LE TREIZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
SLR LÀ CONFESSION.
Sojet. Dès qu'il eut aperçu ces lépreux , il leur dit : Allez , faites-vous voir aux
prêtres.
Ces lépreux guéris , et obligés de se montrer aux prêtres , nous représentent les pécheurs appelés au tribunal de la pénitence pour y confesser leurs péchés et y être absous.
Division. Par rapport au passé , la confession est le moyen le plus efGcace et le plus puissant que la Providence nous ait fourni pour effacer le péché : première partie. Et par rapport à l'avenir, la confession est le préservatif le plus infaillible et le plus souverain pour nous garantir des rechutes dans le péché : deuxième partie.
Première partie. Par rapport au passé, la confession est le moyen le plus efficace et le plus puissant que la Providence nous ait fourni pour effacer le péché. D'où tiret-elle cette vertu? 1° de la volonté ou du don de Dieu ; 2° d'elle-même et de son propre fonds.
i. De la volonté ou du don de Dieu. Un moyen de pénitence et de salut n'est efficace qu'autant que Dieu veut l'accepter. Or il a voulu et il veut accepter, pour la rémission des péchés, la confession. En quoi Dieu fait surtout paroître deux de ses divins attributs : sa grandeur et sa bonté. Sa grandeur, remettant le péché en souverain, et sans observer avec nous toutes les formalités d'une justice rigoureuse. Il lui suffit que nous nous reconnoissions coupables. Sa bonté, exigeant de nous si peu de chose, et se contentant, pour nous pardonner, du simple aveu de notre péché et du repentir de notre cœur. Mais , dit-on , c'est à un homme qu'il faut faire cet aveu : il est vrai , c'est à un homme, mais à un homme tenant la place de Dieu , et le ministre des miséricordes de Dieu. Est-ce donc là une condition si difficile , eu égard à la grâce que hgus obtenons?
2. D'elle-même et de son propre fonds. Car la confession du péché fait trois choses les plus capables de gagner le cœur de Dieu. i0 Elle humilie le pécheur, et par-là lui arrache jusqu'à la racine du péché , qui est l'orgueil. Différence entre l'esprit de l'hérébie et l'esprit de la vraie religion. Comme l'esprit de l'hérésie est un esprit d'orgueil, il n'a pu souffrir la confession des péchés aux prêtres. D'ailleurs, illusion de ceux qui fuient la confession par la honte qu'ils y trouvent, et de ceux qui voudroient ôter cette honte aux pénitents. 2° La confession excite en nous la douleur et la contrition du péché : car nous ne comprenons jamais plus vivement la malice du péché que lorsque nous en faisons la déclaration au tribunal de la pénitence. Hors de là nous n'y pensons pas, ou nous n'y pensons qu'à demi. 5° Enfin il ne tient qu'à nous que la confession ne commence déjà à expier la peine du péché , et qu'elle ne nous serve de satisfaction pour le peché. Car dès qu'elle nous est pénible et que nous y sentons une répugnance qui nous coûte à surmonter, nous pouvons nous en faire un mérite auprès de Dieu. Aussi saint Ambroise n'a pas craint de dire que la confession du péché est l'abrégé de toutes les peines ordonnées de Dieu contre le péché : Omnium pwnarum compendium. Explication de cette parole.
Deuxième partie. Par rapport à l'avenir, la confession est le préservatif le plus infaillible et le plus souverain pour nous garantir des rechutes dans le péché. Ceci se vérifie en considérant le sacrement de pénitence sous trois rapports : ï° par rapport à Jésus -Christ, qui en est l'auteur ; 2° par rapport au prêtre, qui en est le ministre ; 3° par rapport à nous-mêmes, qui en sommes les sujets.
i. Par rapport à Jésus-Christ, qu'est-ce que le sacrement de pénitence? C'est une de ces sources de grâces que ce Sauveur en mourant fît couler de son sacré côlé. Mais quelles grâces sont particulièrement attachées à la confession sacramentelle ? des grâces de défense et de soutien. Dieu veut que nous allions recueillir ces grâces dans son sacrement : et de là il s'ensuit qu'un chrétien qui quitte l'usage de la confession, renonce aux grâces du salut les plus essentielles, qui sont les grâces de précaution contre le péché ; et que plus un chrétien approche du saint tribunal, plus il se fortifie contre la tentation.
2. Par rapport au prêtre. Car le prêtre, en qualité de ministre choisi de Dieu, a une grâce particulière pour la direction des âmes, et pour les maintenir dans la voie de la justice chrétienne. Et en effet, que ne peut point sur nous un directeur prudent et zélé , en qui nous avons confiance ? Erreur ou mauvaise foi de ceux qui ne veulent prendre d'un confesseur nulle règle de direction.
5. Par rapport à nous-mêmes. L'expérience nous apprend que la confession est un frein pour arrêter notre cœur et pour réprimer ses désirs criminels. Cette seule pensée, Je dois demain ou dans quelques jours paroître au tribunal de la pénitence, est capable de nous retenir dans les plus dangereuses occasions. Au contraire , quand une fois on a secoué le joug de la confession, en quels abîmes ne se précipite- t-on pas? Les hérétiques ne l'ont que trop éprouvé. On me dira qu'il se glisse bien des abus dans la confession; mais de quoi ne peut-on pas abuser? Corrigeons les abus et conservons l'usage de la confession.
LE QUATORZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE. SUR l'éloignement et la fuite du monde.
Sujet. Jésus dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre ; ou il s'attachera à celui-là et méprisera celui-ci.
Dieu et le monde sont ces deux maîtres. Pour être à Dieu, il faut renoncer au monde.
Division. Le monde nous distrait ou même nous corrompt. Or les occupations et les soins du monde ne peuvent jamais dispenser un homme chrétien de s'éloigner au moins quelquefois du monde qui le distrait, et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à l'affaire de son salut : première partie. Tous les engagements du monde ne justifieront jamais devant Dieu un homme pécheur de n'avoir pas fui, même absolument, le monde qui le corrompoit, et de n'y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance l'affaire de son salut : deuxième partie.
Pbemière partie. Les occupations et les soins du monde ne peuvent jamais dispenser un homme chrétien de s'éloigner au moins quelquefois du monde qui le distrait, et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à l'affaire de son salut. Car, sans cet éloignement du monde à certains temps et sans cette retraite, il n'est pas moralement possible de connoître tous ses devoirs, de remarquer toutes les fautes qu'on y commet, et de se prémunir contre tous les dangers où l'on se trouve exposé, c'est-àdire qu'il n'est pas moralement possible de se sauver. Or quand il s'agit du salut, l'importance de cotte affaire doit évidemment l'emporter sur toutes les autres affaires. C'est ce que le Fils de Dieu fit si bien entendre à Marthe, lorsqu'il lui dit : Marthe, vous vous embarrassez de beaucoup de choses; mais il n'y a qu'une seule chose nécessaire. Cependant nous sommes assez aveugles pour vouloir justifier notre négligence à l'égard d'une telle affaire, par l'attention que demandent les affaires du monde.
On dit qu'on est accablé d'occupations : mais c'est en cela môme qu'est le désordre. Dieu ne veut pas que vous vous en laissiez tellement accabler au préjudice de votre B. 2. 4S
salut. Déchargez >vous d'une partie de ces occupations, si elles ne peuvent compatir avec le premier soin qui vous doit occuper. Belles maximes de saint Bernard écrivant là-dessus au pape Eugène. Le remède, c'est d'avoir certains temps de retraite où l'ou rentre en soi-même.
Mais on ajoute : Je ne suis pas le maître dan* ma condition de me retirer ainsi. Trois réponses : 1° quittez cette condition; il n'est pas nécessaire que tous y soyezj mais il est nécessaire que vous vous sauviez ; 2<> d'autres que vous , dans les mêmes conditions que vous, ou dans des conditions plus exposées que la vôtre aux embarras du monde, ont su trouver du temps pour penser à eux-mêmes et à leur sanctification, David, saint Louis ; 5° ces soins, que vous faites tant valoir, ne vous empêchent pas de ménager des temps de retraite pour votre santé, pour votre intérêt, pour vos divertissements. Il faut bien distinguer dans nos conditions deux sortes de soins : ceux que Dieu y a attachés, et ceux que nous y ajoutons nous-mêmes. Si nous nous en tenions aux premiers, ils nous laisseroient tout le loisir que demande le soin de notre ame, et de notre avancement dans les voies de Dieu. Reconnoissons notre injustice, et corrigeons-la.
Deuxième partie. Tous les engagements du monde ne justifieront jamais devant Dieu un homme pécheur de n'avoir pas fui même absolument le monde qui le corrompoit, et de n'y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance l'affaire de son salut. Rien de plus contagieux que le monde ; nous en convenons nous-mêmes. La conséquence, c'est donc de renoncer au monde, afin de nous préserver de sa contagion, surtout lorsque nous remarquons qu'elle agit plus fortement sur nous. Voilà le préservatif nécessaire; et sans cela ne comptons point sur les grâces de Dieu. Mais nous nous excusons sur les engagements qui nous attachent au monde, et voici quelques réflexions qui détruisent ce prétexte et qui paroissent convaincantes.
i . De quelque nature que puissent être les engagements qui vous arrêtent, l'intérêt de votre salut, comme on l'a déjà dit, est un engagement supérieur qui doit prévaloir. Nous raisonnons ainsi au regard de la vie du corps, et à plus forte raison devonsnous raisonner de même au regard de Ja vie de l'ame. Mais je suis résolu de me soutenir dans les dangers où m'engage le monde : vous le dites, mais fausse résolution, ou du moins résolution inefficace. Le passé doit vous l'apprendre, et l'avenir achèvera de vous le faire connoître.
2. Si vous voulez bien examiner ces engagements qui vous retiennent dans le monde, vous trouverez que la plupart ne sont point des engagements nécessaires, mais des engagements de passion, d'ambition, de curiosité, de sensualité, de mondanité. Or de tels engagements doivent-ils vous arrêter? Le monde parlera de votre divorce avec lui : eh bien ! vous laisserez parler le monde. Ne le laissez-vous pas parler sur mille autres sujets, sans vous mettre en peine de ses discours? Fuyons donc le monde, et sortons de celte Babylone. Ce n'est pas, après tout, qu'il n'y ait un certain monde dont la société peut être innocente, et avec qui nous pouvons converser.