‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 100 sur 114 · LE DIX-SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

Sujet. Les pharisiens étant assemblés, Jésus leur fit cette question : Que pensez-vous

du Christ?

N'examinons point aujourd'hui ce que c'est que le Christ; la foi nous l'ap-

prend assez : mais voyons ce que c'est que le chrétien qui en doit être le fidèle imita leur.

Division. Qu'est-ce qu'un chrétien? Un homme par état séparé du monde: première partie ; un homme pur élat consacré à Dieu : deuxième partie.

Première partie, lin homme par état séparé du monde. Deux choses font essentiellement requises pour faire un chrétien : la grâce ou la vocation, du côté de Dieu, et une fidèle correspondance à celte vocation ou à cette grâce, du côté de l'homme. Or l'une et l'autre n'ont point de caractère plus marqué que celui de la séparation du monde. Voici donc comment nous devons raisonner. La grâce de la vocaton au christianisme est une grâce de séparation. Ainsi nous l'a enseigné saint Augustin, après Jésus-Christ et saint Paul. Or ia correspondance à une grâce doit ôire conforme à celte grâce. Par conséquent la correspondance à la grâce du christianisme doit être une correspondance de séparation , et voilà comment nous sommes chrétiens. De là s'ensuivent Irois vérités.

1° Il suffit précisément d'êire chrétien , pour être obligé de vivre dans cet esprit de séparation du inonde. Aussi, dès notre haplême, avons-nous renoncé au monde, et les Pères autrefois, pour détourner les fidèles des vains divertissements du s;èc'e et de son luxe , ne leur en apportaient point d'aulre raison , sinon qu'ils étaient, comme chrétiens, séparés du monde. Ne disons donc plus, par une grossière erreur : Je suis du monde, et je ne puis me dispenser de vivre selon le monde. Mais renversons la proposition, et disons : En qualité de chrétien, je ne suis plus du monde, et il ne m'est plus permis de vivre selon le monde.

2° Plus un homme, dans le christianisme, se sépare du monde, plus il est chrétien ; et plus il a de liaison avec le monde, je dis de liaison hors de la nécessité et de sa condition , moins il est chrétien : pourquoi? parce que , selon la différence de ces deux étais, il participe plus ou moins à cette grâce de séparation qui fait le chrétien. Chose si avérée, que ceux qui ont le plus aspiré à la perfection du christianisme se sont retirés dans les cloîtres.

5° 11 est impossible qu'une âme chrétienne se convertisse et retourne véritablement à Dieu , à moins qu'elle ne soit résolue de faire un certain divorce avec e monde , qu'elle n'a pas encore fait; et il y a de la contradiction à vouloir être autant du monde et aussi engagé dans le monde qu'auparavant, et néanmoins à prétendre marcher dans la voie d'une pénitence slm ère qui produise le salut. C'est le monde qui vous a perdu, vous en convenez : il faut donc , pour vous sauver, que vous quittiez le monde? Je ne dis pas précisément le monde en général , mais surtout un ce: tain monde particulier dont vous connaissez îe danger par rapport à vous. Si cette séparation vous est douloureuse, vo"S l'offrirez à Dieu comme une satisfaction de vos attachements criminels. Si le monde en parle , vous mépriserez ses discours. Vous vous occuperez de Dieu et des devoirs de votre état.

Mais encore qu'est-ce que cette séparation du monde que demande le christianisme? Séparation intérieure de l'esprit et du coeur, et séparation même exérieure et corporelle. Sans la séparation intérieure de l'esprit et du cœur, l'extérieure ne sert à rien ; mais aussi , sans la séparation extérieure, du moins à certains temps, l'intérieure ne se peut bien maintenir. Usage des retraites. Séparons-nous du monde avant que le monde se sépare de nous ; séparons-nousen tandis que cette séparation nous peut être méritoire devant Dieu; séparonsnous-en afin que Dieu , dans son jugement, ne nous sépare pas de ses élus. Nous trouverons dans la retraite des consolations plus pures et plus sensibles que toutes les fausses joies du siècle.

Deuxième partie. Un homme par état consacré à Dieu. Sur cela trois considérations : 1° l'excellence de. la consécration du chrétien; 2° l'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose au chrétien ; 5° la lâche particulière qui se répand, en conséquence de cette consécration, sur lous les pèches du chrétien.

4. L'excellence de Sa consécration du chrétien. C'est par l'onction du baptême que nous sommes consacrés à Dieu , niais consacrés en différentes manières

que l'Écriture et les Pères nous ont marquée?. Consacrés comme rois , comme prêtres, comme temples de Dieu , comme enfants de Dieu , comme membres de Dieu.

2. L'obligation indispensable de sainteté que celle consécration impose au Chrétien. Car il faut soutenir tous ces caractères, et par où, si ce n'est par notre sainteté? C'est pour cela que l'Apôtre n'appelait point autrement les premiers (idèles que du nom de Saint*. C'est dans nous, selon le même apôtre, que doit être édifié le temple de Dieu; et comment ce temple de Dieu peut-il être édifié dans nous , sinon par la sainteté? Si les prêtres de l'ancienne loi devaient être Saints, à combien plus forte raison devons-nous travailler à le devenir, puisque nous offrons des victimes beaucoup plus nobles , et l'Agneau même de Dieu ?

3. La la lie particulière qui se répand , en conséquence de cette consécration, sur tous les péché; du chrétien. Car tout péché dans un chrétien est une espèce de sacrilège, puisque c'est la profanation d'une chose consacrée à Dieu et unie à Dieu. Vérité que saint Paul représentait si fortement aux premiers chrétiens. Rien néanmoins de plus ordinaire dans le christianisme que le péché : la corruption y est générale. Qu'avons-nous donc à craindre? c'est que Dieu , qui noya le monde entier dans un déluge universel , pour punir les péchés des hommes, ne laisse le flambeau de la foi s'éleindre parmi nous.

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