‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 38 sur 164 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Je ne prétends point, en finissant toute l'édition des Sermons du P. Bourdaloue, rendre un compte exact des soins qu'elle a dû me coûter. J'en laisse le jugement aux personnes intelligentes. Du reste , je n'ai pas cru pouvoir mieux employer mon temps que de le consacrer ainsi à la gloire de Dieu, en le consacrant à l'utilité publique et à l'édification des âmes.

Comme la grande réputation du P. Bourdaloue lui altiroit de continuelles occupations au-dehors, il n'avoit guère eu le loisir de retoucher lui-même ses Sermons, et d'y mettre la dernière main. C'est à quoi j'ai tâché de suppléer; et par une assiduité assez constante au travaille suis enfin parvenu à faire paraître un cours de Sermons pour toute l'année : A vent, Carême , Mystères de Notre Seigneur et de la Vierge, Panégyriques des Saints, Vêtures et Professions, Dominicale. Dans cette Dominicale on ne trouvera point les Sermons des dimanches de l'A vent, du Carême, de la Pentecôte et de la Trinité, parcequ'ils sont en leur place dans les volumes qui précèdent.

Il ne failoit rien perdre d'un homme qui pensoit si solidement sur les matières de la religion, et qui les traitoit avec tant de force et tant de dignité. C'est un des plus excellents modèles, pour ne pas dire le plus excellent, que puissent se proposer ceux qui aspirent à l'éloquence de la chaire. Mais en voulant se former sur un si beau modèle, il y a d'ailleurs des écueils à crain dre ; et si le P. Bourdaloue a beaucoup perfectionné le goût de la prédication, il n'est pas moins vrai qu'il a gâté beaucoup de prédicateurs.

En quelque art que ce soit, ce n'est pas une petite science de découvrir au juste , et de prendre dans ceux qui y ont excellé , ce qui nous convient , sans s'attacher à ce qui ne nous convient pas. Pour n'avoir pas su faire ce discernement , des prédicateurs qui n'avoient ni la vivacité et l'imagination , ni le nom et l'autorité, ni les qualités extérieures et la voix du P. Bourdaloue, ont mai réussi à vouloir imiter, ou son style diffus et périodique, ou ses façons de parler dont plusieurs lui étoient particulières, ou cette rapidité dans la prononciation , qui l'emportoit de temps ep temps, et qui entraînoit avec lui ses au diteurs. Ce que nous admirons dans un orateur, et ce qui est le sujet de nos applaudissements, n'est pas toujours, ou ne doit pas être le sujet de notre imi tation.il faut se connoître auparavant soi-même, et ses dispositions naturelles. Car tout doit être proportionné, et c'est cette proportion, cette convenance, qui donne aux choses leur mérite et qui en fait le plus bel agrément.

Il n'y a point, après tout, de prédicateur à qui la lecture des Sermons du P. Bourdaloue ne puisse être très utile , pour peu qu'on en sache user avec connoissance et avec précaution. S'il y a diversité de talents , et s'il est bon que chacun se renferme dans le sien propre, il y a aussi des règles communes et des préceptes qui s'étendent à tous les talents et à tous les genres de l'éloquence chrétienne. Par exemple, bien choisir la matière d'un discours, et la tirer naturellement de l'Evangile. L'envisager moins par ce qu'elle peut avoir de nouveau, desingulier, de brillant, que parce qu'elle a de vrai, d'instructif,

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