‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 98 sur 114 · LE QUINZIEME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE QUINZIEME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE

Sujet. Lorsque Jésus-Christ était près d'entrer dans la ville, ou parlait en terre un mort, fil» unique d'une femme veuve; et cette femme était accompagnée d'une grande quantité de personnes de la ville. Jésus l'ayant vue , il en fut touché , et lui dit : Ne pleurez point.

La seule image de la mort nous conlriste et nous effraie , mais nous devons combattre , ou du moins régler cette crainte.

Division. Mien de plus funeste que l'état de l'impie et du libertin qui craint la mort, parce qu'il est tombé dans le désordre de l'infidélité : première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort , parce qu'il est attaché au monde : seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état do tout homme, je dis en particulier de tout homme chrétien qui craint lu mort, parce qu'il ne t'ait, pour s'affermir contre cette crainte naturelle , nul usage de sa religion : troisième partie. De là nous aurons lieu de parler, en concluant, à ceux mêmes qui craignent la mort par une trop vive appréhension des jugements de Dieu.

Première partie. Rien de plus funeste que l'état de l'impie et du libertin qui craint la mort, parce qu'il est tombé dans le désordre de l'infidélité. Dès qu'il ne croit point de vie future , il en est plus attaché à la vie présente ; et quoi qu'il en dise, ce doit être un objet bien affreux pour lui que la mort considérée comme une entière destruction de lui même. Le Ju?te l'envisage avec consolation , la voyant suivie d'une bienheureuse immortalité.

La condition de l'impie est d'autant plus malheureuse, que son infidélité , en lui faisant rejeter la créance d'une autre vie, n'exclut point de son esprit cette cruelle incertitude qui lui reste malgré lui , s'il y a une autre vie, ou s'il n'y en a point. Car il a beau faire , il n'y a rien là-dessus qui lui paraisse certain , et il est forcé de craindre ce qu'il fait profession de ne pas croire. Ainsi la mort ne se présente à ses yeux que sous deux images bien terribles : ou comme une ruine totale de son être , ou comme un passage à une damnation éternelle. Craignons la mort; mais, selon la belle maxime de l'Apôtre, en la craignant, soutenons-nous par l'espérance de l'avenir. Disons avec le saint homme Job : Je sais que j'ai un Rédempteur vivant dans le ciel, et que je nssnsziterai du sein de la terre. Disons avec David : Seigneur, la mort à laquelle vous nous conr!amn-z n'est point une véritable mort, ce n'est qu'une ombre de la mort. Armons-nou» de celle pensée contre toutes les atteintes du libertinage et de l'incrédulité.

Deuxième partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort, parce qu'il est attaché au inonde. Ce ne sont point précisément 1 s riches ni les grands qui craignent plus la mort, mais les riches attachés à leurs richesses, et les grands attachés à leurs grandeurs. Qu'il est triste en effet à un homme qui avait établi sa paix et sa félicité dans les biens lempords et dans les grandeurs humaines , de se voir condamné à les perdre ! C'est ainsi que le Saint-Esprit s'en est lui-même expliqué dans la Sagesse.

L'état du mondain n'est pas seulement déplorable, parce qu'étant attaché aux biens de cette vie il appréhende la mort , mais parce qu'envisageant lq

mort , il a été assez aveugle pour s'attacher à des biens qui passent si vite , et que la nécessité de mourir ne l'en détache pas. S'il devait toujours vivre sur la terre, ou du moins s'il y devait vivre autant que les anciens patriarches, son attachement lui pourrait être plus pardonnable; mais notre vie se trouvant bornée à un si petit nombre de jours, n'y a-t-il pas de la folie à compter sur le vain bonheur du monde, et à y vouloir son repos? C'est ce que nous devons sans cesse nous représenter à nous-mêmes , mais c'est à quoi nous ne pensons guère. Quel spectacle qu'un riche mondain aux prises avec la mort , et dont toutes les vues et tous les projets vont être renversés ! Quelles agitations et quels combats ! Mourons dès maintenant et de bonne heure en esprit, pour ne plus tant craindre de mourir en effet.

Troisième partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme, je dis en particulier de tout homme chrétien , qui craint la mort, parce qu'il ne fait, pour s'affermir contre cette crainte naturelle, nul usage de sa religion. Les sages mêmes du paganisme ont trouvé ou cru trouver dans leur philosophie de quoi s'affermir contre la crainie de la mort. Il n'y a qu'à lire ce qu'ils en ont écrit. Or la religion que nous professons nous fournit encore des motifs bien plus puissants pour nous adoucir la mort, et nous la faire considérer d'un œil tranquille et assuré. Ces motifs sont : l°la vue de Jésus-Christ mourant; 2° l'attente du royaume de Dieu ; 5° l'exemple des Saints et de tant de Justes ; 4° les trésors infinis de grâces dont la mort peut être enrichie. Quelle impression peuvent faire toutes ces considérations ! Mais nous ne nous en servons pas.

Je ne crains pas la mort en elle-même, dira-t-on , mais je la crains à cause de ses suites, car je ne sais quelle sera ma destinée éternelle, dont elle doit décider. Il faut convenir qu'elle est en effet à craindre par là ; mais d'une crainte modérée, mais d'une crainte mêlée d'amour et de confiance. De sorte qu'il en est, selon la pensée de saint Augustin , de la mort comme de Dieu même. Dieu est tout à la fois terrible et aimable ; et tout terribîe qu'il est , il doit encore être plus aimé que craint. Ainsi , quoique d'une part nous devions craindre la mort, nous devons de l'autre , dans les vues de la foi , encore plus l'aimer et la désirer. Sentiments de saint Paul , de David , de saint Jérôme. Ayons toujours la mort devant les yeux, et occupons-nous volontiers de cette pensée, puisqu'il n'en est point de plus efficace, soit pour nous préserver du péché si nous y sommes exposés , ou pour nous en retirer si nous y sommes tombés.

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