‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 35 sur 164 · SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO

Dixit ergo eis iterum : Pax vobis.

fi II leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous. Saint Jean, ch. 20.

Voilà , Chrétiens , le précieux trésor que Jésus-Christ laisse à ses apôtres. Il leur donne la paix , et je trouve que cette paix est encore un des fruits que le mystère de sa résurrection produit dans nos âmes, lorsque nous nous réconcilions avec Dieu par la pénitence , et que nous approchons dignement des sacrés mystères par la communion pascale. Ce divin Sauveur vient à nous dans le sacrement de son corps; il nous honore tous en particulier, non seulement d'une apparition , mais d'une visite qu'il nous fait en personne ; et à ce moment-là même il nous dit intérieurement : Pax vobis : Vous voilà réconciliés avec mon Père, vous voilà unis à moi ; jouissez du bonheur que vous possédez, et goûtezla douceur de la paix, Car c'est ainsi, mes chers auditeurs, que saint Jacques nous fait concevoir la paix d'une ame chrétienne, en nous disantquel estle fruit delajustice et de la sainteté : Fructusautem justitiœ inpace seminatur (Jac.5). Et en effet, toute autre paix quece lle-là n'est qu'une paix fausse et imaginaire. Pour être solide et véritable, il faut qu'elle vienne du principe de la sainteté et de la grâce. Or telle est celleque Jésus-Christ nous communique, quand il communique lui-même à nous. Parlons donc aujourd'hui de cette paix spirituelle, de cette paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment; de cette paix que saint Paul souhaitoit tant aux Philippiens : Et pax Dei,quœ cxsuperal omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras

in Chrisio Jesu(Philipp.,4).Mes Frères, leur disoit-il, le plus grand désir que Dieu m'inspire de former en votre faveur, est que la paix qu'il vous a donnée garde vos esprits et vos cœurs. Je fais aujourd'hui, Chrétiens, pour vous le même souhait et la même prière. Puisque vous avez reçu cette paix, prenez soin de la conserver, et qu'elle vous conserve vous-mêmes dans les saintes dispositions où vous êtes devant Dieu : Pax Dei custodiat corda vestra et intelligenlias vestras in Chrisio Jesu. Mais d'où vient que le Fils de Dieu ne se contenta pas de donner une fois la paix à ses apôtres , et que , dans une même apparition , il leur dit deux fois , et dans les mêmes termes : Pax vobis? C'est une circonstance que saint Chrysostome a remarquée dans l'Évangile , et cette circonstance n'est pas sans mystère : or c'est ce mystère que je vais vous développer, après que nous aurons rendu à Marie , comme à la reine de la paix , l'hommage ordinaire. Ave Maria.

Je ne sais, Chrétiens, si vous avez pris garde à ces deux paroles de saint Paul : Pax Dei custodiat corda vestra et intelligentias veslras : Que la paix de Dieu conserve vos cœurs, corda vestra , et qu'elle possède vos esprits, intelligentias vestras? Pourquoi l'Apôtre souhailoit-il aux Philippiens ce double avantage, l'un par rapport à l'esprit, l'autre par rapport au cœur? C'est, répond saint Chrysostome, que pour établir dans l'homme une paix parfaite, il faut la mettre également dans les deux puissances de son ame, c'est-à-dire dans son esprit et dans son cœur. La paix du cœur doit nécessairement être précédée de la paix de l'esprit, et la paix de l'esprit ne peut être constante sans la paix du cœur. Il faut donc pacifier l'esprit de l'homme, en lui ôtant toutes les iuquiétudes qu'il peut avoir dans la recherche de la vérité ; et il faut pacifier son cœur en le dégageant de tous les désirs qui le tourmentent dans la recherche de son repos. Voilà , mes chers auditeurs, tout le mystère de notre évangile. Le Sauveur du monde ne se contente pas de dire une fois à ses disciples , Pax vobis , La paix soit avec vous; il le leur redit une seconde fois dans la même apparition, parcequ'il veut leur donner cette double paix qui fait toute la perfection de l'homme, la paix de l'esprit et la paix du cœur. Mais par quelle voie l'homme peut-il espérer d'avoir l'une et l'autre? Ah! Chrétiens, c'est encore le secret, et le secret admirable que notre évangile nous découvre. Car j'y trouve la paix de l'esprit solidement étabiedans la soumission à la foi : Beau quinon viderunt, et crediierunt (Joan., 20); et j'y trouve la paix du cœur parfaitement conservée dans l'assujettissement à la loi de Dieu, Dominus meus, et Deus meus (ïbid.). Comprenez, s'il vous plaît, les deux propositions que j'avance. Le Sauveur du monde dit à saint Thomas, que bienheureux sont ceux qui croient sans avoir vu ; et saint Thomas répond au Sauveur du monde, qu'il est son Seigneur et son Dieu. Croire ce que l'on ne voit pas, c'est soumettre la raison à la foi ; et reconnoître l'empire et le domaine du

Fils de Dieu, c'est vouloir obéir à sa loi. Or dans ces deux devoirs sont contenus les deux grands principes de la paix ; car en soumettant ma raison à la foi , je me procure la paix de l'esprit ; et en m' assujettissant à la loi de Dieu , je me mets en possession de la paix du cœur. En deux mots, n'espérons pas que notre esprit soit jamais tranquille tandis que nous l'abandonnerons à la conduite de notre raison ; et n'espérons pas plus que notre cœur soit jamais content tandis qu'il s'abandonnera lui-même à ses passions. Il faut que la foi gouverne notre esprit, si nous voulons qu'il soit dans le calme ; c'est la première partie. Il faut que la loi de Dieu règne dans notre cœur, si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide ; c'est la seconde : deux vérités importantes qui feront le partage de ce dernier discours.

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