‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 10 sur 164 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il y a dans Dieu , dit le Prophète royal, une espèce d'émulation entre sa miséricorde et sa justice : en sorte que l'une^contrebalance toujours l'autre, que l'une sert de tempérament à l'autre, que Tune doit être mesurée par l'autre , et que l'une et l'autre enfin , quoique par des voies entièrement opposées, concourent néanmoins de concert au salut de l'homme. C'est par un effet de sa justice que Dieu, se resserrant dans les bornes d'une étroite sévérité, veut que les plus saintes œuvres du pécheur soient sans mérite et sans fruit ; et c'est aussi par un effet de sa miséricorde qu'ouvrant son sein et dispensant ses dons sans mesure, il veut que les moindres actions du Juste soient récompensées d'une éternité degloircJEcoutez comment raisonne la-dessus le chancelier Gerson. Car Dieu, dit-il, pour dédommager les hommes des pertes qu'ils doivent faire dans l'état du pèche , a voulu qu'ils pussent acquérir dans l'état de la grâce, par les moyens les plus faciles, des richesses infinies. Thesaurizate vobis lliesauros^ in cœlo (Mattii. 6). Faites-vous un trésor pour le ciel : et de quoi , Seigneur, le composerons-nous ce trésor? De mille choses que vous avez entre les mains, et qui, bien ménagées, suffisent pour vous enrichir devant Dieu- de certaines peines que vous endurez, de certaines mortifications que vous essuvez, de certains emplois que vous exercez, de certains devoirs que vous rendez , des actions même les plus communes. Ramassez tout iusques aux fragments , afin que rien ne périsse :Colliaïte fragmenta, ne.pereant ( Joan. , (> ). Tout cela vous paraît de peu de valeur ; mais si vous êtes en grâce avec Dieu , tout cela, sanctifie par la charité de Dieu, sera d'un grand prix.

Et que signifient ces fragments? demande saint Grégoire, pape. An ! mes Frères,1 ce sont mille petits mérites que notre lâcheté, jointe a la dissipation de notre esprit, nous fait négliger, mais qui seraient pour l'autre vie une abondante provision , si nous avions soin de les recueilli,. Ne vous imaginez pas, ajoute ce Père, qu'il n'y ait que les grandes choses qui fassent les grands Saints : erreur. Les hommes , il est vrai, de peu ne font jamais beaucoup, et souvent même de beaucoup ne fonl rien : mais Dieu, qui de rien a tout fait , et qui dans ordre de a *rrace a une vertu encore plus puissante que dans 1 ordre de la nature, 1 nos plus petites actions sait tirer nos Ï^JS^JJ^ ^ peu dit saint Bernard , on gagne tout auprès de lui ; et la chante que possèdent les Justes a établi entre lui et eux - commerce aussi divm Wil est rare et singulier. En quoi singulier et divin ? En ce que pour 'avantage de l'homme, les choses y sont excessivement prisées et m-

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iiniment rabaissées. Je m'explique. Ce que l'homme fait pour Dieu n'est rien, ou presque rien; et ce que Dieu promet à l'homme est un bien qui comprend tout , et que l'Écriture par excellence appelle tout bien : Ostendam tibi omnebonum (Exod., 53). Cependant, en vertu du commerce que la charité établit entre Dieu et le Juste , ce rien de l'homme produit au Juste un souverain bonheur, et ce tout de Dieu lui est donné, selon saint Paul, pour lefoible effort qu'il lui en coûte, et pour un moment de tribulation, Momentaneumhoc et levé tribulationis nostrœ, œternum gloriœ pondus operaturinnobis (2. Cor., 4). D'homme à homme, poursuit saint Bernard, ce seroit usure , et une usure criminelle; mais si c'est une usure à l'égard de Dieu, non seulement elle est permise, mais elle est louable, mais elle est sainte, mais elle est digne de Dieu même. Cent pour un , voilà le traité qu'il fait avec nous: Cenluplum accipiet (Matth., 19). En sorte qu'on peut bien appliquer aux Justes ce que le Prophète royal, quoique dans un sens tout différent , disoit des Israélites : Pro nïhilo liabuerunt terram desiderabilem (Ps. 105J ; Ils ont eu pour rien cette terre bienheureuse, qui doit être l'objet de nos désirs. Qu'est-ce à dire, qu'ils l'ont eue pour rien? Oui , pour rien, répond saint Jérôme, parcequ'en effet ils l'ont acquise et mérilée par des actions de nul éclat, par de légères observances, par quelques pratiques de piété , de charité, d'humilité. Ce n'étoit rien aux yeux des hommes ; mais par-là néanmoins ils sont arrivés à l'héritage des enfants de Dieu : Pro nihilo habuerunt terram desiderabilem.

Aussi le Fils de Dieu , dans l'Évangile , ne fait pas seulement dépendre le salut des actions héroïque; il ne nous dit pas seulement ï Vous parviendrez à ma gloire en quittant le monde , en vous dépouillant de vos biens , en souffrant le martyre ; il ne l'attache pas même uniquement aux préceptes de la loi, dont la pratique est plus difficile, et qui sont d'une perfection plus relevée, au sacrifice d'un ressentiment, à l'oubli d'une injure, à l'amour d'un ennemi. Mais que fait-il? il prend de toutes les actions chrétiennes la plus aisée ; et pour un verre d'eau donné en son nom , il nous promet son royaume, et nous le promet avec serment : Amen dico vobis , non perdet mercedem suam (Matth., 10). Et pour combien de temps encore nous le promet-il? pour toujours, In perpétuas œternitates (Dan., 12). Remarquez cette expression du prophète : ce n'est pas seulement pour une éternité, mais en quelque sorte pour autant d'éternités que nous aurons pratiqué de devoirs , puisqu'il n'y en aura pas un qui n'ait sa récompense, et une récompense éternelle. Ah! mes Frères, s'écrie saint Bernard, où est notre zèle, où est notre foi , si ces motifs ne nous touchent pas? et à quoi sommes-nous sensibles , s'ils ne sont pas capables de nous exciter et de nous piquer? Où est notre prudence, si nous ne travaillons pas comme des hommes persuadés que ces œuvres , quoique passagères , ne passent point ; et que pour être faites dans le temps , elles n'en sont pas moins les précieuses semences de l'éternité ? Ne- B. 2. 4

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scitis quod non transeunt opéra nostra, sed velut qucedam œternïtatis semina jaciuntur (Bern.). Si le laboureur négligeoit son grain, sous prétexte que c'est peu de chose , et s'il le dissipoit au lieu de le mettre dans le sein de la terre, ne le traiteroit-on pas d'insensé? Il est vrai , lui diriez-vous , c'est peu de chose en apparence que ce grain ; mais, tout petit qu'il est maintenant, il contient toute l'espérance de l'avenir; et quand vous le laissez perdre, vous ne renoncez à rien moins qu'à une ample récolte que vous en pouviez attendre.

Faisons-nous la même leçon. Car voilà, mes chers auditeurs, l'idée véritable de la vie lâche et paresseuse de tant de Justes. Voilà le désordre à quoi tous les jours nous sommes sujets, vous dans le monde, et moi, si je n'y prends garde, dans la profession religieuse. Dieu, par une protection toute spéciale, nous préservant des chutes grièves, il ne tiendroit qu'à nous que toutes nos œuvres ne fussent autant de gages d'une glorieuse immortalité , et qu'à proportion de la ferveur qui les animeroit , elles ne rendissent les unes trente , les autres soixante , et plusieurs même jusqu'à cent , selon la parabole de l'Évangile. Dans le commerce du monde , combien d'occasions avez-vous sans cesse de pratiquer la patience, la soumission, l'abnégation chrétienne? vous le savez , et vous ne le dites que trop. Et moi-même , dans ma profession , combien de sacrifices aurois-je à faire de ma volonté, de ma liberté, de mon esprit, des aises et des commodités de la vie? je le reconnois à ma confusion , et j'en fais publiquement l'aveu pour ma propre instruction. Qu'est-ce que tout cela, sinon ce grain évangélique, cette divine semence qui rendroit notre vie féconde? Mais au lieu de tant de richesses que nous pourrions amasser, nous languissons dans une triste disette : tout nous échappe des mains , ou rien presque ne profite dans nos mains : soit lâcheté et tiédeur , soit dissipation d'esprit et distraction , soit embarras et soins superflus , soit habitude, soit vanité, il y a toujours dans nos actions un ver qui en altère la vertu et qui en arrête le fruit.

Cependant ne cessons point d'admirer le pouvoir de la grâce sanctifiante. Car, dans cet état , il n'est pas même toujours nécessaire, dit saint Thomas, que nos œuvres, pour être des œuvres de salut, soient saintes par elles-mêmes : c'est assez, quoiqu'elles soient indifférentes de leur nature, que la charité les dirige et que la grâce les sanctifie. Ainsi l'Apôtre nous l'a-t-il appris , lorsqu'il disoit aux Corinthiens , non pas précisément : Soit que vous jeûniez ou que vous vaquiez à la prière ; mais même , Soit que vous buviez ou que vous mangiez, Sive manducatis sïve bibïtis (1. Cor., 10) , faites tout pour la gloire de Dieu , Omnia in gloriam Bel facite ; et la gloire que vous procurerez à Dieu servira à la vôtre, et vous donnera un droit légitime à cette couronne de justice qu'il vous réserve. 11 n'y a rien que de naturel dans ces actions considérées seulement en elles-mêmes ; je le sais : mais la grâce , ce germe sacré et ce levain de bénédiction , qui

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se répandra dans toute la masse de vos actions, en rehaussera le prix, et les élèvera à un ordre supérieur. Ah ! Chrétiens, quelle consolation pour une ame juste et fervente, si nous goûtions, selon la parole de saint Paul, les choses du ciel! Quœ sursiim sunt sapitc(Colos.95). Quelle impression feroit sur nos cœurs une vérité si touchante ! Vous me demandez sur quoi elle peut être fondée? le voici, et c'est par-là que je finis. Car je la trouve établie sur trois belles qualités, qui conviennent au Juste et qui le distinguent devant Dieu : qualité d'ami de Dieu , qualité de ministre de Dieu , et qualité de membre incorporé à Jésus-Christ, qui est l' Homme-Dieu.

Qualité d'ami de Dieu. Oui , mon cher auditeur , cette bonne œuvre, quelle qu'elle soit d'ailleurs, est dans la personne du Juste une action d'ami. Faut-il s'étonner si Dieu la fait tant valoir, et s'il ouvre les trésors de sa gloire pour la récompenser? D'un ami tout est bien reçu, et les moindres services de sa part ont un agrément et un mérite particulier. Dieu aime le Juste ; et sans avoir les imperfections et les foiblesses de l'amitié, parceque l'amitié n'est point en lui une passion comme elle l'est en nous, il eh a toute l'ardeur et tout le zèle; d'où il s'ensuit que toutes les œuvres du Juste , même lès moins importantes, sont agréables à Dieu. Or ce qui est digne de la complaisance de Dieu, est digne de gloire aussi long-temps qu'il plaît à Dieu de l'agréer ; et parceque cette action sera éternellement agréée de Dieu , il faut qu'éternellement elle ait sa récompense. Voyez comment Dieu s'en explique lui-même à Famé fidèle, qu'il traite de sœur et d'épouse bien aimée: Vulnerasti cormeum, soror mea sponsa; Vous avez blessé mon cœur, lui dit-il, et par où? In uno oculorum tuorum, et in uno crine colli lui (Cant., 4) ; Par l'éclat d'un de vos yeux, et par un cheveu de votre tête. Qu'entend-il par-là, demandent les Pères, ou que nous fait-il entendre, si ce n'est, répond saint Bernard, que son cœur est aussi bien touché de la fidélité du Juste dans les plus petites choses que dans les grandes? Car cet œil brillant de lumière nous marque ce qu'il y a de plus éclatant dans la sainteté; et ce cheveu de la tête, au contraire, nous représente ce qu'il y a de moins remarquable. Mais Dieu envisage tout à la fois l'un et l'autre dans son épouse , et se laisse tout à la fois gagner par l'un et par l'autre • Vulnerasti cor rneum in uno oculorum tuorum, et in uno crine colli tilt. Or il n'est pas étonnant que ce qui gagne au Juste le cœur de Dieu, lui gagne le royaume de Dieu.

Qualité de ministre de Dieu : comment? c'est que le Juste, agissant comme Juste, agitpourDieu etau nom de Dieu. Or quand les Saints agissoient au nom de Dieu, dit saint Chrysostome, que n'ont-ils pas fait avec les plus foibles instruments? Moïse, avec une baguette, remplit l'Egypte de prodiges. Samson, avec un reste d'ossements, défit des milliers d'hommes. Élie, avec un manteau, divisales eaux du Jourdain. L'ombre de saint Pierre guérit les maladies les plus mortelles. Qu'est-ce que cette baguette, ce manteau, cet ossement, cette ombre? Les actions du Juste

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ne sont-elles pas encore plus nobles, et par conséquent; dansées mains du Juste , ne sont-elles pas encore plus efficaces auprès de

Dieu?

Enfin, qualité de membre incorporé à Jésus-Christ, qui estl'Homme- Dieu. Car du moment que nous sommes en grâce avec Dieu, nous ne faisons plus qu'un corps avec Jésus-Christ, nous n'agissons plus que comme ses membres, nous ne vivons plus que de son esprit, ou plutôt ce n'est plus nous qui vivons , mais Jésus-Christ qui vil en nous : Vivo cgo,jam non ego, vivit vero inme Christus (Ga/at.,2.) Or si Jésus-Christ vit en nous , c'est Jésus-Christ qui agit en nous ; et s'il agit en moi , toutes mes œuvres sont donc marquées de son sceau et revêtues de ses mérites. Par conséquent, chaque action que je fais est un fonds pour l'éternité, et un fonds d'autant plus précieux, que c'est dans un sens l'action de Jésus-Christ même plus que la mienne. Que ne disent pas les théologiens, quand ils parlent de l'humanité sainte de cet adorable Rédempteur ? Un seul acte de sa volonté, une larme de ses yeux, une parole de sa bouche, auroit mérité la rémission de tous les péchés du monde ; pourquoi? parceque tout cela , quoique humain , partoit d'une personne divine. Je sais que quand ce divin médiateur agit en moi , il n'agit pas avec la même perfection ; mais toujours est-il vrai que tout le bien que je pratique vient de lui ; et puisqu'il vient de lui , il n'est point au-dessous de la souveraine béatitude. Ainsi je m'adresse à Dieu avec un© sainte confiance, et j'ose lui dire : Vous me la devez, Seigneur, celte suprême félicité, et votre justice aussi bien que votre parole y est engagée : car ce peu que je vous offre n'est pas de moi , mais du Sauveur que vous m'avez donné ; et si ce que je vous demande est grand , tout grand qu'il est , il n'excède point les mérites de votre Fils.

Voilà , Chrétiens, ce que dit le Juste ; voilà ce que vous pouvez dire à chaque moment de la vie , parcequ'il n'y a point de moment dans la vie que vous ne puissiez sanctifier par une œuvre chrétienne et méritoire. Si vous ne profitez pas de cet avantage, c'est que vous ne le connoissez pas , ou que vous êtes moins touchés des intérêts de votre salut que des intérêts du monde. Car que ne faites-vous pas pour vous élever et vous agrandir dans le monde? Vous y pensez, vous y travaillez sans relâche, vous en ménagez toutes les occasions; vous n'attendez pas qu'elles se présentent, vous les cherchez, vous les prévenez, parceque vous vous êtes laissé infaluer de la fortune du monde et de ses faux biens. Mais pour ce véritable et solide bien , qui doit être le terme de votre espérance ; mais pour ce bien , le seul de tous les biens capable de combler les désirs de votre cœur; mais pour ce bien incorruptible, et que le temps ne finit point; mais pour ce bien qui est en Dieu , et qui n'est rien moins que Dieu , c'est sur quoi vous vivez dans l'oubli le plus profond et dans la plus mortelle indifférence.

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Ah ! mon cher auditeur, si je vous disois que, dans l'état de la justice chrétienne et de la grâce, tout réussit et tout prospère selon le monde, qu'on s'avance à la cour, qu'on parvient aux premiers rangs et aux premiers ministères , qu'on a part à toutes les faveurs du prince; que c'est par-là qu'on grossit ses revenus, par-là qu'on établit sa famille, par-là qu'on se fait un grand nom et qu'on éternise sa mémoire : quel feu et quelle ardeur j'allumerois tout-à-coup dans vos coeurs ! La pénitence a-t-elle rien de si austère, et la religion rien de si parfait qui vous étonnât? C'est alors que vous commenceriez à être chrétien, si toutefois avec de telles vues on pouvoit l'être. Mais si j'ajoutois que cette prospérité temporelle est attachée aux moindres exercices du christianisme ; que tout y peut servir , une pensée , un sentiment, un désir, une parole, un regard , un geste, et qu'il ne tient qu'à une condition, qui est l'innocence de l'ame; quels soins vous verrois-je prendre et quels efforts feriez-vous, ou pour vous maintenir, ou pour rentrer dans cette voie sainte dont les issues vous paroîtroient si heureuses? Or ce que je ne puis vous dire à l'égard du monde et de ses faux biens , je vous le dis par rapport à Dieu et au bonheur que vous en devez attendre. Vos jours , si vous le voulez , seront des jours pleins, parceque la grâce , si vous le voulez, en les sanctifiant les remplira, Dies pleni invenientur in eis (Ps. 72) : au lieu que ce sont des jours vides , parceque le péché ruine tout et vous dépouille de tout; d'autant plus malheureux, que vous ne sentez pas votre malheur. On perd la grâce sans peine , et l'on vit dans le péché sans remords; on s'en fait une habitude, un plaisir, une gloire, souvent même un intérêt et une loi. Mais, mon Dieu , jusques à quand aimeront-ils la vanité et la bagatelle? Usquequô , parvuli, diligitis infantiam (Prover. 1)? Et, ce qui est encore plus déplorable, jusques à quand chercheront-ils eux-mêmes ce qu'il y a pour eux de plus funeste et de plus mortel ? Et stulti ea quœ sibi sunt noxia , cupiuni (Ibid.)? Sur toute autre chose ils sont si éclairés! ce sont de sages politiques, ce sont d'habiles ministres, ce sont de grands capitaines; ils ont en partage l'esprit , la politesse , l'agrément , l'opulence , l'autorité, la grandeur : le monde leur applaudit , il les adore; et à en juger selon la prudence de la chair, ils ont en effet de quoi s'attirer les applaudissements et les adorations du monde. Mais, Seigneur, votre divin esprit les traite d'enfants , parvidi ; il va même plus loin , et il les traite d'insensés, stulti; parce qu'uniquement occupés du présent qui les séduit et qui passe , ils ne font rien , ils n'amassent rien pour un avenir qui ne passera jamais : Usquequô, parvuli, diligitis infantiam, et stulti ea quœ sibi sunt noxia , cupiunt ? Dissipez , mon Dieu, le charme qui les aveugle; pénétrez-les d'une crainte salutaire du péché ; inspirez-leur une haute estime de votre grâce. 11 y a jusques au milieu de la cour de fidèles Israélites qui ne fléchissent point le genou devant Baal; il y a des âmes droites, pieuses, innocentes.

Que ce discours serve à réveiller toute leur ferveur ; qu'il leur donne une sainte avidité d'accumuler bonnes œuvres sur bonnes œuvres , et mérites sur mérites ! Ce sont les seules richesses que nous pouvons emporter avec nous , et que nous retrouverons dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

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