‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 99 sur 114 · LE SEIZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE SEIZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

sur l'ambition.

Sujet. Il adressa ensuite aux conviés une parabole , prenant garde comment il» choisissaient

les premières places.

C'est ainsi que l'ambition nous porte toujours à rechercher les premiers rangs et à vouloir partout dominer.

Division. L'ambition aveugle dans ses recherches, première partie ; présomptueuse dans ses sentiments , deuxième partie ; odieuse dans ses suites, troisième partie.

Première partie. L'ambition aveugle dans ses recherches. Comment cela? Parce qu'elle se propose dans les honneurs qu'elle recherche, i° un prétendu bonheur, et qu'elle n'y trouve que des chagrins et des croix ; 2° une véritable grandeur, et qu'elle n'y trouve qu'une grandeur vaine, et souvent même sa honte et son humiliation.

1 . L'ambition se propose dans les honneurs qu'elle recherche un prétendu bonheur, et elle n'y trouve que des chagrins et des croix. Car pour parvenir à ce fantôme de bonheur où aspire l'ambitieux, il faut prendre mille mesures, toutes également gênantes et fatigantes. Pour contenter une seule passion, qui est de s'élever, il faut devenir la proie de toutes les passions ; pour se pousser à cet état que l'on ambitionne , il faut surmonter mille obstacles , et soutenir autant

de combats qu'il y a de compétiteurs. Dans l'attente de cet étal , il faut supporter des retardements capables d'épuiser toute la paiience d'un cœur, etc. Or voilà ce que l'ambilion cache à l'ambitieux, et ce qu'il ne reconnaît que trop dans la suite.

2. L'ambition se propose dans les honneurs qu'elle recherche une véritable grandeur, et elle n'y trouve qu'une grandeur vaine , et souvent même sa honte et son humiliation. Grandeur vaine en elle-même : elle ne donne communément et ne suppose nul mérite réel; vaine dans les moyens de l'acquérir, mille bassesses ; vaine dans sa durée, grandeur mortelle et passagère; vaine dans les revers auxquels elle est sujette, chutes et décadences. Or l'aveuglement de l'ambitieux est de ne faire à tout cela nulle attention.

Deuxième partie. L'ambition présomptueuse dans ses sentiments. L'ambitieux prétend à tout : 1° il se croit donc capable de tout; 2° il se croit capable de tout, sans s'être auparavant éprouvé soi-même.

1. Il se croit capable de tout. Demandez-lui s'il aura de quoi remplir tous les devoirs d'une telle charge, il vous répondra sans hésiter comme les deux enfants de Zébédée : Nous le pouvons. Ce qu'il y a de plus étrange , c'est que ce sont les sujets les plus incapables qui se tiennent plus assurés d'eux-mêmes , et qui forment plus d'intrigues pour s'ingérer dans les premiers emplois.

2. Il se croit capable de tout, sans s'être auparavant éprouvé soi-même. C'est assez qu'il ait de quoi acheter cette charge , pour croire qu'il est en état de la posséder et de l'exercer, sans avoir fait nul essai de son esprit, de ses talents, de son naiurel. Il aspire même à des dignités dont la première condition, selon le témoignage de saint Paul , est d'être irrépréhensible. D'où saint Grégoire conclut qu'il faut donc qu'il se juge en effet irrépréhensible et sans défaut. Suivons le grand principe de la prudence chrétienne , qui est de présumer peu de soi, ou plutôt de n'en point présumer du tout.

Troisième partie. L'ambition odieuse dans ses suites. Il y a deux sortes de grandeurs, les unes légitimes et naturelles, comme, par exemple, celle des rois; les autres irrégulières, et, pour ainsi dire, artificielles, comme celle de tant d'ambitieux , qui ne s'élèvent que par brigues et par machines. Nous aimons les premières, mais les autres nous sont insupportables. Pour le mieux comprendre, il n'y a qu'à considérer l'ambitieux en deux étals.

1° Dans la poursuite de la grandeur, lorsqu'il n'y est pas encore parvenu. Quels ressorts fait-il jouer? à quelles perfidies, à quelles iniquités ne se porie-t-il point? que ne sacrific-l-il point à l'avancement de sa fortune et au succès de ses desseins? Or est-il rien qui doive plus exciter l'envie et l'indignation du public?

2° Dans l'usage de la grandeur, quand une fois il est arrivé au terme de ses espérances. Quelle fierté , et quelle hauteur ! Et c'est ici que nous devons observer la différence de ces deux espèces de grandeurs que nous avons d'abord distinguées. La grandeur légitime et naturelle, qui est celle des princes, et de ceux qui tirent de leur naissance et de leur sang leur supériorité; cette grandeur, dis-je , est communément civile, affable, douce, modeste, bienfaisante, et c'est ce qui la fait respecter et honorer. Mais l'autre , qui n'a pour fondement et pour appui que l'industrie et l'artifice , est une grandeur farouche , brusque, inaccessible, méprisante, lyrannique, et c'est ce qui lui attire la haine. Bienheureux les humbles : ils possèdent tout à la fois et le cœur de Dieu et le cœur des hommes.

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