut au-

• l Cor , C. — ' Bein. — 3 Jeiem., 48.

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