‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 111 sur 114 · A LA VIERGE · texte numérisé non relu

A LA VIERGE

Sujet. Jésus entra dans une bourgade, et une femme le reçut dans sa maison.

Cette femme , selon le sens que l'Église donne à l'Évangile de ce jour, c'est Marie qui reçut dans ses chastes enirailles le Fils de Dieu: et c'est elle-même aussi qui est aujourd'hui reçue par cet Homme-Dieu dans le séjour de la gloire. N'entreprenons point d'expliquer avec quelle pompe elle entre dans le ciel ; mais voyons quelle doit être sur la terre notre dévotion envers celte glorieuse mère.

Division. Trois devoirs en quoi consiste la dévotion à la Vierge : l'honorer, mais l'honorer judicieusement ; première partie : l'invoquer, mais l'invoquer efficacement ; deuxième partie : l'imiter, et l'imiter religieusement; troisième partie.

Première partie. Honorer Marie, mais l'honorer judicieusement. S'il peut y avoir parmi les personnes adonnées au service de la Vierge quelques dévots indiscrets, il faut aussi convenir qu'il peut y avoir parmi ceux qui censurent les dévots de la Vierge, des censeurs indiscrets. Il se sont plaints, 1° qu'on rendait des hommages à Marie comme à une divinité; 2° qu'on lui donnait des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas , surtout ceux de médiatrice et de réparatrice ; 5° qu'on lui attribuait de nouveaux privilèges qui ne nous étaient révélés ni dans l'Écriture ni dans la tradition. Examinons ces plaintes ; et de là même lirons des règles sûres pour honorer discrètement la reine du ciel.

1. On s'est plaint que les dévots de Marie l'honoraient comme une divinité. Mais, grâce à la Providence, l'Église de Jésus-Christ n'avait pas besoin de l'avis prétendu salutaire qu'on a voulu nons donner là-dessus ; car ce n'est point à Marie que nous offrons, comme à Dieu, des sacrifices : nous l'honorons d'un culte inférieur à celui de Dieu , mais supérieur à tout autre que celui de Dieu , et c'est l'honorer judicieusement.

2. On s'est plaint que les dévots de Marie lui donnaient des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice. Mais puisqu'elle est mère de Dieu , y a-t-il un titre d'honneur qui ne lui convienne ? et, en particulier, saint Bernard ne l'appelle-t-il pas expressément médiatrice et réparatrice , et ne témoigne-t-il pas que de son temps c'était ainsi que toute l'Eglise l'appelait? Or c'est encore honorer judicieusement la Vierge , que de lui attribuer les qualités que toute l'Église lui attribue. 11 n'y a qu'un médiateur de rédemption , qui est Jésus-Christ ; mais il y a d'autres médiateurs d'intercession, et Marie, entre ceux-ci, ne doit-elle pas avoir la première place?

3. On s'est plaint du zèle que font paraître les dévots de Marie à défendre certains privilèges qu'ils reconnaissent en elle : privilèges de grâces dans son immaculée conception, privilèges de gloire dans sa triomphante assompiion. Mais raisonnons toujours sur le même principe : de tous les privilèges qui , sans préjudicier aux droits de Dieu, servent à rehausser Téclat de la maternité divine, y en a-t-il un seul que nous puissions raisonnablement lui contester? n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de

l'Église, autorisés par la créance commune des fidèles, appuyés au moins sur les plus fortes conjectures et les témoignages les plus solides? Or tels sont les privilèges que nous honorons dans Marie , et c'est par là que nous les honorons prudemment. Faut-il donc que le ministère de la parole de Dieu soit aujourd'hui nécessaire pour maintenir le culte que nous rendons à la plus sainte des vierges? mais , malgré tous les efforts de l'hérésie , le culte de Marie a subsisté , et il subsistera.

Deuxième partie. Invoquer Marie , mais l'invoquer efficacement. Nous pouvons invoquer Marie , puisque l'Église a défini que nous pouvons invoquer les Saints, et que d'ailleurs il est certain que cette mère de Dieu a toute la miséricorde et tout le pouvoir nécessaire pour nous aider de son secours; c'est ainsi que les Pères ont raisonné. Non-seulement nous pouvons invoquer Marie, mais nous le devons : pourquoi? pour nous conformer à l'Église, pour nous attirer la grâce, pour nous procurer contre les dangers du monde une puissante protection , pour assurer notre salut. Mais le point est d'invoquer celle vierge efficacement, c'est-à-dire de telle sorte qu'elle puisse agréer nos prières, et que nous ne l'invoquions pas en vain ; sur quoi il y a deux extrémités à éviter, 1° trop de confiance dans la protection de Marie ; 2° trop peu de confiance dans cette même protection.

1. Trop de confiance; car nous lui faisons quelquefois des prières présomptueuses, et par là injurieuses à Dieu, indignes de la mère de Dieu, et pernicieuses pour nous-mêmes ; or de telles prières ne peuvent être efficaces.

2. Trop peu de confiance. 11 semble , à entendre parler les censeurs du culte de la Vierge, qu'un pécheur, dans l'état de son péché, ne peut avoir recours à elle, parce qu'il n'est pas actuellement contrit et pénitent, et parce qu'il n'a pas l'amour de Dieu. Mais, sans être actuellement contrit et pénitent, ne peut-il pas demander, par l'intercession de Marie, la grâce de la pénitence ? et, tans avoir actuellement l'amour de Dieu, ne peut-il pas le désirer, et l'obtenir par Marie? Dans un siècle où nous voyons tant d'âmes s'égarer et se pervertir, ne leur fermons pas les voies du retour et du salut.Or une de ces voies les plus assurées, c'est une sincère confiance en Marie.

Troisième partie. Imiter Marie : l°ce que nous devons imiter dans Marie ; 2° pourquoi nous le devons imiter.

1. Ce que nous devons imiter dans Marie, c'est sa sainteté : 1° la plénitude de sa sainteté; 2° la perfection de sa sainteté; 3° la persévérance et la fermeté invariable de sa sainteté.

2. Pourquoi nous le devons imiter : pour avoir part à la gloire dont elle prend aujourd'hui possession ; c'est par le secours de celte vierge que nous pouvons imiter ses exemples. Adressons-nous à elle pour cela, dévouons-nous à elle comme un de nos rois , et faisons une profession publique de notre dévouement.

Prière à la Vierge.

PREMIER SERMON POUR LA FETE DE TOUS LES SAINTS. Sujet. Dieu est admirable dans ses saints.

Admirable dans leur prédestination , dans leur vocation, dans toute l'économie de leur salut , dans leur béatitude et dans leur gloire. Mais n'en demeurons pas là ; car il y a des choses qui doivent encore plus nous toucher.

Division. Dieu est admirable de nous avoir donné les Saints pour intercesseurs et pour patrons, première partie : admirable de nous avoir proposé les Saints pour modèles et pour exemples; deuxième partie.

Première partie. Admirable de nous avoir donné les Saints pour intercesseurs et pour patrons : pourquoi? 1° parce qu'en cela Dieu nous découvre visiblement lès trésors de sa sagesse et de sa providence ; 2° parce que la gloire des Saints en est infiniment relevée; 3° parce que nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut.

1. Dieu, en nous donnant les Saints pour patrons , nous découvre visible-

ment les trésors de sa sagesse et de sa providence : car c'est ainsi qu'il établit le plus bel ordre et la subordination la plus parfaite qu'il puisse y avoir entre les hommes. Nous dépendons des Saints, et notre dépendance nous est aimable, parce que nous savons que les Saints s'intéressent en notre laveur. Leur élévation , au lieu de les enfler, leur donne des inclinations bienfaisantes pour nous ; et , au lieu d'exciter notre jalousie , elle nous inspire une reconnaissance affectueuse pour eux. De plus , c'est ainsi que Dieu a trouvé le moyen d'entretenir une sainte correspondance entre l'Eglise triomphante dans le ciel, l'Église militante sur la terre, et l'Église souffrante dans le purgatoire.

2. La gloire des Saints en est infiniment relevée. En effet, nous apprenons de là quel est le pouvoir des Saints : et s'ils sont si puissants pour les autres, quels trésors de gloire ne possèdent-ils pas pour eux-mêmes? quelle gloire d'être nos médiateurs auprès de Dieu, et des médiateurs à qui Dieu accorde tout! C'est par là même encore que Dieu nous engage à les honorer nous-mêmes : en sorte qu'ils ont tout à la fois et les honneurs du ciel, et les honneurs de la terre.

3. Nous y trouvons de très-grands avantages pour notre salut. Les Saints prient pour nous ; et comme leurs prières sont plus efficaces que les nôtres , elles contriljuent dans un sens à notre salut plus que les nôtres : plus elïicaces, dis-je, que les nôtres, soit par la dignité des Saints plus relevée , soit par leur charité plus épurée , soit par leur attention beaucoup plus constante et plus fixe, enfin, par leur ferveur beaucoup plus ardente : aussi combien de fois les hommes ont-ils éprouvé les salutaires effets de leur protection !

Mais comment répondons-nous à leurs soins? Nous les déshonorons sur la terre , nous violons les temples que l'Église a érigés sous leur nom , nous profanons leurs fêtes. Aurons-nous après cela bonne grâce de reprocher aux hérétiques de notre siècle le mépris qu'ils ont fait du culte des Saints? A cet abus qui regarde leur culte , nous en ajoutons un autre, qui est l'abus de leur invocation. Ne parlons point de ces prières abominables qui feraient des Saints, s'ils les écoutaient, les fauteurs de nos vices; ne parlons point de ces prières mondaines el intéressées qu'on fait aux Saints pour des biens temporels, sans jamais leur demander des biens spirituels. Le grand abus de l'invocation des Saints dans les prières même en apparence les plus religieuses , c'est que nous voulons qu'ils demandent à Dieu pour nous ce que Dieu , selon les règles de sa sagesse , ne veut pas nous accorder, et ce qu'il n'est pas à propos qu'il nous accorde. Nous les invoquons; et du reste, comptant sur leur intercession, nous prétendons vivre sans vigilance, sans pénitence , sans gène. Souvenons-nous que si les Saints sont puissants auprès de Dieu , ils ne le sont pas au préjudice de Dieu même , et de ce que nous lui devons ; et prenons garde qu'au lieu d'être nos protecteurs, ils ne deviennent nos accusateurs et nos juges.

Deuxième partie. Admirable de nous avoir proposé les Saints pour modèles et pour exemples ; car cet exemple des Saints opère en nous trois merveilleux effets : 1° il nous persuade la sainteté; 2° il nous adoucit la pratique de la sainteté ; 5° il nous ôte tout prétexte par où nous pourrions nous détendre d'embrasser la sainteté.

1. L'exemple des Saints nous persuade la sainteté : comment? En nous faisant comprendre d'une simple vue toute la perfection et tout le mérite de la sainteté: car qu'est-ce qu'un Saint? C'est une idée réelle, visible , palpable et substantielle de toute la sainicté évangélique; et Dieu , en nous le montrant, nous dit : Inspice, et fac secnndùm exemplar : Regarde, et conforme-toi à ce modèle. Or il n'est pas possible de voir la sainteté, je dis la vraie sainteté, telle qu'elle a été dans les Saints, sans l'estimer : cette estime en fait naître l'amour et le désir; et nous inspirer ces sentiments à l'égard de la sainteté, n'est-ce pas nous la persuader ? L'exemple de Dieu n'était pas propre à faire sur nous le même effet, car, outre que Dieu est invisible, il n'est pas saint de la manière que nous devons l'être; notre sainteté doit consister dans la pénitence, dans la soumission, etc., et tout cela ne peut convenir à Dieu. 11 fallait donc qu'il nous proposât des hommes comme nous, et de même nature que nous : or c'est ce qu'il a fait. C'est par de semblables exemples que l'illustre Matathias confirma

ses enfants dans le culte du Seigneur, et c'est dans le même dessein que l'Église a ordonné qu'on exposât à nos yeux les images des Saints.

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