DEUXIÈME PARTIE
P Saint Paul , instruisant les premiers fidèles sur l'Eucharistie, qui de nos mystères est le plus auguste , se servoit d'une expression bien remarquable pour leur donner à entendre l'abus qui se faisoit dèslors , et qui se fait encore tous les jouis dans le christianisme, de cet adorable sacrement : Qui enim manducal indigne , judicium sibi manducaî; non dijudicans corpus Domini(i. Cor., 11). Quiconque, leur disoit-il , mes Frères , mange indignement ce pain de vie , doit savoir qu'il mange sa propre condamnation ; et pourquoi? parcequ'il ne fait pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur. Prenez garde, s'il vous plaît : l'Apôtre réduisoit l'abus de la communion à ce seul point , de recevoir le corps de Jésus-Christ sans distinguer que c'est le corps de Jésus-Christ ; d'user de cette viande céleste, qui est immolée sur l'autel , comme on useroit d'une viande commune ; de ne Ja pas prendre avec ce sentiment respectueux que demande la chair d'un Dieu ; de la confondre avec les aliments les plus vils , ne mettant nulle différence entre manger et communier, entre participer à la sainte table et être admis à une table profane. Abus qui, dans ces premiers siècles de l'Église , pouvoit venir de l'ignorance des Gentils, ou de l'ignorance même des Juifs nouvellement convertis à la foi ; mais abus qui, par notre infidélité et par la corruption de nos mœurs, est devenu bien plus fréquent et plus criminel, parcequ'il n'est rien de plus ordinaire ni rien de plus déplorable que de voir encore aujourd'hui des chrétiens qui communient sans discerner la nourriture sacrée qui leur est offerte , c'est-à-dire sans qu'il paroisse que c'est une viande divine et la chair même du Rédempteur qu'ils croient recevoir : Non dijudicans corpus Domini.
Or j'applique ceci à mon sujet , et sans prétendre que la comparaison soit entière , elle me servira néanmoins et me tiendra lieu de preuve pour établir ma seconde proposition. Nous commettons tous les jours mille abus dans l'usage de la parole de Dieu ; et malheur à nous si les commettant , ou nous ne les connoissons pas , ou nous ne les ressentons pas! Mais, Chrétiens, l'abus capital, celui que nous devons sans cesse nous reprocher et d'où suivent tous les autres , c'est que , dans la pratique , nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole , je veux dire que nous ne l'écoutons pas comme parole de Dieu , mais comme parole des hommes ; qu'au
moment qu'elle nous est annoncée , au lieu de nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour lav recevoir avec cette préparation d'esprit qui nous la rendroit également vénérable et profitable, en nous souvenant que c'est la parole du Seigneur, nous nous en formons des idées tout humaines; que nous ne la déshonorons pas moins, selon la remarque de saint Chrysostome , en l'approuvant qu'en la méprisant , puisque dans nos éloges et dans nos mépris nous en jugeons comme si c'étoit l'homme et non pas le Dieu tout puissant qui nous parlât. Voilà ce que l'expérience m'a appris, ce qu'elle vous apprend à vousmêmes , et de quoi je voudrois vous foire sentir toute l'indignité.
En effet, convenez avec moi, mes chers auditeurs, que cet abus est un des désordres les plus essentiels où nous puissions tomber ; désordre, reprend saint Augustin, par rapport à Dieu, qui, selon l'Écriture, étant un Dieu jaloux, l'est singulièrement de l'honneur de sa parole; désordre par rapport à nous-mêmes , qui par-là détruisons et anéantissons toute la vertu que Dieu , comme auteur de la grâce , communique à cette sainte parole pour nous sanctifier : deux points d'une extrême importance. Ecoutez-moi. Quand vous ne faites pas un juste discernement du corps de Jésus-Christ, saint Paul prétend , et avec raison , que vous le profanez : Reus erit corporis et sanguinis Domini ( 1. Cor., 11 ) ; et moi je soutiens, par la même règle, que vous profanez la parole de Dieu quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme, selon l'esprit de notre religion. Ne comparons point ici ces deux désordres , pour en mesurer l'excès et la grièveté. Vous avez horreur d'une communion sacrilège, et loin d'affoibiir et de diminuer en vous ce sentiment , je voudrois , s'il m'étoit possible , l'augmenter encore et le confirmer : mais ma douleur est qu'avec cette horreur d'une communion indigne , vous n'ayez nul remords de l'outrage que vous faites à Dieu en écoutant , si je puis m'exprimer de la sorte , sa parole indignement; et je voudrois que l'horreur de l'un, par une conséquence naturelle , servît à exciter en vous l'horreur de l'autre. Tremblez, vous dirois-je, quand vous mangez le pain des anges avec aussi peu de foi que vous mangeriez un pain terrestre et matériel : en user ainsi , c'est un 'crime que vous ne détesterez jamais assez. Mais tremblez encore, ajouterois-je , quand vous entendez la parole que l'on vous prêche, avec aussi peu de religion que si c'étoit un discours académique ; quand, dis-je, vous l'entendez sans mettre entre elle et celle des hommes la différence que Dieu y met et qu'il veut que vous y mettiez ; et comprenez bien qu'il y a dans l'abus de la prédication une espèce de sacrilège que nous pouvons comparer à l'abus de la communion. Voici comment saint Augustin lui-même s'en est expliqué : Non minus estverbiimDei, quàm corpus Clirisû (Aug. ). Non, mes Frères, disoit-il , la parole de Dieu que nous entendons n'est rien à notre égard de moins précieux ni de moins sacré que le corps même de Jésus- Christ. Voilà le principe qu'il supposoit comme incontestable; d'où il
tiroit cette conclusion, qui, toute sensée qu'elle est, avoit toutefois besoin d'être appuyée de son autorité : Non minus ergô reus erit , qui verbum Deiperperàm audierit, quàm qui corpus Christi in terramcadere sua negligeniiâ prœsumpserit (àug.). Celui-là donc, ajoutoit-il, n'est pas en quelque sorte moins criminel ni moins sujet à l'anathème de saint Paul, qui abuse de cette sainte parole et qui la profane, que s'il profanoit le corps du Sauveur en le laissant tomber par terre et le foulant aux pieds. Avouons-le néanmoins, mes chers auditeurs, c'est ce qui vous arrive tous les jours , et à quoi vous n'avez peut-être jamais pensé, pour en faire devant Dieu le sujet de votre confusion et de votre douleur ; car si l'on venoit entendre la parole de Dieu comme parole de Dieu, y viendroit-on par un esprit de curiosité pour l'examiner, par un esprit de malignité pour la censurer, par un esprit d'intérêt pour faire sa cour, par un esprit de mondanité pour voir et pour se faire voir; le dirai-je, et n'en serez-vous point scandalisés? par un esprit de sensualité pour contenter les désirs de son cœur, et pour trouver l'objet de sa passion?
Ah ! Chrétiens, ne rougiroit-on pas de s* y présenter avec de telles dispositions? Cette pensée seule, C'est la parole de mon Dieu que je vais écouter, ne suffiroit-elle pas pour nous saisir d'une salutaire frayeur? Occupé de cette pensée , n'y viendroit-on pas avec un esprit humble , avec une ame recueillie , avec un cœur touché et pénétré des plus vifs sentiments de la religion ; en un mot , comme l'on iroit à un sacrement et au plus redoutable des sacrements , qui est celui de nos autels? Car voilà toujours la véritable et juste idée que nous devons avoir de la parole de Dieu : Non minus est verbum Dei , quàm corpus Christi. Quand donc vous venez l'entendre avec des vues toutes contraires , il est évident que vous ne la regardez plus comme parole de Dieu , mais comme parole de l'homme ; et tel est l'abus que je combats , et qu'on ne peut assez déplorer; car, dit saint Chrysostome, Dieu parlant en Dieu veut être écouté en Dieu ; et quand il parle par la bouche des prédicateurs, qui sont ses organes , il veut que ses organes soient écoutés comme lui-même : Qui vos audit, me audit; et qui vos spernit, me spernit ( Luc, 10). Mais vous, sans remonter si haut, vous voulez les écouter comme hommes, les contrôler comme hommes, les railler même souvent et les décréditer comme hommes ; et ce que vous ne feriez pas au moindre sujet qui vous annonceroit les ordres du prince et vous parleroit en son nom , vous le faites impunément et sans scrupule au ministre de votre Dieu. Après cela, étonnez-vous que j'en appelle à vousmêmes , et que je vous accuse devant le tribunal de votre conscience , d'avoir été cent fois et d'être encore tous les jours les profanateurs du saint dépôt que Dieu nous a confié, et qu'il nous a confié pour vous , qui est le ministère de sa parole !
Delà, par une conséquence immanquable, l'inutilité de ce divin ministère : car la parole de Dieu , reçue comme parole de l'homme ,
ne peut produire dans les cœurs que des effets proportionnés à la vertu de la parole de l'homme ; et il est de la foi que la parole de l'homme , quelque touchante, quelque convaincante, quelque forte et quelque puissante qu'elle soit d'ailleurs , n'est d'elle-même pour le salut qu'un vain instrument. C'est ce que le grand Apôtre faisoit entendre aux Thessaloniciens : Ideo et nos gratias agimus Deo sine intermissione ; quoniam citm accepissetis à nobis verbum auditûs Dei , accepislis illud, non ut verbum hominum , sed (sicut est vere) verbum Dei qui operatur in vobis (1. Ttesa/.,2). Votre bonheur, mes Frères, leur disoit-il, etle sujet de ma consolation , c'est qu'ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchons , vous l'avez reçue non comme parole des hommes , mais comme parole de celui qui agit efficacement en vous. Voilà la source de toutes les bénédictions que Dieu a répandues sur votre Église, et ce qui fait que votre foi est devenue célèbre jusqu'à servir de modèle à toutes les églises d'Asie. Prenez garde , dit Théophylacte ; c'étoit la parole de saint Paul qui opéroit dans ces nouveaux fidèles , mais qui opéroit comme parole de Dieu. Au contraire, voulez- vous voir la parole de Dieu , quoique annoncée par saint Paul , opérer comme parole de l'homme? En voici un exemple bien remarquable. Saint Paul entre dans une ville de Lycaonie pour y publier la loi de Dieu : on l'écoute, on est charmé de ses discours, on le suit en foule, on va jusqu'à lui offrir de l'encens, jusqu'à vouloir lui sacrifier comme à une divinité, jusqu'à le prendre pour Mercure et pour le dieu de la parole : Et vo~ cabant Barnabam Jovem , Paulum ver à Mercurium, quoniam ipse erat dux verbi (Act., 14). N'étoit-ce pas , ce semble, une disposition bien avantageuse pour l'Evangile ? Ah ! Chrétiens, disons plutôt que c'étoit un obstacle aux progrès de l'Évangile. Ils écoutoient saint Paul comme homme ; autrement ils n'auroient pas pensé à en faire un dieu : sa paroleagissoit donc en eux comme la parole d'un homme. Et en effet, ces applaudissements , ces éloges son* les fruits ordinaires de la parole des hommes , quand ils ont le don de s'énoncer avtc éloquence ou avec agrément : mais n'attendez rien de plus. 0 profondeur des conseils de Dieu ! de ce grand nombre d'admirateurs , saint Paul ne convertit pas un infidèle ; et de tous ces auditeurs charmés , il n'y en eut pas un qui renonça à ses erreurs pour embrasser la foi. Voilà ce qu'éprouvent maintenant encore tant de mondains ; ce sont des corrupteurs , ou , s'il m'est permis d'user de la figure du Saint-Esprit, ce sont des adultères de la parole de Dieu. Peu en peine de sa fécondité , ils n'en cherchent que le plaisir, Adultérantes verbum Dei (2. Cor., 2). Que fera le prédicateur le plus zélé? Leur représentera-t-il l'horreur du péché, la sévérité des jugements de Dieu , les conséquences de la mort? Ils s'arrêteront à la justesse de son dessein , à la force de son expression , à l'arrangement de ses preuves, à la beauté de ses remarques. Leur mettra-t-il devant les yeux l'importance du salut éternel et la vanité des biens de la vie? Ils conviendront qu'on ne peut rien dire de plus
grand, que tout y est noble, sensé, suivi ; mais dans la pratique nulle conclusion. Ils admireront, mais ils ne se convertiront pas; déshonorant , dit saint Augustin , la parole de Dieu par les louanges mêmes qu'ils lui donnent , ou plutôt qu'ils lui ôtent, pour les donner à celui qui n'en est que le dispensateur.
C'est ce que faisoient les Juifs lorsque le prophète Ézéchiel leur annonçoit les calamités dont Dieu , pour le juste châtiment de leurs crimes, devoit bientôt les affliger. Car l'Écriture nous apprend qu'ils étoient enchantés des discours de ce prophète , sans être émus de ses menaces ; et Dieu lui-même lui en marquoit la raison : Filii populi lui loquuntur de tejuxla muros et in ostiis clomorum (Ezech., 55). Eh bien! prophète, lui disoit le Seigneur, sais-tu l'effet des vérités étonnantes que tu prêches à mon peuple? c'est qu'ils parlent de toi par toute la ville et dans toutes les compagnies. Au lieu de glorifier ma parole, ils te préconisent toi-même : Et dicunt unus ad alterum : Venite, elaudiamus quis sil sermo egrediens à Domino (Ibid.). Quand tu dois les instruire, ils s'invitent les uns les autres : Allons, et voyons comment le prophète aujourd'hui réussira. Et veniunt ad te, quasi si ingrediatur populus (Ibid.) ; et en effet, ils viennent t'entendre comme ils iroient à un spectacle : Et es eis quasi earmen musicum quod suavï duleique sono canitur (Ibid.); Us l'écoutent comme une agréable musique qui leur flatteroit l'oreille. Mais prends garde , ajoutoit le Dieu d'Israël, qu'ils se contentent d'écouter ce que tu leur enseignes , et du reste qu'ils se sont mis dans une malheureuse possession de n'en rien pratiquer: Et audiuntverba tua, et non faciuntea. Pourquoi ? parceque c'est ta parole qu'ils entendent, et non pas la mienne : Et audiunt verba tua. Or ta parole peut bien avoir la grâce de leur plaire , mais elle n'aura jamais la force de les convertir.
Aussi, reprend saint Jérôme, y va-t-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes , qui est le grand ouvrage de sa grâce, ne soit pas attribuée à la parole des hommes, ni même à la sienne, confondue avec celle des hommes. Vous voulez entendre ce prédicateur parcequ'il vous plaît ; et Dieu ne veut pas que ce soit par ce qui vous plaît dans ce prédicateur que vous soyez convertis , mais par la simplicité de la foi. N'espérez pas qu'il change cet ordre, et qu'il fasse pour vous une loi particulière. Mais savez-vous comment il vous punira? Il se vengera de vous par vous-mêmes; il vous laissera en partage la parole des hommes, puisque c'est celle que vous cherchez ; et pour sa parole, il la révélera aux vrais fidèles qui la reçoivent avec une humble docilité ; ou pour mieux dire, de cette même parole il vous laissera tout ce qu'elle peut avoir de spécieux et d'inutile à quoi vous vous attachez ; mais tout ce qu'elle a de solide et d'avantageux pour le salut , il le réservera à ces âmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole même. Étrange et pernicieux abus ! On écoute les prédicateurs pour juger de leurs talents, pour faire comparaison de leur mérite,
pour rabaisser celui-ci , pour donner la préférence à celui-là : et souvent on verra , dans une ville , dans une cour, touchant les ministres de la parole évangélique , le même partage d'esprits qu'on vit autrefois à Gorinthe touchant les ministres du baptême , quand l'un disoit : Pour moi, je suis à Apollo ; et l'autre : Pour moi, je suis à Géphas. Ah ! mes Frères, reprenoit saint Paul, pourquoi ces contestations et ces partialités? Jésus-Christ est-il donc divisé? Divisus est Christus? ( 1. Cor., 1 ). Est-ce Apollo qui a été crucifié, pour vous; et avez-vous été baptisés au nom de Géphas? N'est-ce pas le même Dieu qui vous a sanctifiés par eux? A quoi j'ajoute, Chrétiens : N'est-ce pas le même Dieu qui vous parle et qui vous exhorte par notre bouche : Deo exhortante per nos (2. Cor., 5)? Qui sommes-nous, disoit ailleurs saint Pierre en prêchant aux Juifs , pour mériter que vous vous occupiez de nous , et que vous fassiez distinction de nos personnes ? Pourquoi nous regardez-vous , tandis que nous faisons l'office de simples ambassadeurs? Viri fratres , quid miramini in hoc, aut nos qnicl intuemini (Act., 3)? Sans cette qualité d'ambassadeur de Jésus-Christ, moi qui parois aujourd'hui dans cette chaire après y avoir déjà tant de fois paru, oserois-je soutenir la présence du plus grand des rois, et la soutenir de si près , tandis que les nations entières tremblent devant lui , et qu'il répand si loin la terreur? Oserois-je élever la voix au milieu de la plus florissante cour du monde , si , tout indigne que je suis, je n'étois prévenu et vous ne l'étiez comme moi de cette pensée, que Dieu m'a confié sa parole, et que c'est en son nom que je vous l'annonce : Viri fr aires , quid miramini in hoc, aut nos quid intuemini (Ibid.)?
Cependant, quoiqu'il soit vrai que tout prédicateur de l'Évangile, en conséquence de sa mission , est l'ambassadeur et l'organe de Dieu, n'en peut-on pas faire le choix, et s'attacher à l'un plutôt qu'à l'autre? Oui, Chrétiens, ce choix peut être bon et utile; mais il doit être réglé selon la prudence du salut. Ainsi le disciple Ananie fut-il choisi préférablement à tout autre, pour être le docteur et le maître de celui même qui devoit l'être de toutes les nations. Ainsi Dieu même inspira-t-i! à saint Augustin, encore pécheur, de se faire instruire par saint Ambroise et de l'écouter. Ainsi, mon cher auditeur, Dieu peut-être a-t-il résolu d'opérer votre conversion par le ministère de tel prédicateur; et lui a-t-il donné grâce pour cela; car c'est ce qui arrive tous les jours, et rien n'est plus ordinaire dans la conduite de la Providence. Mais voulez-vous que votre choix ne fasse rien perdre , ni à la parole de Dieu de l'honneur qui lui est dû, ni à vous-même du profit que vous en pouvez retirer? voici deux avis importants que je vous donne, et que vous devez suivre. Premièrement, entre les ministres de l'Évangile, ne préférez pas tellement l'un que vous méprisiez les autres. Car étant tous envoyés de Dieu , vous les devez tous honorer ; et tel sur qui tomberoient vos mépris, est celui peut-être dont Dieu se servira pour
convertir tout un peuple : or il est de la Providence qu'il y ait des prédicateurs pour ce peuple aussi bien que pour vous. Secondement, n'ayez égard dans le choix que vous faites qu'à votre avancement spirituel et à votre perfection, c'est-à-dire ne vous attachez à un prédicateur que parce qu'il vous est plus utile pour le salut ; car il faut vouloir les choses pour la fin qui leur est propre ; or la parole de Dieu n'a point d'autre fin que notre sanctification. Quand, pour la santé du corps , j'ai à choisir un médecin , je n'examine point s'il est orateur ou philosophe , s'il s'exprime avec politesse, et s'il sait donner à ses pensées un tour ingénieux et délicat : mais je veux qu'il ait de l'expérience et qu'il soit versé dans son art ; je veux qu'il connoisse mon tempérament, et qu'il soit en état de me guérir : cela me suffit. Si donc je trouve un ministre de la divine parole qui m'édifie, qui fasse impression sur moi, qui ait le don de remuer mon cœur, qui me porte plus efficacement, plus fortement à Dieu, c'est là que je dois m'en tenir. Voilà l'homme que Dieu m'a député pour me faire connoître ses volontés, voilà pour moi son ambassadeur. Qu'il n'ait du reste nul avantage de la nature: il me touche, il me convertit; c'est assez. En l'écoutant, j'écoute Dieu même; et mon bonheur en écoutant Dieu dans son ministre est d'attirer sur moi les grâces les plus puissantes, et de me préserver de cet endurcissement fatal et de cette réprobation où conduit une opiniâtre résistance à la parole de Dieu, comme nous Talions voir dans la troisième partie.