‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 18 sur 164 · SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Hoc autemtotumfactum est, ut adimpleretur quod diclum est per prophetam dicentem : Dicile filiœ Sion : Ecce rex tuus venit tibi mansuetus.

Or tout ceci se fit afin que cette parole du prophète fût accomplie : Dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur. Saint Màtth., chap. xxi.

Sire,

Le Prophète l'avoit prédit , que le Sauveur du monde entreroit dans Jérusalem glorieux et triomphant ; et c'est dans le mystère de ce jour que celte parole du Prophète devoit s'accomplir, et qu'en effet elle s'accomplit. Mais du reste pourquoi les Juifs reçoivent-ils aujourd'hui le Fils de Dieu avec tant de pompe et tant de solennité , et d'où leur vient ce zèle qu'ils font paroître pour lui rendre des honneurs qu'il n'en avoit jamais reçus? Cent fois ils l'avoient vu parmi eux, sans qu'à peine on pensât a lui : mais, par un changement bien nouveau, l'Évangile nous le représente dans une espèce de triomphe, entrant au milieu des acclamations et des applaudissements publics, escorté d'une foule de peuple, reconnu solennellement comme Fils de David et comme envoyé de Dieu : Hosanna Filio David ! benedictus qui venit in nomine Domini (Matth. , 21)/ N'en soyons point surpris, Chrétiens , puisque les évangelistes nous en apprennent la raison. Il venoit, ce Sauveur adorable, de faire un miracle dont le bruit s'éloit répandu dans toute la Judée. La résurrection de Lazare , de cet homme mort depuis quatre jours et enfermé dans le tombeau (miracle que toutes ses circonstances rendoient incontestable , miracle subsistant encore, dit saint Augustin , et que l'incrédulité même la plus obstinée ne pouvoit désa vouer) ,;voilà de qu<;i les habitants de Jérusalem avoient été témoins ; voilà ce qu'ils avoient admiré, et ce qui leur donna une si haute idée de Jésus-Christ. C'est donc en vue de ce miracle, et pour en reconnoître publiquement l'auteur, qu'ils courent au-devant de lui, portant des palmes dans les mains, et voulant honorer par-là, remarque saint Chrysostome, la victoire que cet Homme- Dieu avoit remportée sur la mort. Tel est , mes chers auditeurs, le précis de notre évangile dans le sens historique et littéral : écoutezen le mystère et l'application. Le temps approche, Chrétiens, et nous le commençons, où Jésus-Christ, par une action spirituelle et inté-

rieure, mais encore plus puissante et plus efficace, renouvelle ce grand miracle de la résurrection de Lazare, en faisant revivre par la gracede la pénitence des âmes mortes par le péché, et comme ensevelies dans leurs habitudes criminelles. Après ce miracle, l'Église, que tous les prophètes nous ont marquée sous la figure de Jérusalem /prépare à ce divin Sauveur une sainte et honorable entrée dans les cœurs des fidèles par la communion pascale; et, pour me conformer à son dessein, c'est de cette communion pascale que je dois vous entretenir. Saluons d'abord la Vierge, qui eut avant nous le bonheur de recevoir ce Verbe fait chair, et de le porter dans son sein : Ave Maria.

Deux sortes de personnes reçoivent aujourd'hui le Fils de Dieu dans Jérusalem : d'une part ses disciples, qui faisoient profession de le suivre , et qui par un engagement particulier s'étoient attachés à son parti ; d'autre part les pharisiens, les prêtres, les docteurs de la Synagogue, qui, par un aveuglement extrême, rejetaient sa doctrine et s'étoient secrètement ligués contre lui. Ses disciples le reçoivent avec respect, avec ferveur, avec joie ; et voilà pourquoi il vient à eux comme en triomphe, et même, selon la prophétie, en qualité de roi : Eccerextuus venit tibi mansuetus (Matth. , 21). Au contraire , les pharisiens le reçoivent avec des sentiments d'aigreur, et dans la résolution de faire bientôt éclater leurs pernicieux desseins, et de le perdre ; c'est pour cela qu'il vient à eux comme un ennemi, et que le Sauveur verse sur ces aveugles des larmes de compassion : Videns civitatem, flevit super illam ( Luc, 19). Deux idées bien naturelles de ce qui se passe encore chaque année dans la communion pascale, et dont je vais faire le partage de ce discours. Car prenez garde, Chrétiens : dans le triomphe dont les disciples de Jésus-Christ honorent ce divin maître, je trouve l'idée d'une sainte et parfaite communion ; ce sera la première partie : mais dans la manière dont ce même Dieu fut reçu des pharisiens, je trouve l'idée d'une communion indigne et sacrilège; ce sera la seconde partie. Pour les Justes, qui sont les vrais fidèles, le Sauveur vient comme un roi débonnaire et bienfaisant; mais pour les impies engagés et obstinés dans le crime, il vient comme un ennemi terrible et redoutable. C'est tout le sujet de votre attention.

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