‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 31 sur 164 · SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES

Et appropinguaverunt castello quà ibant; et ipse se finxit longius ire. Et coegerunt illum, dicentes : Marie nobiscwm.

Lorsqu'ils furent proche du bourg où ils alloient, il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de demeurer avec eux, en lui disant : Demeurez avec nous. Saint Luc, chap. xxi.

Voici , Chrétiens , un grand mystère que l'Évangile nous propose , et qui renferme pour nous une importante vérité. Deux disciples marchent avec le Fils de Dieu , déguisé sous la forme d'un voyageur ; et lorsqu'il semble vouloir se séparer d'eux , ils l'invitent à demeurer, et lui font même une espèce de violence pour le retenir : Et coegerunt illum, dicentes : Mane nobiscum. Figure bien naturelle d'une ame chrétienne qui l'a reçu , ce Sauveur des hommes , dans la communion pascale. Elle ne se contente pas qu'il soit venu chez elle , ou plutôt dans elle , caché sous le voile et sous les espèces de son sacrement ; elle l'engage encore à demeurer avec elle , et , par mille vœux redoublés , par de ferventes et d'instantes prières , par une sainte importunité , mais qu'elle sait lui devoir être agréable , elle le presse , elle le conjure , et lui dit intérieurement : Ah ! Seigneur, ne vous retirez pas de moi ; car si je viens à vous perdre , je perds tout, fpuisqu'en vous perdant je perds mon unique et mon souverain bien : Mane nobiscum. Cependant, mes Frères, s'il nous est si important que Jésus-Christ demeure dans nous et avec nous , il ne nous est ni moins important ni moins nécessaire de demeurer en lui et avec lui ; et voilà ce qui s'accomplit, selon sa parole même, dans ce sacrement adorable où il s'est donné à nous, et où nous avons dû nous donner à lui : Qui manducat meam carnem, et bibitmeum sanguinem, in me manet et ego in eo (Joan., 6). Il faut qu'il demeure en nous par la grâce, et il faut que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce ; il faut qu'il demeure en nous pour nous aider de son secours , et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer notre fidélité ; il le faut , mes chers auditeurs ; et de sa part il n'y a rien à craindre , parcequ'il ne nous abandonne jamais le premier ; au lieu que tout est à craindre de la nôtre , parceque nous sommes l'inconstance même. Heureux si je pouvois aujourd'hui vous fortifier, vous affermir , et par-là vous préserver de ces rechutes si ordinaires dans le christianisme et si funestes ! c'est ce que j'entreprends dans ce discours, où je vais vous parler de persévérance chrétienne, après que nous aurons salué Marie. Ave Maria.

C'est par sa passion et par sa mort que Jésus-Christ a vaincu le péché : mais j'ose dire que cette victoire seroit imparfaite s'il ne triomphoit encore de notre inconstance. Or c'est ce qu'il fait par sa

résurrection glorieuse, et c'est une des grâces particulières qui y sont attachées. Jésus-Christ est ressuscité comme il l'avoit dit, Surrexit sicul dixit (Matth., 28) ; mais la question est de savoir s'il est ressuscité dans nous. Car, comme saint Paul nous apprend que Jésus-Christ doit être formé dans nous par la prédication de l'Évangile , Donec formelnr Christus in vobis (Galat., 4); comme il nous enseigne que Jésus- Christ est tout de nouveau crucifié dans nous par le péché , Rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei (Hebr., 6), aussi est-ce une suite nécessaire de la doctrine de ce grand apôtre , que Jésus-Christ doit ressusciter en nous par la grâce de la pénitence. Or, de toutes les marques à quoi nous devons reconnoître s'il est ainsi ressuscité , la plus évidente et la moins sujette aux illusions est la disposition où nous sommes de persévérer, et d'accomplir fidèlement ce que nous avons promis à Dieu en nous convertissant à lui. Pour vous porter, mes chers auditeurs, à cette sainte persévérance, je fais deux propositions, qui vont partager ce discours. Je dis que le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne, ce sera la première partie : j'ajoute que la persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité, ce sera la seconde. Résurrection du Sauveur; principe de la persévérance chrétienne; persévérance chrétienne, gage assuré de notre résurrection bienheureuse : voilà ce qui demande toute votre attention.

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