‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 154 sur 164 · LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SLR LES OEUVRES nE LA FOI.

Sujet. Pierre lui répondit : Maître , nous avons travaillé tonte la nuit, et nous n'avons rien pris : mais sur votre parole, je jetterai encore le filet.

Voulons-nous travailler utilement, appelons à nous Jésus-Christ, et travaillons sous ses ordres et en son nom. Agissons selon la foi et par la foi.

Division. La foi se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvre*, première partie. Elle se rétablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres, deuxième partie.

Première partie. La foi se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres. La perte de la foi ne peut venir que de deux principes, de Dieu et de nousmêmes. De nous-mêmes, qui ne cooservons pas avec soin le précieux trésor de la foi. De Dieu, qui retire de nous les grâces et les lumières de la foi. Or l'un et l'autre n'arrive que par notre relâchement dans la pratique des bonnes œuvres, qui sont les fruits de la foi.

1 . De nous-mêmes nous perdons la foi, parceque nous n'en pratiquons pas les œuvres; car ce qui la fait vivre, ce sont les œuvres. Quaud donc les œuvres cessent, elle s'altère, elle devient languissante, et, selon l'expression de saint Jacques, elle meurt. Il est vrai qu'il n'y a que le péché d'infidélité qui puisse absolument la détruire; mais on en vient peu à peu à ce péché. Ctr dès que la foi n'agit plus en nous, mille ennemis commencent à s'élever dans nous-mêmes pour agir contre elle, nos passions, l'orgueil, l'amour de la liberté, le monde, la chair : et comment se délendra-t-elle, si elle n'a plus de mouvement ni d'action? Ce seroit une espèce de prodige, que, dans une vie déréglée, on conservât, une foi saine et pure. Mais dépend-il de nous de croire et d'avoir la foi ? oui, Chrétiens, avec le secours de la grâce.

2. De la part de Dieu, nous perdons la foi, parceque, voyant que nous n'en prati-

quons pas les œuvres, il relire de nous les grâces et les lumières de la foi. Riendc plus marqué dans l'Écriture. Et n'est-il pas bien naturel que la foi ne nous étant donnée que pour agir, Dieu la laisse détruire lorsqu'elle n'opère rien en nous et que nous ne faisons rien avec elle? C'est ainsi que des esprits sublimes, des esprits forts, pénétrants, éclairés, selon le monde , sont tombés et tombent encore dans des aveuglements qui font horreur.

Deuxième partie. La foi se rétablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres ; car c'est par les bonnes œuvres fidèlement et sincèrement pratiquées que l'on parvient à la perfection de la foi. Il est vrai que la foi au moins commencée est le principe nécessaire du bien que nous faisons pour Dieu; mais il n'est pas moins vrai que c'est le bien que nous faisons pour Dieu qui nous conduit à cette foi parfaite et achevée dont dépend notre sainteté. Ainsi le centenier Corneille , d'une foi obscure et confuse qu'il avoit des mystères de Dieu , parvint à cette foi claire et distincte qui lui fit connoitre Jésus-Christ, et embrasser sa loi. Dieu eut égard aux œuvres de piété et de miséricorde où il s'exerçoit continuellement, selon qu'il est rapporté dans les Actes des apôtres. De là \ient que, dans le langage des Pères, ces bonnes œuvres sont appelées œuvres édifiantes. De là vient que saint Paul exhortoit si fortement son disciple Timoihée à ressusciter dans lui-même, par de saintes œuvres, la grâce qu'il avoit reçue, et c'est à quoi l'on ne peut trop exhorter tant de chrétiens foibles et chancelants. Pour trouver Dieu, il faut le chercher; et pour le chercher, il faut agir.

Vous me direz que pour pratiquer ces bonnes œuvres, par où l'on parvient à la perfection de la foi, vous n'avez pas encore assez de foi. Faux prétexte. En quelque désordre que nous puissions être, non seulement il nous reste assez de foi pour faire ces œuvres qui doivent rétablir notre foi , mais nous avons à craindre qu'il ne nous en rese trop pour servir à notre condamnation, si nous ne les faisons pas. Quand nous n'aurions que la foi d'un Dieu et de ses adorables atiributs , en faudroit-il davantage pour nous porter à tout le bien qu'on exige de nous? Corneille le centenier en avoit il d'abord une autre? Jésus-Christ disoit aux Juifs : Marchez pendant que vous avez la lumière ; et leur foi néanmoins étoit alors dans son déclin. Un homme du monde, un pécheur, quo'que sa foi soit presque éteinte, a toujours malgré lui certains retours intérieurs, certaines vues dont il ne tient qu'à lui de profiter. Prière à Dieu.

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