partie
Première partie. Le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne . Je considère quatre choses dans la résurrection du Sauveur : savoir, l'exemple de celte résurrection, la foi de cette résurrection , la gloire do cette résurrection, et le sacrement de cette résurrection. Or, 1» l'exemple de la résurrection de Jésus-Christ est le vrvi modèle de notre persévérance dans la grâce; 2° la foi de la résurrection de Jésus-Christ est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce; 5° la gloire de la résurrection de Jésus-Christ est un des plus touchant motifs de notre persévérance dans la grâce; 4° le sacrement delà résurrection de Jésus-Christ, de la manière que je l'expliquerai, est comme le sceau de notre persévérance dans h grâce.
1. L'exemple de la résurrection de Jésus-Christ est le vrai modèle de noire persévérance dans la grâce. Car Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, dit l'Apôtre, et nous-mêmes nous ne devons plus mourir. Pourquoi la résurrection du Sauveur estelle la seule que Dieu ait choisie pour nous servir de modèle dans notre conversion? Pourquoi ne nous a-t-il pas proposé la résurrection de tant d'autres , par exemple , de Lazare? C'est que la résurrection de Lazare n'étoit qu'une résurrection passagère, etquenolro conversion doit être durable. Si donc vous retombez dans est état de
mort où le péché vous avoit réduit, votre pénitence n'est point ce qu'elle doit être , pareeque vous n'êtes pas ressuscité comme Jésus-Christ. Ah ! Seigneur, s'écrioit le Prophète royal , c'est sur le modèle de la résurrection de votre Fils que vous m'avez jugé, et que vous avez examiné si ma conversion avoit toutes les qualités d'une résurrection parfaite: Probasti me, et cognovisti me : tu cognovisti sessionemmeam, et resurrectionem meam. Et par où avez-vous connu qu'elle seroit telle que vous la demandiez, ou qu'elle ne le seroit pas? par l'avenir, et par ma persévérance: Inlellcxisti eogitationes meas de longe, et omnes vias meas prœvidisti.
2. La foi de la résurrection de Jésus-Christ est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce. Comment cela? C'est que la résurrection de Jésus-Christ est un des principaux fondements de la foi chrétienne. Or ce qui fait subsister notre foi fait subsister noire conversion, pareeque notre conversion, selon le concile de Trente, n'a point d'autre fondement que notre foi. Avant la résurrection du Sauveur, rien de plus foible que les apôtres ; mais depuis cette résurrection ce furent des hommes intrépides et inébranlables. Quand saint Paul exhortoit les Hébreux à la persévérance, voici une des grandes raisons dont il se servoit : Christus heri et hodiè , ipse et in secida. Jésus-Christ n'est plus sujet à aucun changement ; il étoit hier, il est encore aujourd'hui, et il sera le même dans tous les siècles. Rappelons un de ces moments où, touchés de Dieu, nous avons formé de si saintes résolutions, et demandons-nous à nous-mêmes : Les principes de foi et les vérités sur quoi j'établissois ma conversion ont ils changé? Ce qui étoit vrai alors l'est encore maintenant, et le sera toujours. Pourquoi donc changerois-je, moi, de conduite , et démentirois-je les promesses que j'ai faites à Dieu? Excellente pratique pour apprendre à persévérer. Credidi, propter quod lociitus sum ; J'ai cru , Seigneur, et c'est pour cela que je vous ai donné une parole que je ne rétracterai jamais.
5. La gloire de la résurrection de Jésus-Christ est un des plus touchanis motifs de notre persévérance dans la grâce. La raison est que cette résurrection du Sauveur nous met devant les yeux la gloire et l'immortalité bienheureuse où nous aspirons , et qui doit être notre récompense éternelle. Aussi prenez garde que ce fut cette vue qui inspira au saint homme Job tant de constance dans les plus rigoureuses épreuves: Scio quod Uedemptor meus vivit , et in novissimo die de terra surrecturus sum.... Bcposita est liœc spes in sinu meo.
4: Le sacrement de la résurrection de Jésus-Christ est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce. J'appelle le sacrement de sa résurrection le sacrement de son corps, que nous avous reçu en célébrant sa résurrection glorieuse. Il prétend par-là servir d'aliment à notre ame; et c'est pour cela que le prêtre, en nous faisant part de cette divine nourriture, nous a dit : Que le corps de notre Seigneur Jcsus- Clirist conserve votre ame pour la vie éternelle. Ne pourrois-je donc pas bien , si vous retourniez à vos premières habitudes, vous faire le même reproche que saint Paul faisoit aux Galates : 0 insensati Galatœ ! quis vos fascinavit non obedirc veritati? O insensés que vous êtes ! qui vous a ensorcelés pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité ? Quelle folie d'avoir commencé par la pureté de l'esprit , et de finir par la corruption de la chair!
Deuxième partie. La persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le gage le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité : 1° la persévérance représente déjà dans nous l'état de cette bienheureuse résurrection; 2° elle nous dispose et nous conduit à cette bienheureuse résurrection ; 3° elle nous fait mériter, autant qu'il est possible, îa grâce spéciale de cette bienheureuse résurrection.
i . La persévérance chrétienne représente déjà dans nous l'état de celte résurrection glorieuse , dont nous voyons les prémices dans la personne du Sauveur. En quoi consiste cet état des corps glorifiés? en ce qu'ils ne sont plus sujets à aucune vicissitude , en ce que leur gloire est immortelle. Or rien n'approche plus de cet état que la persévérance du Juste , ou d'un pécheur converti. Car au lieu que les mondains sont dans un changement perpétuel , le Juste , fortifié par la bonne habitude , est inviolablement ce qu'il doit être, et par-là anticipe l'heureux état de la résurrection future. C'est ce que disoit saintCyprienà des vierges chrétiennes: Vos resurrectionis
712 ANALYSES DES SEKMOINS.
gloriam in hoc seculojam tendis : Vous possédez par avance dans cette vie la gloire que nous attendons dans l'autre. Or ce que saint Cyprien leur disoit, je puis bien vous l'appliquer; et les plus libertins mêmes ne sont pas exclus de ce bonheur, puisque les plus libertins sont capables d'une parfaite conversion comme les autres pécheurs. Mais si vous ne soutenez pas ce que vous avez entrepris , il est bien à craindre que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui, selon la parole du Prophète royal, doivent un jour ressusciter dans l'assemblée des Justes. Celui, dit le Sauveur du monde , qui regarde derrière lui après avoir mis la main à la cbarrue, n'est pas propre au royaume de Dieu. Et comment un homme inconstant et léger, reprend saint Cbrysostome , seroit-il propre au royaume de Pieu , puisqu'il ne l'est pas même pour le monde et pour les affaires du monde ? Et d'ailleurs, conclut le même Père, si nous ne sommes pas propres au royaume de Dieu, que sert- il de l'être pour tout autre chose?
2. La persévérance chrétienne nous dispose et nous conduit à la résurrection bienheureuse. Car elle nous conduit à la persévérance finale, qui est la dernière disposition à la bienheureuse immortalité. Dans les prédestinés, dit saint Jérôme, on ne cherche pas le commencement, mais la fio. Par conséquent, c'est la persévérance qui met le comble à la prédestination des élus. Cela s'entend, me direz-vous, de la persévérance finale; il est vrai : mais par où arrive-t-on à la persévérance finale, sinon par la persévérance commencée, qui est celle de la vie? Ainsi nous ne nous disposons à régner un jour comme les Saints dans le ciel, qu'autant que nous nous accoutumons à persévérer comme eux sur la terre.
5. La persévérance chrétienne nous fait mériter, autant qu'il est possible, la grâce spéciale de la résurrection bienheureuse : pourquoi? parcequ'elle nous fait mériter, autant qu'il est possible, la grâce de la persévérance finale. Quand je dis mériter, je n'entends pas d'un mérite de justice, mais d'un mérite de convenance, et fondé sur la miséricorde et la libéralité de Dieu. C'est-à-dire que Dieu voyant l'homme appliqué de sa part à se maintenir dans !a grâce, il se sent réciproquement ému, en vue d'une telle constance, à le gratifier de ses plus singulières faveurs, et en particulier du don de la persévérance finale. De là, quand nous voyons un Juste mourir saintement, nous ne nous en étonnons point; mais nous reconnoissous en cela une espèce de convenance, qui, sans blesser en rien la justice de Dieu, l'a engagé à déployer toute sa miséricorde et à l'exercer. Au contraire, quand on nous parle de certains Justes qui se sont démentis à la mort , et se sont malheureusement perdus, nous en sommes effrayés , et nous jugeons qu'il y a eu dans cette disposition de Dieu quelque chose que nous ne comprenons pas. Quoi qu'il en puisse être, la surprise où nous jettent ces chutes inopinées et ces coups de réprobation , est une preuve que ce n'est donc point ainsi que Dieu en use selon les règles ordinaires.
Je finis par la touchante exhortation de saint Jérôme à un homme du monde, qui commençoit à chanceler dans le dessein qu'il avoit pris de chercher à Bethléem un asile contre les périls du siècle: Obsecro te, Frater, et moneo parentis affectu, etc.. Application des paroles de ce Père à un pécheur converti.