‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 40 sur 164 · ENFANTS · texte numérisé non relu

ENFANTS

El dixit mater ejus ad illum : Fili, quid fecisti nobis sic ? Ecce pater tuus et ego, dolentes quœrcbamus te. Et ait ad illos : Quid est quod me quœrebatis ? nescicbalis, quia in his, quœ Palris mei sunt, oportet me esse ? Et ipsi non intellexerunt verbum quod locutus est ad eos.

La mère de Jésus-Christ lui dit : Mon fils, pourquoi en avez-vous usé de la sorte avec nous ? Votre père et moi nous vous cherchions avec beaucoup d'inquiétude. Il leur répondit •• Pourquoi me cherchiez-vous ? ne savez-vous pas qu'il faut que je m'emploie aux choses qui regardent mon Père? Et ils ne comprirent pas ce qu'il leur dit. Saint Luc, chap. u.

C'est la réponse que l'Enfant-Jésus fit à Marie, lorsqu'après l'avoir cherché pendant trois jours , elle le trouva dans le temple de Jérusalem. Réponse qui pourroit nous surprendre, et qui peut-être nous paroîtroit trop sévère et trop forte, si nous ne savions pas qu'elle fut toute mystérieuse. Car le Fils de Dieu, dit saint Ambroise, reprit sa mère en cette occasion, parcequ'elle sembloit vouloir disposer de sa personne, et s'attribuer un soin qui n'étoit pas de son ressort. Ainsi l'a pensé ce saint docteur; mais comme cette opinion, Chrétiens, n'est pas tout-à-fait conforme à la haute idée que nous avons tous de l'irrépréhensible sainteté de la Mère de Dieu , adoucissons la pensée de saint Ambroise, et contentons-nous dédire que, dans l'exemple de Marie , le Sauveur du monde voulut donner aux pères et aux mères une excellente leçon de la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard de leurs enfants , surtout en ce qui regarde le choix de l'état où Dieu les appelle. Ce sujet , mes chers auditeurs , est d'une conséquence infinie ; et , tout borné qu'il paroît , vous le trouverez néanmoins dans l'importante morale que je prétends en tirer , si général et si étendu , que de toute cette assemblée, il y en aura peu à qui il ne puisse convenir, et qu'il ne puisse édifier. Il est bon de descendre quelquefois aux con-

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ditions particulières des hommes, pour y appliquer les règles universelles de la loi de Dieu. Or c'est ce que je fais aujourd'hui/ Car en expliquant aux pères et aux mères ce qu'ils doivent à leurs enfants et aux enfants ce qu'ils doivent à leurs pères et à leurs mères, dans 'une des plus grandes affaires de la vie, qui est celle de la vocation et de l'état, je ferai comprendre à tous ceux qui m'écoutent ce que c'est que vocation, quelles maximes on doit suivre sur la vocation, ce qu'il faut craindre dans ce qui s'appelle vocation, ce qu'il y faut éviter et ce qu'il y faut rechercher. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit : demandons-les par l'intercession de sa divine épouse. Ave Maria.

N'est-il pas étrange, Chrétiens , que Marie et Joseph, comme le remarque saint Luc dans les paroles mêmes de mon texte, ne comprissent

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suis moins surpris; car, tout éclairé qu'il pouvoitêtre par les fréquentes et intimes communications qu'il eut avec Jésus-Christ, il n'étoit pas nécessaire qu'il connût tous les mvstères de l'incarnation divine. Mais ce qui doit nous étonner, c'est que Marie, après avoir reçu la plénitude de toutes les grâces et de toutes les lumières célestes , après avoir conçu dans son sein le Verbe incarné, ait paru ignorer un des points les plus essentiels de la mission de cet Homme-Dieu et de son avènement sur la terre. Ne nous arrêtons point, mes chers auditeurs, a eclaircir cette difficulté, et laissons aux interprètes le soin de la résoudre. Voici ce qui doit encore plus nous toucher, et ce qui demande s il vous plaît, une réflexion toute particulière. En effet, si Marie et Joseph ne comprirent pas ce que leur disoit le Sauveur des hommes touchant les emplois où il étoit appelé de son Père, n'est-il pas vrai que la plupart des pères et des mères dans le christianisme n'ont jamais bien compris leurs obligations les plus indispensables par rapport a la disposition de leurs enfants, et en matière d'état et de vocation? II est donc d'une extrême importance qu'on les leur explique, et voilà ce que j'entreprends dans ce discours. Prenez garde, je vous prie : je ne veux point entrer dans l'intérieur de vos familles ; je ne viens point vous donner des règles pour les gouverner en sages mondains. Vous me diriez, et avec raison , que cela n'est pas de mon ministère : mais s il y a quelque chose dans le gouvernement de vos familles où la religion et la conscience soient intéressées, n'est-ce pas à moi de vous en instruire? Or je prétends qu'il y a deux choses que vous ne savez point assez, et qu'il vous est néanmoins, non-seulement utile, mais d une absolue nécessité de bien apprendre. Écoutez-les. Je dis qu'il ne vous appartient pas de disposer de vos enfants en ce qui regarde

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leur vocation , et le choix qu'ils ont à faire d'un état. Et j'ajoute toutefois que vous êtes responsables à Dieu du choix que font vos enfants, et de l'état qu'ils embrassent.il semble d'abord que ces deux propositions se contredisent; mais la suite vous fera voir qu'elles s'accordent parfaitement entre elles. Dieu ne veut pas que de vous-mêmes et de votre pleine autorité, vous déterminiez à vos enfants l'état où ils doivent s'engager; c'est la première partie. Et Dieu cependant vous demandera compte de l'état où vos enfants s'engagent; c'est la seconde. Toutes deux feront le partage de cet entretien, et le sujet de votre attention.

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