SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS
L'EPIPHANIE
Et dixit Jésus centurionî : Fade, et sicut credidisti, fiât tibi. Jésus dit au centurion : Allez, et qu'il vous soit fait selon que vous avez cru. Saint Matth. chap. vin.
N'est-il pas surprenant que le Sauveur du monde, au lieu d'attribuer les miracles de sa toute-puissance à sa toute-puissance même et à la vertu souveraine de Dieu , les ait communément attribués dans l'Évangile à la foi des hommes ? Puissant en œuvres et en paroles , il délivroit les possédés, il guérissoit les malades, il ressuscitoit les moris; mais quoiqu'il pût bien au moins s'en réserver la gloire, tandis qu'il en laissoit aux autres l'avantage, il la donne encore tout entière à la foi ; comme si la foi seule eût opéré par lui ce que lui seul il opéroit pour la foi. Allez , dit-il dans notre évangile, et qu'il vous soit fait selon votre foi : Vade, et sicut credidisti, fiât tibi. C'est la réponse qu'il fait à ce centenier qui lui vient demander la guérison de son serviteur frappé d'une mortelle paralysie, et c'est la réponse qu'il a faite en tant d'autres occasions et sur tant d'autres sujets : partout admirant la foi , lui qui ne devoit rien , ce semble , admirer; partout exaltant la foi, partout publiant la force et l'efficace de la foi , partout faisant entendre qu'il ne pouvoit rien refuser à la foi : Vadc, et sicut credidisti, fiai tibi. C'est de là même que les hérétiques des derniers siècles ont prétendu tirer cette fausse conséquence, que tout l'ouvrage et toute l'affaire du salut de l'homme roule uniquement sur la foi. Erreur que l'Église a frappée d'anathème , et qui va directement à détruire dans le christianisme la pratique et la nécessité des bonnes œuvres. Mais moi, mes chers auditeurs, sans donner dans une telle extrémité, je tire de mon évangile un sujet beaucoup plus solide, et qui sert de fondement à toute la morale chrétienne; et m'attachant à ces paroles du Fils de Dieu, Qu'il vous soit fait comme vous avez cru, Sicut credidisti, fiât libi, je veux vous parler des vrais effets de la foi par rapport au salut. C'est dans Marie que cette vertu a fait éclater tout son pouvoir, puisque c'est par la foi que Marie conçut le Verbe divin. Adressons-nous à elle , et disons-lui : Ave»
De quelque manière que je prétende ici m'expliquer, Chrétiens, mon dessein n'est pas de chercher des tempéraments pour concilier l'opinion des hérétiques de notre siècle, avec la doctrine de l'Eglise, touchant l'efficace et la vertu de la foi , puisque saint Augustin m'apprend qu'entre l'erreur et la vérité, il n'y a point d'autre parti que la confession de l'une et l'abjuration de l'autre. L'opinion, disons mieux, l'erreur des hérétiques de notre siècle, est que la foi seule nous justi-
fie devant Dieu ; que nos bonnes œuvres, quelque parfaites qu'elles soient , ne contribuent en rien au salut ; que la vie éternelle ne nous est point donnée par titre de récompense, mais par forme de simple héritage : héritage que nous ne pouvons mériter, et dont nous prenons possession sans y avoir acquis aucun droit. Tel est le langage de l'hérésie ; mais voici celui de la foi même. Car il est de la foi , que la foi seule ne suffit pas pour nous sauver. Il est de la foi, que nos bonnes œuvres doivent faire une partie de notre justification. Il est de la foi, qu'en vertu de ces bonnes œuvres, nous acquérons un droit légitime à la gloire que Dieu nous prépare ; et que cette gloire, par un effet merveilleux de la grâce de Jésus-Christ, est tout à la fois, comme s'exprime saint Augustin, et le don de Dieu, et le mérite de l'homme. Cependant, Chrétiens, sans m'engager dans une controverse qui ne convient ni au temps ni à l'assemblée où je parle, j'avance deux propositions non seulement orthodoxes, mais incontestables, et qui vont partager ce discours : savoir, que c'est la foi qui nous sauve, première proposition ; et que souvent aussi c'est la foi qui nous condamne , seconde proposition. Elles semblent l'une et l'autre contradictoires; mais la contradiction apparente qu'elles renferment me donnera lieu de vous développer les plus beaux principes et les plus grandes maximes de la théologie sur celte importante matière. Le Juste sauvé par la foi , et le pécheur condamné par la foi. Le Juste sauvé par la foi , parceque c'est surtout de la foi que vient notre justification : vous le verrez dans la première partie. Le pécheur condamné par la foi , parceque la foi sans les œuvres devient contre lui un titre de réprobation ; je vous le ferai voir dans la seconde partie. Commençons.