‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 101 sur 114 · LE DIX-HUITIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIX-HUITIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

Sujet. Jésus voyant leur foi, dit au paralytique : Mon fils, prenez confiance, vos péchés

vous sont remis.

C'e>t ce que Dieu dit encore au pécheur pensent ; mais un des caractères de la vraie pénitence, c'est la fermeté et la persévérance.

Division. Rechute dans le péché, marque d'une fausse pénitence à l'égard du pa-sé, première partie ; obstacle à la vraie pénitence dans l'avenir, deuxième partie.

Première partie. Rechute dans le péché, marque d'une fausse pénitence à l'égard du passé. Si votre pénitence a été telle que vous la supposez, c'est àdire une vraie pénitence , il faut que vous vous soyez engagé à Dieu par une protestation sincère cle ne plus retomber dans !e péché qui vo'is avait attiré sa disgrâce. Celle protestation sincère a renfermé une volonté sincère. Or est-il croyable qu'un homme ait eu une volonté déterminée et. absolue de renoncer à son péché, et qu'immédiatement après, lâchement et sans résistance, il y retourne tout de nouveau ? Une volonté bien résolue est plus efficace. Ainsi raisonnait saint Bernard , et avant lui Terluilien.

A cela on peut opposer trois choses. Car premièrement ne peut-il pas arriver que la volonté change? I! faut convenir que ce changement Cat possible; mais il tant en même temps ajouter que quand les rechutes sont subites et fréquentes, il n'y a nulle vraisemblance que ce soit par un tel changement. En voici ta preuve : c'est que dans tout le reste de notre conduite on ne voit point de ces légèretés si surprenantes.

Secondement on dit : Nous sommes faibles, et, malgré la sincérité de nos résolutions, la violence de nos posions nous en! raine. Il est vrai que nos passions sont de puissants ennemis ; mais si la promesse que nous avons faite à Dieu de persévérer d«ns sa grâce a éié véritable, elle a dû être pi is forte que ces ennemis prétendus, et sa propriété la plus essentielle était d;i les pouvoir surmonter. Or comment me persuaderai-jc qu'elle a en cette vertu , lorsqu'il ne m'en parait rien? Jugez de vous par vous-même. Vous sortez d'une ma'adie, et vous craignez une rechute : que ne faites-vous point pour la prévenir? Or le propos que vous avez fait d'éviter la rechute dans le péché, doit être encore plus efficace que r<; détir naturel de conserver votre vie. Oseriez -vous dire qu'il l'a été? El ce qui

doit être une dernière conviciion , c'est que ces mêmes passions auxquelles vous succombez , vous sauriez bien les vaincre et y résister, s'il s'agissait de votre l'or tune et d'un intérêt temporel.

Mais enfin , dit-on en troisième lieu , nous avons gémi , nous avons formé des regrets et des repentirs , nous avons versé des larmes ; et ne sont- ce pas là des actes de pénitence ? Faux principe. Ce sont là, si vous le voulez, des grâces, des désirs de pénitence ; mais ce n'en sont pas toujours les actes. Les Juifs croyaient en Jésus-Christ, et paraissaient s'attacher à lui, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus-Christ , «remarque saint Jean , ne se fiait pas pour cela à eux, parce qu'il les connaissait. Ceci pourra troubler bien des consciences : mais il est bon de les troubler, pour les réveiller de l'assoupissement où elle3 sont.

Deuxième partie. Rechute dans le péché , obstacle à la vraie pénitence par rapport à l'avenir. Ce n'est pas un obstacle invincible , et quand saint Paul dit qu'il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés des lumières du salut, et sont après cela retombés, se relèvent par la pénitence, nous ne devons entendre ce terme d'impossible que d'une impossibilité morale ou d'une extrême difficulté.

Quatre choses rendent la pénitence très-difficile après la rechute. 1° C'est que la rechute éloigne Dieu de nous. Exemple de Samson. Après que Daliia lui eut coupé sa chevelure, il se croyait aussi fort qu'auparavant; mais il ne savait pas, remarque l'Ecriture, que le Seigneur s'était retiré de lui. 2° C'est que la rechute fortifie l'inclination que nous avons au mal; la volonté se pervertit , et l'habitude se forme. 3° C'est que la rechute affaiblit en nous la vertu de la grâce. Les plus grandes vérités ne font presque plus d'impression sur l'esprit d'un pécheur. Il les a cent fois entendues, et autant de fois néanmoins il s'est replongé dans ses premières abominations. 4° C'est que la rechute est d'elle-même et de sa nature essentiellement opposée à la grâce de la conversion ; car elle ajoute à la malice du péché l'ingratitude envers Dieu et le mépris : deux caractères que Dieu a le plus en horreur, et les plus capables de l'endurcir à notre égard, comme nous nous sommes endurcis pour lui.

Conclusion qui regarde deux sortes de personnes : \° que ceux qui , depuis leur pénitence , se sont heureusement soutenus , prennent garde à eux et redoublent encore leur vigilance ; 2° que ceux qui sont retombés ne perdent pas toute espérance. Leur conversion est difficile, mais elle n'est pas impossible : parce qu'elle n'est pas impossible , il faut l'entreprendre ; et parce qu'elle est difficile, il faut faire tous les efforts nécessaires.

Page 1