L' apprem que les
de si difficile qui ne puisse nous devenir agréable, puisque les Saints y ont trouvé et goûté les plus pures douceurs. Ces pensées réveillent notre courage, et le courage facilite tout.
3. L'exemple des Saints nous oie tout prétexte par où nous pourrions nous défendre d'embrasser la sainteté. Détail des divers prétextes que l'exemple des Saints détruit : ils pouvaient les alléguer aussi bien que nous. Qu'aurons-nous donc à répondre quand Dieu , dans son jugement dernier, nous demandera compte de l'affreuse différence qui paraîtra entre leur vie et la nôtre ?
Compliment au roi.
DEUXIÈME SERMON POUR LA FETE DE TOUS LES SAINTS. Sujet. Les disciples de Je'sus-Christ s'e'tant approchés de lui , il se mit à les enseigner.
Que leur enseignait ce divin Maître ? La science des Saints.
Division. Les Saints ont trouvé le secret d'accorder dans le monde leur condition avec leur religion : première pariie. Les Saints se sont servis de leur religion pour sanctilier leur condition : deuxième partie. Les Saints , par un heureux retour, ont profilé de leur condition pour se rendre parfait* dans leur religion : troisième partie. Telle a été !a science des Saints, et telle doit être la nôtre.
Première partie. Les Saints ont accordé dans le monde leur condition avec leur religion : 1° ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur condition ; 2° ils se sont sanctifiés jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté ; 3° par le moyen môme de la pénitence , iU ont acquis la sainteté dans les conditions où ils s'éi aient engagés sans avoir consulté Dieu, et où le seul mouvement de leurs passions les avait fait entrer.
1. Ils n'ont point cherché la sainteté hors de leur condition ; mais ils s'en sont tenus à la maxime de saint Paul, quand il disait aux Corinthiens : Que chacun travaille à se sanctifier dans l'état et selon l'état où il se trouvait lorsqu'il a embrassé la foi ; car voilà le sens de ce passage : Umsquisque in quâ vocatione vocalus est , in eâ permanent apud Deum. Ainsi les Saints, sans se déranger et sans se déplacer, ont accordé la sainteté , les uns avec la grandeur, et les autres avec l'humiliation; les uns avec l'opulence, et les autres avec la pauvreté, etc. Or ce qu'ils ont fait lorsqu'ils étaient à ma place , pourquoi ne le ferais-je pas comme eux? n'y va-t-il pas de tout mon intérêt?
2. Ils se sont sanctitiés jusque dans les conditions qui semblent les plus opposées à la sainteté : combien se sont sanctifiés au milieu de la cour? combien se sont sanctifiés dans la profession des armes? C'est donc une erreur de croire que ma condition m'empêche d'être Saiit : erreur qui ne sert qu'à nous décourager; au lieu que la pensée qu'on peut se sanctifier dans son état, donne de la confiance et anime. C'est encore une autre erreur, de se persuader qu'on serait plus à Dieu, et qu'on y pourrait plus êire, dans une condition moins exposée; car celle où Dieu vous a appelé est celle où il vous a préparé plus de grâces, et par conséquent la plus sûre pour vous: voilà ce qui a fixé les Saints.
3. Ils se sont sanctifies, par le moyen de la pénitence, dans les conditions mêmes où ils s'étaient engagés sans avoir consulté Dieu , et où le seul mouvement de leurs passions les avait fait entrer. Ne pouvant plus sortir de ces conditions, ils ont cherché dans leur religion une ressource à leur malheur ; et c'a été de pleurer devant Dieu, et de réparer, par une vie plr.s austère, plus exemplaire , plus régulière , le crime de leur imprudence : c'est ainsi que les Saints
ont su accorder leur condition et leur religion. Ce merveilleux accord If un a coûté; mais en peut-il trop coûter pour acquérir une science si salutaire?
Deuxième partie. Les Sainis se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition. Ce que Salomon disait delà sagesse en demandant à Dieu qu'elle travaillât toujours avec lui, les Sainis l'ont pensé de la religion. Elle leur a servi , 1° pour éviter les désordres à quoi leur condition était sujette; 2° pour accomplir les devoirs dont leur condition était chargée.
1. Ils se sont servis de leur religion pour éviter les désordres à quoi leur condition était sujette. Il y a dans chaque condition certains désordres essentiels que la religion seule peut corriger; mais les Saints, en conformant leur condition à leur religion , s'en sont préservés ; sans cela la prospérité les eût éblouis, l'abondance les eût corrompus : mais parce qu'ils s'étaient fait de leur religion comme une armure divine pour se détendre de toutes les tentations, rien ne les a pu pervertir : et voilà ce que les païens mêmes ont révéré. Or puisque je professe la même religion, pourquoi n'en ferais-je pas le même usage?
2. Ils se sont servis de leur religion pour accomplir les devoirs dont leur condition était chargée. Il y a dans toutes les conditions certains devoirs pénibles et morliliants; et, sans la religion, les Saints auraient pris seulement de leurs conditions ce qu'il y avait d'utile et de commode, et se seraient déchargés du reste ; mais parce qu'ils agissaient par principe de religion , ils ont satisfait à tout; et en y satisfaisant , leur religion leur a tout fait rapporter à Dieu. Que vous êtes admirable dans vos Saints , ô mon Dieu ! cl que la science de vos Sainis est profonde et sublime !
Troisième partie. Les Sainis, par un heureux retour, ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion. Ils ont trouvé dans leur condition , 1° de puissants motifs pour s'exciter à la pratique de leur religion ; 2° des moyens de glorilier Dieu et d'honorer leur religion ; 5° des croix dont ils ont fait la matière de leur pénitence , et âei sacrifices qu'ils ont eu le bonheur d'offrir à Dieu dans l'esprit de leur religion. )
1. Des motifs pour s'exciter à la pratique de leur religion. Ce que leur condition les obligeait à faire pour le monde ne suffisait-il pas pour leur apprendre ce qu'ils devaient faire à plus forte raison pour Dieu ?
2. Des moyens pour glorilier Dieu et pour honorer leur religion. Combien ont fait pour Dieu de grandes choses , parce que leur condition les mettait en état de les faite? Si saint Louis n'eût pas été roi , aurait- il porté tant de saintes lois? aurait-il bâti tant d'hôpitaux ? Cependant, sans faire ce que saint Louis a fait, je trouverai toujours dans la médiocrité de ma condition de quoi marquer à Dieu mon zèle et de quoi l'honorer.
3. Des croix dont ils ont lait la matière de leur pénitence, et des sacrifices qu'ils ont eu le bonheur u'offrir à Dieu dans l'esprit de leur religion. Par là ils ont eu dans les conditions les plus relevées, et jusque dans les cours des princes, plus d'occasions de se sanctifier qu'on n'en a partout ailleurs. Soyons soumis et patients comme eux : c'ett par la patience qu'on parvient à la même gloire qu'eux.
Compliment au roi.
Sujet. Je vous dis en vérité que l'heure est venue, et c'est celle-ci, ou les morts entcnriiout la voix du Fils <le Dieu , et où ceut qui l'entendront vivront.
Celle voix du Fils de Dieu , c'est la voix de son sang, qui , dans le sacrifice de l'autel , a été aujourd'hui offert à Dieu pour les morts ; il s'est fait entendre à ces âmes que la justice de Dieu retient dans ie purgatoire , et il leur a annoncé l'heureuse nouvelle de leur délivrance.
Division. Ne pas secourir les âmes du Purgatoire, parce qu'on n'est pas persuadé des peines qu'elles y souffrent, ni qu'il y ait un purgatoire, c'est une conduite aussi déraisonnable qu'elle est pleine d'erreur : première partie. Etre
pefcAdé des peines que souffrent les âmes du purgatoire, et ne pas iravailier à les Courir, c'est une dureté aussi criminelle qu'elle est contraire à la piété et auffttôis mêmes de l'humanité : deuxième partie. Etre disposé à secourir les âmes du purgatoire, et ne se servir pour cela que de moyens inefficaces, c'est un désordre aussi commun qu'il est déplorable dans le christianisme : troisième partie.
Première partie. Ne pas secourir les âmes du purgatoire, parce qu'on n'est pas persuadé des peines qu'elles y souffrent, ni qu'il y ait un purgatoire , c'est une conduite aussi déraisonnable qu'elle est pleine d'erreur. Telle est néanmoins la conduite des hérétiques , et de ceux qui , par libertinage , entrent sur ce point dans leurs sentiments : conduite où il est aisé de découvrir trois grands défauts.
1. Dans un doute de spéculation , ils se mettent au hasard de manquer à un des plus importants devoirs de la justice et de la charité chrétienne ; car enfin les hérétiques, malgré eux, sont forcés de reconnaître que, comme ils n'ont point d'assurance qu'il y ait un purgatoire, aussi n'ont-ils point d'assurance qu'il n'y en ait pas. Or dans un tel doute, conclure à ne point prier pour les morts, est-ce une conduite sage ? Nous qui croyons le purgatoire , nous ne sommes pas pour cela certains que ceux d'entre les morts pour qui nous prions en particulier y soient actuellement; car ils peuvent être, ou dans le ciel, ou dans l'enfer. Cependant nous prions toujours : pourquoi? parce que, comme dit saint Augustin , il vaut mieux s'exposer à faire pour ces âmes des prières superflues, que de se mettre en danger de ne pas faire pour elles des prières nécessaires. Ainsi devraient raisonner les hérétiques.
2. Ils ne prient pas pour les morts , parce qu'ils ne croient pas le purgatoire : mais , tout au contraire, ils devraient croire le purgatoire, parce qu'il est évident, et incontestable qu'il faut prier pour les morts. Rien de plus solidement établi par l'autorité de l'Écriture , par celle des anciens conciles et des Pères , par toute la tradition, que la prière pour les morts. Or, s'il faut prier pour les morts, il y a'donc un purgatoire. Mais pour ne vouloir pas tirer cette conséquence , les hérétiques nient le principe, et, pour le nier, ils rejettent des livres de l'Écriture t> ès-authentiques , et ne défèrent ni aux conciles, ni aux Pères, ni à la tradition.
3. De ce qui est incertain touchant le purgatoire, ils se font un préjugé contre le purgatoire même. Par exemple, ce qui les choque, ce sont certaines peintures sensibles et affreuses qu'on nous en fait. Mais moi , si j'étais à leur place, je me dirais à moi-même : Je ne sais point expressément ni où souffrent les «âmes des morts que Dieu purifie, ni ce qu'elles souffrent , ni comment elles souffrent; mais sans examiner toutes ces circonstances, qui ne sont point essentielles, il me sulïit de savoir qu'elles souffrent , qu'il est juste qu'elles souffrent, et que je puis les soulager dans leurs souffrances. Quel bonheur pour nous, fidèles catholiques, d'être les enfants d'une Église qui ne nous abandonne, ni pendant notre vie, ni après notre mort!
Deuxième partie. Être persuadé des peines que souffrent les âmes du purgatoire, cl ne pas travailler à les secourir, c'est une dureté aussi criminelle qu'elle est contraire à la piété et aux lois mêmes de l'humanité; elle blesse trois intérêts différents : 1° l'intérêt de Dieu ; 2° l'intérêt de nos frères ; 3° notre propre inlérèf.
•1. L'intérêt de Dieu : car, délivrer une âme du purgatoire, c'est procurer un accroissement de gloire à Dieu ; c'est autant glorifier Dieu qu'on le glorifie par la conversion des infidèles ; e'est le glorifier comme Jésus-Christ le glorifia lorsqu'il descendit dans les limbes pour en tirer les âmes des anciens patriarches ; c'est, pour ainsi dire, tirer Dieu lui-même d'un état violent où il se trouve, obligé qu'il est de punir des âmes qui lui sont chères , et qu'il voudrait rassembler dans son soin.
2. L'intérêt de nos frères : ils souffrent , et ce sont nos proches, nos parents, nos amis.
3. Notre propre intérêt; autant d'âmes que nous délivrons, ce sont autant de
prolecteurs que nous avons dans le ciel. Mais si nous abandonnons ces âmes, Dieu permettra que nous soyons nous-mêmes un jour délaissés.
Troisième partie. Être disposé à secourir les âmes du purgatoire , et ne se servir pour cela que de moyens inefficaces, c'est un désordre aussi commun qu'il est déplorable dans le christianisme. On ne laisse pas d'avoir pour les morts quelque piété ; mais , 1° piété stérile et infructueuse ; 2° piété d'ostentation et de faste ; 3° piété toute païenne ; 4° piété qui , quoique chrétienne , ne produit que des œuvres mortes et sans mérite.
1. Piété stérile et infructueuse. Beaucoup de larmes et peu de prières : c'est même sur d'autres qu'on se décharge absolument du soin de prier.
2. Piété d'ostentation et de faste. On ne pense qu'à l'extérieur des devoirs funèbres, aux cérémonies d'un deuil, etc.
3. Piété toute païenne. Elle n'a que la chair et le sang pour objet, sans agir dans les vues de la foi.
k. Piété qui, quoique chrétienne, ne produit que des œuvres mortes et sans mérite. On prie , mais sans être en grâce avec Dieu. Tout ce que nous faisons alors sont des œuvres mortes pour nous-mêmes : faut-il s'étonner qu'elles le soient encore plus pour les autres ? Exceptons néanmoins de celle règle le sacrifice de la messe. Indulgence pour les morts qu'on peut gagner par la communion , après s'être purifié par le sacrement de la pénitence.
pour l'ouverture du jubile.
Sujet. Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu; car Dieu nous dit lui-même dans l'Ecriture : Je vous ai exauce' au temps favorable, et je vous ai aidé au jour du salut. Or voici maintenant ce temps favorable ; voici ces jours de salut.
Ce temps favorable pour nous , c'est ce temps d'indulgence et de Jubilé.
Division. Ce que c'est que la grâce du Jubilé ; première partie : ce qui est nécessaire pour avoir part à la grâce du Jubilé ; deuxième partie : ce que doit opérer dans nous la grâce du Jubilé ; troisième partie.
Première partie. Qu'est-ce que la grâce du Jubilé? C'est proprement la rémission de la peine temporelle qui reste à subir au pécheur après que son péché lui est pardonné. 11 faut distinguer deux choses dans le péché , la coulpe et la peine. La coulpe ne peut être remise que par le sacrement de pénitence , ou par la contrition parfaite ; mais , par une grâce spéciale , Dieu remet la peine en vertu de l'indulgence et du Jubilé.
En vain les hérétiques prétendent que Dieu ne remet jamais la coulpe ou l'offense , sans remettre la peine ; et que Jésus-Christ ayant satisfait pleinement pour nous, toute autre satisfaction serait inutile, et diminuerait même le mérite du sacrifice de la croix : car, 1° il ne faut que l'exemple de Moïse et de David pour nous convaincre que Dieu , en pardonnant même le péché , se réserve encore le droit de punir temporellement le pécheur ; 2° il est évident , par le témoignage de saint Paul , que nos satisfactions doivent être jointes à celles de Jésus-Christ : Adimpleo ea quœ desunt passionum Christi, in carne meà.
Tenons-nous-en donc toujours à la même proposition , que Dieu , par l'indulgence et le Jubilé , nous remet la peine temporelle qui était due à nos péchés, et dont l'exacte mesure n'eût pu sans cela être remplie que par nos satisfactions. Ainsi l'Église catholique l'a-t-elle entendu , expliquant cette promesse faite à saint Pierre : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Pouvoir dont saint Paul et les évêques des premiers siècles ont usé ; pouvoir par où les indulgences se sont établies et perpétuées dans le monde chrétien. Il est vrai qu'il a pu se glisser sur cela des abus dans le christianisme : mais outre que l'Église les a corrigés , l'abus même des indulgences est une preuve de leur vérité et de leur sainteté; car, selon Tertullien , on n'abuse que de ce qui est bon , et on ne profane que ce qui est saint.
Mais en quoi le Jubilé est-il différent de ces autres indulgences que nous appelons pltuèi es ? 1° C'est une indulgence beaucoup plus solennelle; 2° c'est une
indulgence beaucoup plus privilégiée ; 3° c'est une indulgence beaucoup plus sûre. Recevons-la donc avec respect , avec reconnaissance et action de grâces , et avec toute l'obéissance de la foi.
Deuxième partie. Quelles dispositions sont nécessaires pour avoir part à l'indulgence du Jubilé ? 1° Etre en état de grâce , voilà la disposition habituelle ; 2° accomplir les œuvres prescrites par la bulle , voilà la disposition actuelle.
1. Etre en état de grâce : car l'indulgence est une faveur qui ne s'accorde qu'aux Justes et aux amis de Dieu : d'où suivent trois conséquences : la première, qu'il faut donc renoncer à tout péché ; la seconde , qu'il suffit donc d'avoir la conscience chargée d'un seul péché mortel pour être incapable de gagner l'indulgence du Jubilé , et qu'il suffît même d'être coupable d'un seul péché véniel qu'on ne déteste pas, pour ne la pouvoir gagner dans toute son étendue; la troisième , qu'il faut donc être vraiment contrit et pénitent. De là jugeons combien il y en aura peu qui participeront à cette grâce du Jubilé.
De là même concluons encore qu'il n'est donc pas vrai que l'indulgence , et par conséquent le Jubilé , anéantisse la pénitence , ainsi que les hérétiques nous l'ont reproché, ni que ce soit même un relâchement de la pénitence; puisque, le Jubilé suppose la pénitence et ce qu'il y a de plus difficile dans la pénitence ,
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visible et l'anéantissement de la pénitence : car n'est-ce pas l'anéantir que de la réduire à un simple acte de foi , et de la dépouiller, comme ont fait les auteurs du schisme, de toutes les œuvres humiliâmes, laborieuses et pénibles?
2. Accomplir les œuvres prescrites par la bulle, qui sont, 1° la confession, 2° l'aumône , 3° le jeûne , 4° la visite des élises , 5° les prières ordonnées, 6° la communion. Admirons la bonié de notre Dieu, qui veut bien , à de telles conditions , se relâcher de tous ses droits.
Troisième partie. Que doit opérer en nous la grâce du Jubilé? le renouvellement intérieur de nos personnes : renouvellement qui ne doit consister ni en de vains projets, ni en des idées vagues , mais dans une réformation entière de nos mœurs. Sans cela le Jubilé n'est qu'une pure cérémonie : et que sera-ce en effet autre cho?e pour tant de chrétiens? on les verra tels après le Jubilé qu'ils étaient auparavant.
Mais tous les temps ne sont-ils pas bons pour travailler à ce renouvellement de nous-mêmes? Oui; mais le temps do Jubilé y est spécialement propre ; car, 1° le Jubilé est l'engagement le plus naturel à ce renouvellement de vie; 2° le Jubilé est le moyen le plus efficace de ce renouvellement de vie ; 3° le Jubilé est l'occasion la plus avantageuse pour ce renouvellement de vie.
Travaillons donc sans différer au parfait renouvellement et au changement intérieur de nos âmes; et qu'il ne nous arrive pas , comme à l'infortunée Jérusalem, d'ajouter à nos autres désordres celui de ne pas connaître le temps où Dieu nous visite, et par là de mettre le comble à notre réprobation.
Sujet. Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, aperçut deux frères, l'un Simon appelé Pierre, et l'autre André; il leur dit : Suivez-moi.
Dire à ces deux frères , Suivez-moi , c'était les appeler à la croix. Aussi tous deux moururent-ils sur la croix; mais avec cette différence, que Pierre la craignit , et qu'André l'aima. Amour de la croix , dont il nous a donné le plus bel exemple : c'est le sujet de ce discours.
Dïvisio.n. Saint André a aimé la croix , parce qu'il y a trouvé ce qui devait faire devant Dieu tout son mérite et louie sa gloire, savoir, l'accomplissement de son apostolat et la coasommaiion de son Facerdoee. En deux mots, la croix est la chaire où il a fait paraître lout te zèle d'un fervent prédicateur : première partie. La croi.v est l'autel où, comme prêtre et pomife de la loi nouvelle, il a
exercé dans toute la perfection possible l'office de sacrificateur : deuxième partie.
Première partie. La croix est la chaire où saint André a fait paraître tout le zèle d'un fervent prédicateur. Les apôtres furent envoyés pour prêcher Jésus - Christ crucitié, et saint André ne s'est jamais mieux acquitté de cette fonction que lorsqu'il a été lui-même attaché à la croix ; pourquoi cela ? parce c'est sur la croix qu'il a prêché Jésus-Christ et sa loi ; 1° avec plus d'autorité et de grâce ; 2° avec plus d'efficace et de conviction ; 5° avec plus de succès et de fruit.
1. Avec plus d'autorité et de grâce. Il est aisé de prêcher la croix, quand on n'a rien à souffrir ; et quelque éloquent que soit un prédicateur, il ne lui convient guère de porteries autres à une vie austère et mortifiée, lorsqu'il mène une vie tranquille et commode. Mais saint André a prêché la croix sur la croix même.
2. Avec plus d'efficace et de conviction. On ne persuade jamais mieux que lorsqu'on fait mieux voir qu'on est persuadé soi-même. Or saint André pouvaitil faire plus sensiblement connaître jusqu'à quel point il était persuadé du mérite de la croix , qu'en voulant lui-même mourir sur la croix?
5. Avec plus de succès et de fruit. De là en effet tant de conversions que Dieu opéra par le ministère de saint André; et c'est encore avec la grâce divine ce que doit opérer dans nous la force de son exemple.
Deuxième partie. La croix est l'autel où saint André , comme prêtre et pontife de la loi nouvelle, a exercé dans toute la perfection possible l'office de sacrificateur. Pouvoir présenter à Dieu le sacritice du corps de Jésus-Christ , et avoir pour cela dans le christianisme un caractère particulier, c'est en quoi consiste l'essence du sacerdoce de la loi de grâce. Mais joindre au sacrifice adorable du corps de Jésus-Christ le sacrifice de soi-même , et s'immoler soi-même à Dieu au même temps qu'on lui offre ce divin Agneau immolé pour le salut du monde , c'est ce qui met le comble au sacerdoce de la loi de grâce, et ce qui lui donne sa dernière perfection. Or voilà ce qu'a fait sur la croix saint André.
Oui, il faut, pour nous rendre dignes de Dieu, que nous joignions le sacrifice de nous-mêmes au sacrifice du corps de Jésus-Christ. Ainsi saint Paul disait : J'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de mon Sauveur. Et comment l'accomplissait-il? par l'austérité de sa vie. C'est aussi ce que nous voyons dans saint André; nous y voyons, dis-je, un prêtre plein de religion, qui tous les jours de sa vie ne manqua jamais d'immoler sur l'autel l'Agneau de Dieu, et qui par sa mort couronna son sacerdoce en s'immolant lui-même.
Un prêtre qui chaque jour sacrifia l'agneau de Dieu , comme il le témoigna au juge devant qui il fut produit. Quelle instruction , et quel sujet de confusion pour ces ministres qui ne célèbrent les divins mystères que très-rarement !
Un prêtre qui couronna son sacerdoce en s'immolant lui-même sur îa croix. Après le refus qu'il a fait de sacrifier aux idoles , on lui présente la croix comme l'instrument de son supplice, et il l'embrasse comme son plus précieux trésor.
Faisons de même à Dieu le sacrifice de nos corps , et , selon l'avis que nous donne saint Paul , offrons-les comme des hosties vivantes et agréables.}
Sujet. Voici un miracle de la vertu de Dieu, qui fait bien voir que le bras du Seigneur n'est pas raccourci , et qu'il peut encore sauver son peuple.
Ce nouveau miracle , c'est saint François-Xavier, ou plutôt ce sont les merveilleux succès de sa prédication ; d'où nous pouvons tirer une preuve sensible et toute récente de l'incontestable vérité de la foi qu'il a prêchée aux plus fières puissances de l'Orient.
Division. De tous les miracles qui se sont faits dans l'établissement de l'Eglise chrétienne, un des plus grands, c'est l'établissement de l'Église même par le ministère des apôtres. Or, dans ces derniers siècles , saint François-Xavier a
renouvelé ce miracle. En deux mois , Xavier, pour la propagation de la foi , a fait, comme les apôtres, des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines : première partie. Xavier, comme les apôlres, a fait ces prodiges de zèle par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine : deuxième partie. Voilà ce que nous devons appeler le miracle de l'Evangile.
Première partie. François-Xavier a fait, comme les apôtres, pour la propagation de la foi , des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines : il a converti tout un monde. Examinons ce mirac'e.
Xavier est appelé par le roi de Portugal pour passer aux Indes. Il s'embarque à Lisbonne , il aborde dans l'Inde , le voilà rendu au cap de Comorin , et d'abord vingt mille idolâtres viennent le recevoir pour l'ambassadeur du vrai Dieu. 11 paraît chez les Mores , fameux insulaires , et dans l'espace de quelques jours il réduit sous le jong de la loi chrétienne jusqu'à trente villes. Le Japon l'attend : il y va, et il y confond les faux prêtres des idoles, il y baptise les rois, il y sanctifie les peuples , il y établit de nombreuses et de florissantes églises.
Or, pour peu qu'on raisonne, et que l'on considère les circonstances de tous ces faits , ne doit- on pas les regarder comme autant de prodiges? Il est vrai que Luther et Calvin pervertissaient au môme temps et attiraient à eux l'Occident et le Septentrion : mais ces deux hérésiarques prêchaient une religion commode à la nature , et pour établir une telle religion il ne fallait point de miracle , au lieu que Xavier prêchait une loi contraire à tous les sentiments naturels.
Quelle gloire pour cet homme apostolique, quand au jugement de Dieu il produira les fruits de sa mission et de si heureuses conquêtes ! Mais quel sujet de condamnation pour nous, qui profitons si peu des soins de tant de prédicateurs, et de la sainte parole qu'ils nous annoncent !
Deuxième partie. François -Xavier, comme les apôtres , a fait de si grandes choses pour la propagation de l'Évangile par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine. Comment se disposa-t-il au ministère évangélique? Par un renoncement entier à tous les avantages du monde; surtout par cette victoire qu'il remporta sur lui-même , à l'égard d'un malade dont l'infection et la pourriture auraient dû, ce semble, rebuter la plus héroïque vertu.
De là il devint insensible à tout , pour n'être sensible qu'aux impressions de la charité. Les hôpitaux devinrent pour lui une demeure ordinaire et agréable. Les nations les plus sauvages se trouvaient forcées de l'aimer, voyant qu'il aimait jusqu'à leurs misères; et les peuples, témoins des secours qu'ils en recevaient dans les infirmités de leurs corps, lui abandonnaient la conduite de leurs âmes.
Quels fonds employa-t-il dans l'exercice de son ministère ? point d'autres pour lui qu'une extrême pauvreté. C'est avec le signe de cette pauvreté qu'il parcourt les provinces et les royaumes. Mais n'était-ce pas avilir son caractère? c'était plutôt le relever, et accréditer la loi qu'il publiait. Car ce désintéressement charmait les fidèles, et leur faisait conclure qu'il y avait quelque chose de surnaturel et de divin dans une religion qui élevait ainsi les coeurs et les dégageait de toutes les vues terrestres.
Par quelle voie pénétra-t-il jusque dans la capitale du Japon? par celle de l'humilité, en se réduisant à la vile condition de serviteur. A quoi s'appliquait-il avec plus de zèle? A enseigner aux enfants les premiers principes de la doctrine chrétienne , se faisant , pour ainsi dire, enfant comme eux. Or voilà le miracle, que par la pauvreté, par l'humilité, par le renoncement à toute chose et à soimême , il a fait ce que toute la politique du monde n'eût osé entreprendre , et ce que jamais elle n'eût exécuté.
Il s'est vu comblé d'honneurs : cela est vrai ; mais c'est au même temps ce qu'il y a de merveilleux , qu'on ait ainsi respecté et honoré un pauvre. Il a fait des miracles : mais pourquoi Dieu lui mettait-il de la sorte son pouvoir dans les mains? parce que c'était un homme humble.
Bel exemple pour les prédicateurs et les ministres de l'Évangile. Qu'ils aient le zèle de Xavier, qu'ils meurent à eux-mêmes comme Xavier, qu'ils prennent
comme Xavier cet esprit d'anéantissement qui fut l'esprit du Sauveur des hommes et l'esprit de tous les apôtres, alors ils seront les instruments dignes de Dieu , et il s'en servira pour l'avancement de sa gloire et pour le salut du prochain.
POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS , APOTRE. Sujet. Ne soyez pas incrédule, mais soyez fidèle.
Dans l'exemple de saint Thomas, nous voyons tout ensemble le désordre de l'incrédulité et le mérite de la foi.
Division. On peut bien appliquer à ce saint apôtre ces paroles du Psaume cent trente-huitième : Sicut tenebrœ ejus , ita et lumen ejus : Sa lumière est comme ses ténèbres, et ses ténèbres comme sa lumière. C'est-à-dire que son infidélité et sa foi , considérées par rapport à nous , nous peuvent être également utiles et salutaires. Son incrédulité sert à la justification de notre foi : première partie. Sa foi est le remède de notre incrédulité : deuxième partie. Un apôtre incrédule, qui par son incrédulité même nous apprend à être fidèles : un apôtre plein de foi, qui par la confession de sa foi nous empêche d'être incrédules.
Première partie. L'incrédulité de saint Thomas sert à la justification de notre foi. Justifier la foi par l'infidélité même, c'est opposer les égarements et les désordres de l'infidélité à la sagesse et aux autres avantages de la foi. Or voilà à quoi nous sert l'incrédulité de saint Thomas. Nous y remarquons quatre désordres opposés à quatre avantages de la foi : savoir, l'esprit de singularité, opposé à l'esprit universel de la foi; la préoccupation du jugement, opposée à l'esprit droit de la foi ; l'opiniâtreté, opposée à l'esprit docile de la foi; enfin, la petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit , opposée à l'esprit supérieur de la foi.
1. Esprit de singularité. Saint Thomas se trouva séparé des autres disciples, lorsque Jésus-Christ se fit voir à eux le huitième jour après sa résurrection : Non erat cum eis quandb venit Jésus. Voilà le principe le plus ordinaire de l'incrédulité; on veut ge distinguer. Mais si dans tout autre sujet la singularité doit être suspecte , combien plus lorsqu'il s'agit de la foi , laquelle est le sacré lien qui doit unir tous les hommes dans le culte d'un même Dieu et d'un même Seigneur? Le premier avantage donc que nous avons en croyant comme fidèles, c'est de croire ce que croit avec nous loute l'Église de Dieu.
2. Préoccupation du jugement. Saint Thomas , prévenu de sa pensée , san? rien examiner davantage, conclut d'abord qu'il ne croirait pas : Non credam Autre principe de l'incrédulité : on se prévient contre la foi. Dieu veut bien qu'en matière même de foi nous nous instruisions des choses : mais il veut aussi que nous fassions cet examen sans prévention ; et voilà le second avantage de la loi, de nous dégager, par une simple et sage simplicité, de tous préjugés.
3. Opiniâtreté. Tout portait saint Thomas à croire la résurrection de Jésus- Christ : mais il s'obstina dans son erreur. Troisième principe de l'incrédulité : on se fait une fausse gloire de ne point revenir de son sentiment. Force d'esprit mal entendue. Le fidèle, par un troisième avantage , trouve dans sa docilité la vraie force , qui consiste à se soumettre et à se captiver.
4. Petitesse d'un génie borné qui ne croit que ce qu'il voit. Saint Thomas dit : Si je ne vois les marques des clous dont les mains de Jésus-Christ ont été percées, je ne croirai point qu'il soit ressuscité : Nisi videro, non credam. Quatrième principe de l'incrédulité : on veut juger de tout par les sens, comme si les sens étaient juges compétents des mystères de Dieu, et qu'ils ne fussent pas sujets à mille illusions. Mais la foi nous élève au-dessus des sens , et nous fait ainsi pénétrer jusque dans les secrets de Dieu les plus cachés : quatrième et dernier avantage. Beati qui non viderunt, et crediderunt.
Deuxième partie. La foi de saint Thomas est le remède de notre incrédulité. Distinguons trois états où la foi de cet apôtre peut être considérée : le premier, où il l'a professée hautement ; le second , où il l'a prêchée apottoliqucment ; le
troisième , où il Ta consommée saintement. Or, dans ces trois étals , la foi de ce grand Saint sert à guérir notre infidélité.
1. Il l'a professée hautement, lorsqu'il reconnut Jésus-Christ pour son Seigneur et son Dieu. Or, puisque saint Thomas a cru , nous devons croire. Car ce n'est point par faiblesse qu'ii a cru , ce n'est point par légèreté , ce n'est point par une aveugle déférence au sentiment et au rapport des autres. Il ne fut que trop éloigné de telles dispositions. C'est donc par la seule évidence de la vérité : et qui ne croirait pas au témoignage d'un homme obligé de se rendre à la seule force de la vérité qu'il combattait? Ainsi saint Paul convainquait-il les Juifs par son propre exemple. Mais non-seulement la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc ; c'est encore une leçon qui nous instruit : de quoi? du point le plus essentiel de la religion, qui est la divinité de Jésus-Christ. Vous êtes, lui dit-il , mon Seigneur et mon Dieu : Dominus meus et Deus meus.
2. Il l'a prêchée apostoliquement, jusque dans la région la plus intérieure de l'Inde , où il a soumis à l'Evangile des millions d'infidèles. Or ce succès de l'Evangile a toujours été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi. Du reste , nous croyons les mêmes vérités qu'il prêchait : heureux si nous en faisons les règles de notre vie !
3. Il l'a saintement consommée par son martyre. Il a signé de son sang le témoignage qu'il rendait en faveur de la foi. Quelle conviction pour nous ! mais en même temps quelle instruction ! Est-ce ainsi que nous sommes disposés à défendre notre foi ? Du moins l' honorons-nous et la soutenons-nous par notre vie?